Bilan

La convalescence grecque reste fragile

Les pays en périphérie de l’Europe commencent enfin à voir le bout du tunnel. A coups de réformes, ils ont retrouvé une faible croissance, mais le risque de déflation ne peut être écarté.

Mi-avril, la Grèce a levé 3  milliards d’euros en émettant un coupon de 4,75%.

Crédits: Alkis Konstantinidis/Reuters

C’est ce qu’on appelle un grand retour. L’un des pays européens les plus affectés pendant la crise financière, la Grèce, est revenu sur le marché après plus de quatre ans d’absence. Jeudi  10 avril, l’Etat a lancé une émission à cinq ans en euros avec un coupon de 4,75%.

Une valeur intéressante si on la compare à un titre à cinq ans sur l’Espagne ou le Portugal qui rémunèrent respectivement à des taux de 1,7 et 2,5%. Résultat, la République hellénique a levé 3 milliards d’euros et retrouvé la confiance du public puisqu’elle a reçu pour plus de 20 milliards de demandes de souscription.

Parmi les explications, l’Europe a su rassurer le monde de la finance qui ne craint plus qu’elle explose. «Nous avons relevé notre prévision de croissance économique pour la zone euro à près de 1,5% contre 1,1% donnée par le consensus, même si le risque de déflation dans les pays périphériques ne peut être écarté.

S’il nous paraît surestimé à ce moment du cycle, il continue de préoccuper l’ensemble des investisseurs. Seul le risque de déflation présent dans les périphériques nous préoccupe», confie Laurent Denize co-CIO d’Oddo AM.

Globalement, les résultats sont bons et on observe une reprise de la consommation et des investissements industriels. «De nombreux ajustements ont été réalisés dans les pays du sud de l’Europe, surtout en Grèce, notamment en termes de réduction des déficits publics, de celui de la balance des comptes courants, et des coûts du travail», explique Fabrizio Quirighetti, chef économiste et CIO du groupe Syz & Co.

En échange du plan de sauvetage européen qui lui aura prêté à ce jour 240 milliards d’euros, la Grèce n’a pas lésiné sur les mesures restrictives pour ne plus vivre au-dessus de ses moyens comme ce fut le cas avant la crise financière de 2008. Elle a regagné en compétitivité en baissant les rémunérations, notamment celles de fonctionnaires extrêmement bien payés.

Malheureusement, ses habitants en paient le prix avec un taux de chômage de 28% et de 60% chez les jeunes. Certes, pour les experts, investir en Grèce reste encore un placement risqué même si les choses vont dans le bon sens. D’autant plus que les fractures sociales augmentent et que l’austérité attise l’instabilité politique avec l’émergence des partis populistes.

Jouer le thème de la reprise

Comparé à celui de la Grèce, l’endettement de l’Espagne et du Portugal était nettement moins grave. Leurs ratings «investment grade» sont donc bien meilleurs, soit BBB- pour le premier et BB + pour le second.

Ces économies sont aussi plus diversifiées. «Elles semblent sorties de récession avec des produits intérieurs bruts (PIB) en nette accélération. En 2014, la croissance attendue du PIB espagnol est de 0,9% et celle du PIB portugais de 1%», relève Laurent Denize. Le Portugal a même annoncé des mesures complémentaires pour réduire les salaires des fonctionnaires.

S’il ne reste que peu de profits à engranger sur le marché obligataire au vu des taux d’intérêt bas, il existe encore des opportunités avec les actions. «Une carte à jouer est le secteur bancaire et/ou les valeurs industrielles qui profitent d’une amélioration de la conjoncture, aussi bien en matière de chiffre d’affaires que d’amélioration des marges, et qui devraient bénéficier d’un effet de levier en termes de gain sur le retour de la croissance économique», confie Fabrizio Quirighetti.

En effet, si on se cantonne aux grands établissements de la finance, les bilans ont été nettoyés et recapitalisés. Par exemple, Banco Comercial Português (BCP) a triplé son cours depuis 2007.

Parmi les tendances, les investisseurs pratiquent des analyses axées sur les fondamentaux des sociétés. «Nous apprécions la capacité d’une firme à générer de la croissance et des bénéfices, indépendamment de la solidité de son rating et de sa zone géographique», observe encore le co-CIO d’Oddo AM.

Patricia Meunier

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