Bilan

La déflation ronge les shopping centers

Alors que le 192e centre commercial de Suisse a ouvert il y a quelques jours près de Lucerne, les chiffres d’affaires reculent, même si la fréquentation reste quasi stable.
  • Shoppi Tivoli, à Spreitenbach (AG), est le plus grand centre commercial de Suisse.

    Crédits: Dr
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Actuellement, le plus grand centre commercial de Suisse romande dispose de trois arcades libres, représentant 1200 m2, y compris celle destinée à accueillir un restaurant, dans la zone des cinémas. Est-ce le signe d’un déclin de ce mode de commerce? «Je ne le pense pas. Les procédures de faillite pour deux des trois enseignes rallongent la relocation des surfaces. D’ailleurs, nous avons une longue liste d’enseignes voulant venir. Cependant, les négociations sont plus ardues quant au prix au mètre carré», observe Rémy Henriod, directeur général du Centre Balexert, à Genève.

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Certes, les chiffres d’affaires des centres commerciaux suisses ont globalement baissé de 1,9% en 2016, après une baisse de 3% en 2015. Celui du Centre Balexert a même baissé de 2,4% à 407 millions de francs, Marin Centre (NE) de 1,9% à 207 millions, le Centre commercial de Crissier (VD) de 2,9% à 201 millions, et le Centre Manor Chavannes (VD) de 1% à 193 millions. Pour expliquer ces résultats en demi-teinte, certains pointent le doigt vers la multiplication des ouvertures. Les faits ne corroborent pas entièrement cela.

Nouveaux centres: moins nombreux, plus grands

Si l’on analyse les dernières décennies, on remarquera qu’entre 2001 et 2010, 58 nouveaux centres commerciaux ont été construits en Suisse, soit un peu plus que les 47 qui avaient été réalisés entre 1971 et 1980. Le rythme s’est inversé depuis 2011, puisque l’on a assisté qu’à l’apparition de 15 centres depuis lors, même si ceux-ci sont généralement plus généreux en termes de surface.

«L’élément clé qui explique la baisse continue du chiffre d’affaires de l’immense majorité des centres commerciaux en Suisse est la déflation, liée à la baisse des prix», analyse Rémy Henriod. Avec des prix plus bas, visant notamment à limiter le tourisme d’achat, la valeur du panier moyen a logiquement baissé. Cet élément statistique est corroboré par la fréquentation des centres qui, elle, n’a guère baissé.

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Outre la nécessité d’intégrer une meilleure combinaison avec des surfaces consacrées à la restauration et aux loisirs (cinéma, bowling, fitness, etc.), un autre problème est lié au manque de variétés des commerces présents. Sans compter les enseignes appartenant aux deux géants de la distribution (Migros et Coop), il existe 70 Mobilezone, 63 Vögele Shoes, 60 C&A ou encore 59 Dosenbach répartis dans les 192 centres commerciaux du pays! 

Ce problème ressort de la dernière étude menée par le Centre Balexert auprès de sa clientèle afin de savoir quelles enseignes elle souhaiterait. 

Demande des clients pour la confection

Habituellement, ce sondage faisait ressortir le besoin d’une seconde grande enseigne alimentaire. Sauf que lors de la dernière enquête, c’est le secteur de la confection qui est sorti en tête, avec les marques Primark, Stradivarius ou Uniqlo. «Nous essayons de trouver des solutions ensemble, notamment pour faire venir Uniqlo», confie Rémy Henriod, en parlant des grands centres leaders en Suisse. Soit, outre Balexert, Crissier (VD), Avry Centre (FR), Marin Centre (NE), Westside (BE), Shoppyland (BE), Shoppi Tivoli (ZH), Glattzentrum (ZH), Emmen Center (LU) et Zugerland (ZG).

Une chose semble certaine: avec l’arrivée du digital, les petits centres vont souffrir davantage que ceux qui offriront une grande variété d’expérience. En moyenne dans les grands centres, on dispose de 80 à 120 enseignes différentes. Reste encore à réussir à séduire les marques encore absentes du marché suisse.

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Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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