Bilan

La croissance asiatique dope le sport

Les clubs de football européens bénéficient de l’engouement des populations chinoise, indonésienne ou encore thaïlandaise. De quoi faire grimper le prix des transferts de joueurs.
  • Paul Pogba, 23 ans, joueur le plus cher de l’histoire, a rejoint cet été Manchester United, club le plus adulé en Asie. Chevrolet paie 80 millions de francs par an pour figurer sur les maillots du club.

    Crédits: Ben Stansall/AFP
  • Petronas dépense 50 millions par an pour associer son nom au team Mercedes AMG. Petronas.

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  • Sebastian Chiappero, cofondateur de Cabinet Sponsorize.

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Faut-il s’inquiéter des montants atteints par les transferts dans le monde du football? Dernier exemple qui remonte à cet été: le transfert à Manchester United du milieu de terrain français Paul Pogba, 23 ans, pour la somme de 105 millions d’euros (à laquelle s’ajoutent 5 millions d’euros en bonus), faisant de lui le joueur le plus cher de l’histoire. Pourtant, en moins de trois semaines, ce transfert était déjà rentabilisé rien qu’avec les recettes engrangées par la vente des maillots de foot du numéro 6 mancunien: 220 millions d’euros!

Vu qu’un maillot est vendu 100 fr. pièce, cela signifie qu’il a dû s’en vendre plusieurs millions. On comprend pourquoi l’équipementier allemand Adidas, qui fabrique depuis l’été 2015 et pour dix ans les maillots de Manchester United, a accepté sans rechigner de verser l’équivalent de 115 millions de francs à l’époque.

Autre exemple, toujours avec le même club: la marque automobile Chevrolet est présente sur toutes ses tenues des matches de Premier League, de Cup ou de Ligue des champions, moyennant environ 80 millions de francs par année. Sans oublier le géant britannique Aon (un des leaders mondiaux dans le domaine du courtage d’assurance) qui sponsorise toutes les tenues d’échauffement pour 25 millions de francs par saison. 

«Ces montants sont justifiés, argumente le spécialiste romand du sponsoring Sebastian Chiappero. Chevrolet et Aon paient au final le coût d’un contact commercial (client ou prospect). En sponsorisant le club de Manchester United, ces entreprises bénéficient d’une visibilité mondiale. En Asie, Manchester United est le club le plus adulé.»  Effectivement, le site web du club de foot en question se décline en sept langues: anglais, français, espagnol, mais aussi arabe, chinois, japonais et coréen.

La Corée du Sud représente plus de 50 millions d’habitants dotés d’un excellent pouvoir d’achat. On peut s’attendre à voir prochainement surgir une version thaïlandaise du site du club. D’autant que la bière thaïlandaise Singha est déjà l’un de ses trois fournisseurs principaux (pour la modique somme de 3 millions de francs par an). «Cela paraît astronomique d’acheter le joueur Pogba pour près de 120 millions de francs, or, vu les retombées planétaires de son club, ce n’est rien», constate Sebastian Chiappero, cofondateur de Cabinet Sponsorize.

Prenons l’exemple d’un autre club de foot: l’Inter Milan. L’homme d’affaires indonésien Erick Thohir, PDG de Mahaka Media, groupe d’édition et de télécommunications, avait racheté 70% du club en octobre 2013. Avant que le 6 juin dernier, le groupe chinois Sunig, actif dans la distribution de produits électroniques et d’électroménager, s’empare de la majorité (70%) du club pour 270 millions d’euros. L’Indonésien garde les 30% restants. Dès lors, il n’est pas surprenant que le site web de l’Inter Milan soit également une plateforme mondiale avec comme langues  l’anglais, l’italien et l’espagnol, mais là encore le chinois, le japonais et l’indonésien. Faut-il rappeler que l’Indonésie est, avec près de 260 millions d’habitants, le 4e pays le plus peuplé du monde?  

Chine, le nouvel eldorado

L’appétit de la Chine pour le football s’était déjà illustré l’an dernier, lorsque le groupe Wanda avait mis la main sur 20% de l’Atlético Madrid. Il s’est confirmé le 5 août, lorsque Silvio Berlusconi a donné son accord pour la vente de plus de 99% de l’AC Milan à un groupe d’investisseurs chinois, qui se sont engagés à injecter 350 millions d’euros dans le club de football. 

Les Chinois ne se contentent pas d’investir dans des clubs européens. Ils sont en train de muscler le championnat dans leur pays, qui devient le nouvel eldorado pour les footballeurs. Rien qu’en 2016, le marché des transferts a explosé: l’attaquant colombien Jackson Martinez a quitté après six mois l’Atlético Madrid pour s’engager au Guangzhou Evergrande, pour un montant de 42 millions d’euros. Battant le milieu de terrain de 28 ans Ramires, transféré à Jiangsu Suning pour 32 millions d’euros .

Mais le record reste le transfert d’Alex Texeira, attaquant brésilien de 26 ans, cédé pour 50 millions d’euros au club Jiangsu Suning. «Sur l’année 2015, les clubs chinois ont dépensé 168,3 millions d’euros dans les transferts de joueurs, ce qui en fait le 6e pays le plus dépensier après le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et la France. Mais les sommes investies durant le dernier mercato hivernal placent la Chine devant le Royaume-Uni: 258,9 millions d’euros pour les clubs de la Chinese Super League, devant la Premier League (247,3 millions). Cela s’explique par la présence de grands groupes propriétaires de clubs, tels que Alibaba (476 milliards de dollars de chiffre d’affaires) ou Hisense (16 milliards de chiffre d’affaires), 3e plus grand fabricant mondial de téléviseurs à écran plat, d’appareils électroménagers et d’appareils de communication mobiles», résume le patron de Sponsorize. Le modèle est simple: plus l’audience se développe, plus les joueurs et les clubs toucheront un marché mondial. En résumé, du fait de la croissance asiatique, les droits TV vont continuer à augmenter, avec le sponsoring, les salaires et les montants des transferts des joueurs. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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