Bilan

La cure d’austérité de l’OMS suffira-t-elle?

Genève devient trop chère pour l’Organisation mondiale de la santé, «prisonnière» de la structure de son financement.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) traverse une douloureuse crise budgétaire. Les remèdes qu’elle se prescrit s’apparentent au traitement enduré par la Grèce ou l’Espagne. Cette thérapie de choc passe par 450 licenciements dans le monde, dont 203 pour le seul siège de Genève, la réduction des frais de voyage (les fonctionnaires internationaux sont priés de privilégier la vidéoconférence) et enfin le gel des recrutements externes et son corollaire, le non-remplacement des départs à la retraite. Ce n’est pas tout. Chaque département a été soumis «à une sorte d’audit interne», précise Fadéla Chaib, porte-parole de l’OMS. Résultat: suppression et sous-traitance de certaines tâches, délocalisation de services vers des contrées moins onéreuses que la Suisse et fusion d’unités. Le tout consiste à ramener le déficit à 100 millions de dollars en 2012-2013, contre plus de 600 millions lors de l’exercice budgétaire précédent. Disposant d’environ 4,5 milliards de dollars étalés sur deux ans, l’OMS avait pourtant coutume de réaliser de légers excédents lors de la dernière décennie.

Dépendante des contributions volontaires

Mais durant cette période, la structure de son financement a fondamentalement changé. A tel point que l’organisation en est désormais «prisonnière», concède Fadéla Chaib. A la fin du millénaire, il existait une parité entre les contributions fixes des 194 Etats membres et les contributions volontaires provenant d’Etats, de fondations, comme celle de Bill Gates, et d’autres agences onusiennes. Aujourd’hui, l’OMS dépend à 75% des contributions volontaires qui, comme leur nom l’indique, peuvent fluctuer. Par exemple, en période de crise. Selon la porte-parole, aucun pays n’aurait interrompu ses contributions, mais celles-ci ont drastiquement chuté et «vont vraisemblablement encore diminuer». D’un tel type de financement résultent de gros problèmes de planification. Car seules 40% des recettes sont prévisibles au moment où commence la période budgétaire. «Le reste vient… ou pas!», résume Fadéla Chaib.

Pénalisée par le franc fort

Par ailleurs, les recettes de l’institution ont notablement souffert des taux de change. Alors que 76% de ses revenus sont libellés en dollars, 32,5% de ses dépenses se font en francs suisses. Or, entre 2000 et 2011, le billet vert a reculé de plus de 60% face à la devise helvétique. En conséquence, le budget des salaires a augmenté de 40% durant la même période sans que le personnel n’ait crû de façon significative. On comprend mieux dès lors l’intérêt qu’a l’OMS de proposer à ses cadres de quitter Genève pour travailler à Manille, Brazzaville, New Delhi ou au Caire. Visiblement, le ratio d’employés présents au siège mondial, actuellement d’environ 30%, devrait baisser. Une manière de faire des économies sans douleur, sauf pour la Suisse qui perd de son attrait en tant que pays hôte. Autre problème, et non des moindres: 71% des contributions sont à objet désigné, ce qui signifie que les fonds doivent être alloués à un programme spécifique. En clair, en se restructurant, l’OMS n’est pas libre de fixer elle-même ses objectifs sur les questions de santé. «Aucune priorité n’est établie sur la base des programmes. Tout dépend des bailleurs de fonds. L’OMS n’est plus une agence publique multilatérale, elle a été privatisée», déplore German Velasquez, responsable des questions de santé au South Centre, le think tank des pays du Sud. Fadéla Chaib reconnaît que «certains programmes sont bien pourvus tandis que d’autres sont vraiment dans le rouge». Laquelle «espère» que des licenciements supplémentaires ne seront pas nécessaires cette année. Mais la cure de rigueur de l’OMS n’est pas pour autant achevée.

Crédit photo: Pascal Frautschi/EOL

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