Bilan

La classe moyenne fuit l’hypercentre

Les pôles urbains de taille intermédiaire voient leur population croître fortement. A tel point qu’ils sont en passe de devenir les nouveaux catalyseurs de l’économie romande.
  • La belle endormie qu’était Sion est aujourd’hui une ville dynamique.

    Crédits: Denis Emery / Photo-genic.ch

A l’ère du big data, les statistiques fédérales livrent des enseignements parfois inattendus. Ainsi, les chiffres 2014 nous révélaient-ils que, du point de vue de la croissance de la population, c’est un trio de villes romandes qui arrive en tête du classement national: dans l’ordre, Sion, Sierre, puis Bulle.

Que faut-il en déduire? A l’évidence, un déplacement vers les zones périphériques s’opère. Les dernières données disponibles le confirment d’ailleurs. «La population sierroise s’élevait à 16  566 habitants en janvier 2014. Chaque année, plus de 1000 nouvelles personnes s’installent chez nous», précise l’administration municipale. 

En même temps, l’arc lémanique a toujours constitué le centre névralgique de la vie socioéconomique de la zone francophone.Aujourd’hui encore, les établissements de gestion financière, ou l’industrie horlogère notamment, appuient une économie genevoise demeurée solide. Non loin de là, Vaud profite de la belle santé de son biotope de PME de pointe ancrées dans un monde du savoir que le canton a su valoriser.

Selon la dernière étude de l’Institut de recherches économiques BAK, la Geneva Lake Region fournit actuellement 15% du PIB national, cela malgré une population active en léger recul. Cette force de frappe s’est même amplifiée durant les dix dernières années, comme l’illustre la croissance de son PIB. 

Des origines diverses

Mais ces réalités flatteuses ne masquent-elles pas un phénomène de surchauffe? Un tel diagnostic pourrait être étayé par les mouvements de population concomitants qui ont été observés sur cette même décennie. Selon les sources disponibles, la décision de quitter l’hypercentre de la région romande pour s’installer dans les zones périurbaines aurait plusieurs origines. Vivre dans le prestigieux arc lémanique a un coût que la classe moyenne, fragilisée par des ponctions fiscales et des frais fixes en hausse constante (caisses maladie, loyers, etc.), peine désormais à assumer.

A cela s’ajoute le problème d’un réseau de transports par voies terrestres et ferroviaires qui arrive à saturation. Migrer vers les régions proches, de la France voisine au Valais central en passant par Fribourg, est une solution qui permet à cette catégorie socioéconomique de regagner du pouvoir d’achat et d’optimiser sa qualité de vie.

Ce calcul est-il pour autant payant? «Pas systématiquement» semble constituer la réponse la plus honnête. Dans les faits, il faut en effet s’éloigner de plus en plus du Léman pour que l’effet périphérie joue. Le cas du Valais est en ce sens emblématique. Dès le début des années 2000, le Chablais a été la première aire géographique à voir sa population croître.

Remontant la vallée du Rhône, la migration s’est ensuite déplacée au gré des hausses du coût de la vie qui y ont prévalu. Depuis environ trois ans, cette réalité impacte Sion et Sierre. Le Haut-Valais, lui, connaît des conditions spécifiques qui le voient se dépeupler, ses forces vives se tournant vers Zurich et Berne grâce à l’accès facilité aux métropoles alémaniques qu’autorise le tunnel du Lötschberg.

L’exemple de Sion

Dans ce mécanisme de flux des populations, Sion se situe, littéralement, à la croisée des chemins. La ville compte 30  000 résidents permanents. Ce nombre atteint toutefois 50  000 personnes durant la journée. Ce phénomène s’explique par la venue de nombreux pendulaires issus des communes environnantes. Longtemps, la capitale valaisanne était désertée en dehors des heures de bureau. Depuis un peu plus de cinq ans, un remodelage de la vieille ville et du centre a été entrepris, et ce avec succès. L’accès piétonnier a été généralisé dans ce périmètre. 

La belle endormie qu’était Sion s’est depuis découvert des allures quasi méditerranéennes. En été, on vient de loin à la ronde pour fréquenter ses terrasses.

Symptomatiquement, la ville a remporté en 2013 le Prix Wakker qui a couronné ses réalisations urbaines, très réussies de l’avis général. «Dans le cadre des développements en cours, de nouvelles personnes viennent habiter chez nous. Elles s’y établissent pour des raisons professionnelles ou simplement pour le confort de vie qu’offre notre environnement», souligne avec satisfaction Marcel Maurer, le président de Sion.

Il est fait référence ici à la zone de la gare qui s’apprête à connaître un lifting comparable. Cette mue accompagnera l’arrivée, déjà en cours, de 11 chaires de l’EPFL (ce qui représente 300 chercheurs). A terme, ce campus abritera par ailleurs l’antenne sédunoise de la HES-SO. Dans ce même périmètre, des halles de sport ont été construites. Plusieurs autres bâtiments, dont des logements et une salle de spectacle, sont à l’étude.

Douze millions de francs ont été investis pour les premiers locaux de ce complexe baptisé Energypolis qui a ouvert ses portes l’automne dernier. Des terrains vont en outre être rachetés par la Municipalité. Les zones de stockage qui les occupent seront réaffectées pour y installer de nouvelles entreprises.

Revers de la médaille, Sion connaît des problèmes de logement. Le prix des loyers y a augmenté de manière sensible et l’offre en biens disponibles s’avère réduite. Qui plus est, les terrains constructibles ne sont pas nombreux, du fait de Rhône 3 et d’autres aménagements qui bloquent plusieurs zones aussi bien à l’est qu’à l’ouest de la ville.

Il fallait donc réagir. Sion a décidé de le faire en s’extrayant des limites naturelles de son territoire. Dans cette optique, le projet «AggloSion» devrait la doter d’une taille critique suffisante pour jouer un rôle économique moteur en Valais. Douze communes vont intégrer cette agglomération, dont Conthey, Savièse et Nendaz. En 2030, cette entité comptera entre 90  000 et 95 000 habitants pour 50 000 emplois.

François Praz

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Conseils pour investir dans l’art
Quand l’exclusif ne suffit plus

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."