Bilan

La Chine renchérit: où produire pas cher?

Alors que l’Asie devient moins attrayante, le manque d’alternatives se fait sentir. Le groupe H&M a décidé de s’implanter en Ethiopie, afin de réduire fortement ses coûts. L’Afrique reste cependant un terrain difficile.
La grande difficulté en Afrique est le manque d’infrastructures. Crédits: Francesco Zizola/Keystone

L’annonce le 16 août par Hennes & Mauritz, le No 2 mondial du prêt-à-porter, qu’il allait confier une partie de sa production à des fournisseurs éthiopiens a suscité un grand intérêt. Mais de là à dire que l’Afrique est en passe de jouer, par rapport à l’Europe, le rôle qui est celui du Mexique comme sous-traitant des Etats-Unis, il y a un pas que personne ne se hasarde à franchir.

Tout au plus, certains observateurs estiment que le précédent éthiopien peut représenter le tout début d’un processus qui reste à confirmer. D’une part, parce que tout n’est pas que douceur et lumière sur ce vaste continent où l’Ethiopie peut apparaître comme un cas particulier, du moins en Afrique subsaharienne.

«Il y a une tradition d’artisanat qui remonte à la colonisation italienne, notamment dans la chaussure, et le pays dispose du premier cheptel d’Afrique pour fournir des peaux», explique Koly Keita, spécialiste en financement de projets sur l’Afrique, basé à Paris et Genève.

Au Nigeria, les salaires sont certes très bas, aux environs de 120  dollars par mois, mais la production électrique du pays le plus peuplé d’Afrique n’excède pas 4000 mégawatts. Résultat, il n’y a guère que dans la production de ciment que le Nigeria se fait une place, et encore est-elle modeste.

Le manque d’infrastructure occasionne des coûts considérables. «Le plus grand problème de l’Afrique, c’est l’infrastructure, notamment l’électricité», explique Stefano Rodella, associé d’Atonra Partners, une société d’analyse financière pour qui l’Afrique est un thème d’investissement porteur. Mais, comme nombre d’autres commentateurs, il a tendance à privilégier l’Afrique du Nord, malgré l’instabilité politique car, au sud du Sahara, l’Ethiopie est pratiquement le seul pays avec l’Afrique du Sud à offrir des conditions-cadres intéressantes et surtout à disposer d’une infrastructure sans laquelle une implantation est illusoire.

Accessoirement, l’Ethiopie offre un marché intérieur non négligeable. Signe de ce regard nouveau sur l’Ethiopie, la Standard Bank, la plus grande banque d’Afrique en termes de bilan, basée à Johannesburg et qui dispose déjà de 17 implantations réparties sur le continent, planifie son installation prochaine à Addis-Abeba. «Ce sera la première banque étrangère autorisée à opérer en Ethiopie», relève Samir Gadio, économiste de la Standard Bank à Londres.

Addis-Abeba attire les Chinois 

D’ailleurs, les Chinois y ont précédé les Occidentaux, par exemple ZTE Corp., qui annonce la construction d’une usine de téléphones portables à Bahir Day City. A Addis-Abeba, les Chinois du groupe Huajian ont construit une usine qui produit 2000 chaussures par jour et le groupe projette d’investir encore 10 milliards de dollars sur dix  ans et de créer 100 000 emplois. 

Le changement de rôle de la Chine est l’une des évolutions notables de ces dernières années: désormais, les coûts de production y sont supérieurs à ceux du Mexique ou de la Turquie, où les salaires sont pourtant quatre fois plus élevés qu’en Egypte. Ces dernières années, les salaires chinois ont connu une croissance de 8 à 10% par an, ce qui réduit l’intérêt d’y implanter des productions à faible valeur ajoutée.

En Ethiopie, H&M pourra produire trois ou quatre fois moins cher qu’en Chine, relève également Claudio Borelli, analyste à l’Union Bancaire Privée. Ces comparaisons expliquent beaucoup de choses en matière de délocalisation, un domaine où les entreprises n’ont pas la réputation de faire du social. «Les entreprises délocalisent parce qu’on leur donne, par exemple, deux ans pour réduire les coûts de 30%», commente Yves Reichenbach, un conseiller d’entreprise basé à Genève qui évoque aussi la pression de la bourse et des effets d’annonces.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."