Bilan

La contribution de l'économie de partage est limitée, selon Credit Suisse

L'économie du partage apporte d'énormes avantages au consommateur mais sa contribution réelle à la richesse nationale devrait rester faible, selon Credit Suisse.

Airbnb permet à tout un chacun de mettre à disposition, contre paiement, son logement à des inconnus.

Crédits: AFP

L'économie du partage, à l'instar des services de voiturage Uber ou de locations de vacances Airbnb, soulève les passions. Credit Suisse en juge limitée la contribution réelle au produit intérieur brut (PIB), même si elle force les opérateurs établis à se réinventer.

Les services de transports avec chauffeur de l'Américain Uber ou de son concurrent chinois Didi Kuaidi, le crédit entre particuliers proposés par le site américain Lending Club ou le Britannique Zopa comptent des millions d'adhérents. Mais aussi de puissants critiques, souligne Credit Suisse dans son étude "Global Investor" publiée mardi.

Pas sûr toutefois que la valeur réelle de l'économie communautaire soit à la mesure des émotions qu'elle suscite, estime la banque. Pour le consommateur, aucun doute qu'elle apporte d'énormes avantages. Mais la part des échanges alternatifs à la richesse nationale devrait, pour l'heure, rester faible, au vu des modestes sommes en jeu.

En Suisse, la grande banque estime que le partage de services et de biens génère actuellement une valeur ajoutée entre 0,5 et 6 mrd CHF par an. Soit seulement entre 0,1 et près de 1% du PIB helvétique.

Certes, l'économie de partage permet de comprimer les coûts, d'accroître l'efficience, de simplifier les structures, de contourner les intermédiaires et d'offrir la flexibilité. Les clés de son succès résident dans l'efficacité, la confiance et les avantages promis (value proposition).

La location de vacances classique s'est certes développée depuis des années en ligne. Or jusqu'ici, elle ne portait que sur les biens immobiliers prévus à cet effet. Airbnb permet à tout un chacun de mettre à disposition, contre paiement, son logement à des inconnus.

Il s'agit donc ici d'abord bien d'une affaire de confiance. Elle repose sur la présomption que les locataires sont contrôlés via les réseaux sociaux et Internet notamment.

Concurrence déloyale

Les critiques font cependant valoir que l'économie de partage bafoue les prescriptions réglementaires et fiscales, créant un avantage concurrentiel déloyal envers les opérateurs traditionnels. Les adversaires pointent aussi du doigt les salaires peu élevés et la faible protection des travailleurs.

Toutefois, selon Credit Suisse, ces arguments ne tiennent pas toujours la route. Louer sa propre maison ou s'octroyer des crédits entre particuliers a permis de lancer des marchés de masse, avec, à la clé, de faibles frais de courtage.

L'impact à plus long terme pour la croissance et le marché du travail reste lui aussi à déterminer. Outre la finance, les secteurs les plus concernés sont les services, les produits de consommation, l'hébergement et le transport.

PIB grignoté

Selon une enquête américaine, une voiture partagée remplace entre 9 et 13 véhicules individuels. Selon Credit Suisse, les Zipcar, car2go ou autres Blablacar vont réduire de 0,7% les ventes d'automobiles neuves d'ici 2020.

Le secteur hôtelier devrait lui ressentir la concurrence. A lui tout seul, Airbnb devrait voir ses réservations s'étoffer de 10 millions aujourd'hui à 60 millions d'ici 5 ans, et sa part de marché passer de 1% à 5%, selon les estimations de la banque.

Lorsqu'un étudiant, par exemple, recourt une nuitée gratuite ou du covoiturage, il réduit certes les émissions de CO2. Mais il grignote aussi directement la richesse nationale, en renonçant à consommer une chambre d'hôtel ou à une course en train.

A long terme, l'effet indirect sur le PIB pourrait éventuellement s'avérer positif, nuance le rapport. Du moment où le partage encourage les déplacements et permet d'investir ailleurs les revenus.

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