Bilan

La BNS se tient prête pour un Grexit

La BNS a échafaudé en coulisse différents scénarios relatifs à la Grèce et même anticipé une sortie du pays de la zone euro.

Face aux incertitudes liées au dossier de la crise grecque, le franc suisse constitue toujours une valeur refuge.

Crédits: Reuters

La Banque nationale suisse (BNS) a maintenu le cap jeudi de sa politique monétaire, qu'elle juge efficace. Ne prêtant pas flanc aux critiques, l'institut d'émission a conservé les taux d'intérêts en zone négative et a confirmé sa volonté d'intervenir sur le marché de devises pour assurer la stabilité du franc. La BNS a échafaudé en coulisse différents scénarios relatifs à la Grèce et même anticipé une sortie du pays de la zone euro.

Le taux d'intérêt appliqué aux avoirs en comptes de virement reste inchangé à -0,75%, et la fourchette de fluctuation du Libor à trois mois en francs est maintenue entre -1,25 et -0,25%. La BNS affirme que le franc suisse est toujours surévalué et qu'il devrait se déprécier, grâce notamment à la mise en place des intérêts négatifs. La devise helvétique s'est fortement appréciée le 15 janvier, suite à la levée du plancher EUR/CHF.

Les décisions prises à mi-janvier ont fait l'objet de sérieuses remises en cause, aussi bien de la part des milieux politiques que de certains secteurs économiques.

"Le marché monétaire fonctionne efficacement, même dans un environnement de taux d'intérêts négatifs", s'est félicité Fritz Zurbrügg, membre de la direction de la BNS. Le Libor à trois mois s'inscrit de manière stable dans le milieu de la fourchette de variation établie par la BNS. Le taux d'intérêt négatif s'est propagé comme souhaité au marché monétaire comme au marché des capitaux. La mesure, initiée mi-décembre et amplifiée un mois plus tard, vise à limiter l'attrait de la détention de francs par rapport à d'autres monnaies.

Pour le président de la direction de la BNS Thomas Jordan, l'arrimage du franc à un panier de devises, comme suggéré récemment par différents experts et politiciens, n'aurait pas suffi à lui seul à enrayer la récente appréciation du franc.

PRÉPARÉE AU GREXIT

La banque centrale se prépare à faire face à l'évolution du dossier grec et aux risques qu'il représente pour les marchés financiers. "Notre scénario de base n'implique pas une sortie de la Grèce de la zone euro", a précisé M. Jordan.

Face aux incertitudes liées au dossier de la crise grecque, le franc suisse constitue toujours une valeur refuge. "Le cours du franc en termes pondérés par le commerce extérieur a augmenté d'environ 12% depuis le début de l'année", a affirmé le chef de la BNS. Les intérêts négatifs devraient peu à peu contribuer à corriger la surévaluation du franc. La BNS pourrait sortir de nouvelles mesures de son chapeau afin d'éviter que la situation devienne incontrôlable, selon des économistes.

L'immobilier fait également l'objet d'une surveillance de la part de la BNS. Les déséquilibres se font persistants sur le marché hypothécaire, en dépit d'une certaine stabilité au cours des trois derniers mois. Le nouveau recul des taux d'intérêt sur les marchés monétaires et des capitaux depuis janvier dernier risque de creuser encore le fossé entre marchés hypothécaire et immobilier, a prévenu le vice-président Jean-Pierre Danthine.

L'attractivité des investissements immobiliers semble s'être accrue, tant pour les banques que pour les investisseurs commerciaux et les ménages, explique M. Danthine. La tendance est particulièrement marquée auprès des investisseurs spéculatifs et risque de réactiver un renchérissement de l'offre.

Les banques pourraient par ailleurs être tentées de prendre des risques de taux d'intérêt et de crédit plus élevés, afin de contrer le défi des taux d'intérêts actuels. Il en résulterait pour ces établissement une exposition additionnelle aux choc de taux d'intérêts ou correction sur les marchés hypothécaire et immobilier.

PAS DE "SPIRALE DÉFLATIONNISTE"

Suite à l'abolition du taux plancher face à l'euro, l'inflation en Suisse est "clairement passée en zone négative", a rappelé Thomas Jordan. Il estime cependant que cette phase de renchérissement négatif est temporaire et "fait partie de la phase d'ajustement consécutif au renchérissement du franc". Elle ne devrait donc pas se prolonger ou déboucher sur une "spirale déflationniste".

Le passage de l'inflation en zone négative est dû avant tout au prix des biens et services importés, qui ont chuté en mai de 5% sur un an, dans une large mesure à cause de la baisse des prix du pétrole, a expliqué le patron de la BNS. "Le renchérissement des biens et services suisses s'est en revanche maintenu en zone positive", a-t-il ajouté.

En milieu d'après-midi, le franc se révélait stable face à l'euro par rapport à sa valeur en matinée, à 1,043 CHF. Il n'a pratiquement pas évolué depuis la dernière évaluation de la politique monétaire, en mars. Après la levée du taux plancher en janvier, politiciens et entrepreneurs espéraient que la paire EUR/CHF allait se fixer à 1,10, afin de soutenir les exportations et le tourisme.

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