Bilan

La Chine n’a pas fini ses rachats en Suisse

La deuxième économie mondiale ne compte pas s’arrêter à Syngenta et devrait encore acquérir beaucoup d’entreprises helvétiques. Ses investisseurs se profilent aujourd’hui comme des acquéreurs recherchés.
  • Le site de Monthey de Syngenta.

    Crédits: Dr
  • Selon Ronald Sauser, spécialiste des fusions et acquisitions, les Chinois cherchent en priorité à gagner des parts de marché.

     

    Crédits: Dr

En Suisse, l’attitude face aux investisseurs chinois a complètement changé en quelques années. Si l’on s’en méfiait il y a cinq ans, ils sont aujourd’hui des interlocuteurs recherchés, notamment chez les petites et moyennes entreprises dont un nombre important est en phase de succession. La première raison à cela est d’ordre financier.

«Tout le monde sait maintenant que les groupes venus de Chine disposent de liquidités abondantes», observe Ronald Sauser, spécialiste des fusions et acquisitions (M&A) chez EY. Cette société d’audit financier a récemment publié une étude sur les acquisitions de la Chine en Europe qui montre une accélération dans l’Union européenne de même qu’en Suisse. 

Lire aussi: Syngenta, investissement record des Chinois en Suisse

Après le rachat de Syngenta par ChemChina annoncé en début d’année, les reprises de petites sociétés helvétiques se sont multipliées. Au premier semestre, le volumede transaction a atteint 45,8 milliards de dollars (dont 44 milliards pour Syngenta), contre 40 milliards pour l’ensemble de l’année 2015. Selon l’étude d’EY, la Suisse est la sixième des destinations des investisseurs chinois en Europe, devant la France et derrière l’Allemagne qui se place au premier rang. 

Les rachats chinois en Suisse

Les observateurs soulignent un effet de rattrapage qui s’applique à tout le Vieux-Continent. Outre-Rhin, l’acquisition du leader en robotique Kuka a frappé les esprits, de même qu’en Italie celles du Milan AC et de Pirelli. Après avoir été coupé du monde durant des décennies, l’Empire du Milieu est devenu la deuxième économie mondiale derrière les Etats-Unis en moins de vingt ans.

Lire aussi: La Suisse chinoise

Sa fringale de rachats correspond à l’ajustement de son poids à l’échelle internationale. «La Chine a d’abord rencontré les investisseurs étrangers qui s’implantaient dans le pays. Aujourd’hui, le cycle s’est inversé et les Chinois cherchent des acquisitions à l’étranger pour se développer. Mais il n’est pas dans les projets des investisseurs chinois de changer la manière de faire chez les entreprises helvétiques acquises», commente Yafei Zhang, avocat chez Picot Associés à Genève. Les Chinois passent en effet pour être peu interventionnistes. Une fois propriétaires, ceux-ci n’ont pas pour objectif de réduire les coûts de fonctionnement en établissant des synergies, contrairement aux Américains. 

Investissements sur le long terme

Les investisseurs chinois se sont de leur côté rapidement adaptés à leurs interlocuteurs occidentaux. «Il est aujourd’hui beaucoup plus facile de communiquer avec eux et d’identifier les personnes clés. Parallèlement, nous rencontrons beaucoup moins de problèmes liés aux délais», détaille Ronald Sauser. Coresponsable des fusions et acquisitions chez JP Morgan aux Etats-Unis, Hernan Cristerna a déclaré à Finanz und Wirtschaft:

«A chaque fois qu’un client évoque une compagnie à vendre, nous regardons du côté des groupes chinois. Ces compagnies s’intéressent aux perspectives sur le long terme et se soucient peu des estimations trimestrielles en vigueur sur le marché. Cette approche leur permet d’offrir des évaluations très généreuses, alors que les autres sociétés cotées subissent la pression des actionnaires sur le court terme.» 

De son côté, Thomas Xia Hua, chez CPV Partners à Carouge, prévient toutefois: «Il est possible qu’un prix plus élevé soit consenti pour sécuriser et écourter les négociations. Mais penser que les investisseurs chinois débourseront systématiquement davantage serait une généralisation excessive.»

Trois sociétés issues de la défunte Swissair

Connu comme un centre de production à bon marché, l’Empire du Milieu a entrepris dernièrement de réorienter ses activités vers la valeur ajoutée. Pékin encourage les rachats dans les secteurs tels que transports, tourisme (offre intégrée hôtels et transports), santé, pharma ou encore chimie. S’ils investissent dans l’aviation, les Chinois veulent contrôler toute la chaîne, de la flotte aux services au sol et au catering. Ainsi, HNA Aviation (le groupe bâti autour de la compagnie Hainan Airlines) a repris trois sociétés issues de la défunte Swissair : Swissport, Gate Gourmet et SR Technics. 

«La Chine a effectué un bond technologique spectaculaire ces dernières années. Ce n’est plus le savoir-faire qui est recherché en priorité, mais les opportunités de gagner des parts de marché, souligne Ronald Sauser. Pour les entreprises suisses, un acquéreur chinois représente un accès facilité à 1,3 milliard d’habitants. Les ventes du fabricant de machines de précision glaronnais Netstal y ont fait un bond depuis que ChemChina a racheté la maison mère allemande KraussMaffei, au début 2016.» 

Tornos, cible potentielle

Thomas Xia Hua décrypte: «Face à une concurrence féroce, des produits de haute technologie, une marque reconnue ou encore le Swiss made constituent en Chine des atouts de taille. Ces qualités sont très recherchées par les investisseurs chinois. Peu importe l’industrie, la taille ou la localisation de la cible.» 

Toute compagnie de qualité à la recherche de capital ou à l’affût d’une offre intéressante constitue ainsi une cible potentielle. La société biotech genevoise Addex, l’entreprise de confection Charles Vögele, l’assurance Bâloise ou encore le spécialiste du logiciel bancaire Temenos pourraient être dans ce cas de figure. 

Roland Sauser prolonge: «Leader dans son domaine, le fabricant de machines de Moutier, Tornos, représenterait une belle opération gagnant-gagnant. Une telle transaction lui permettrait de renforcer ses ventes en Chine, tandis que les acquéreurs renforceraient leur position face à deux importants concurrents japonais.»  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Du même auteur:

CFF: Comment éviter le scénario catastrophe
L’omerta sur le harcèlement sexuel existe aussi en suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."