Bilan

La BNS n'a pas plongé la Suisse dans la récession, selon son président

La BNS reste convaincue par sa politique "expansive" et se réserve le droit de prendre de nouvelles mesures en cas de besoin.

Le patron de la BNS s'oppose à la création d'un fonds souverain et à l'initiative dite "Monnaie pleine".

Crédits: Keystone

La politique monétaire de la Banque nationale suisse (BNS), bien que très critiquée, n'a pas plongé le pays dans la récession. Ce bilan émane du président Thomas Jordan, qui s'est exprimé vendredi à l'assemblée générale de l'institut d'émission. Le patron de la BNS s'oppose à la création d'un fonds souverain et à l'initiative dite "Monnaie pleine". Il a par ailleurs confirmé ses perspectives de croissance et d'inflation pour 2016.

Pour M. Jordan, le franc reste encore et toujours surévalué vis-à-vis de l'euro. Cette situation est principalement imputable à la faiblesse de la devise communautaire, selon lui. La BNS reste convaincue par sa politique "expansive", notamment par le recours à des moyens non conventionnels comme les taux négatifs. Elle se réserve le droit à l'avenir de prendre de nouvelles mesures, en cas de besoin.

L'appréciation de la monnaie helvétique causée par la levée du plancher EUR/CHF avait suscité des craintes de récession. Or, le PIB suisse a progressé de 0,9% l'année écoulée. "Si cette croissance ne peut pas être qualifiée de vigoureuse, elle constitue néanmoins un signe favorable", a souligné le président. A titre de comparaison, ce dernier a rappelé que la reprise mondiale demeure "lente". Pour 2016, la BNS table toujours sur une croissance du PIB suisse entre 1% et 1,5%.

Le choc du franc et l'effondrement des prix des matières premières ont contribué à la situation de déflation actuelle. "Une telle évolution fait aussi souvent partie du processus d'ajustement de l'économie réelle", a analysé Thomas Jordan. L'inflation devrait se rapprocher de 0,8% cette année et reviendra en zone positive en 2017, affirme la banque centrale.

Comparaison "trompeuse"

Depuis 2008, le bilan de la BNS a fortement augmenté et l'idée de créer un fonds souverain suisse a gagné en popularité, a constaté le patron de la BNS. La Norvège est souvent citée à titre d'exemple par les partisans d'une telle solution. Pour M. Jordan, la comparaison s'avère toutefois "trompeuse". "Ce pays alimente son fonds souverain grâce aux rentrées fiscales, aux recettes tirées des droits de licence et aux dividendes provenant tous du secteur pétrolier", a-t-il rappelé.

Transférer les réserves de devises vers un produit financier sans contrepartie reviendrait à réduire drastiquement les fonds propres de la BNS et la marge de manoeuvre de l'institut dans son mandat de politique monétaire.

Comme le Conseil fédéral, Thomas Jordan rejette également l'initiative "Monnaie Pleine", qui vise à garantir les dépôts sur des comptes courants et à redéfinir les règles d'émission de monnaie. Le texte reviendrait à "politiser la politique monétaire" et menacerait l'indépendance de la banque centrale.

"La BNS ne récuse pas toute proposition de réforme par excès d'autosatisfaction, en prétendant évoluer dans le meilleur des mondes", a néanmoins averti Jean Studer, président du Conseil de banque, lors de son allocution. La participation de l'institut d'émission dans le débat public constitue une nécessité à ses yeux.

M. Studer a articulé son intervention sur l'élargissement des compétentes de la BNS, que certains appellent de leur voeux. La banque devrait ainsi assurer le plein emploi et la stabilité des cours de change, en plus de s'occuper de l'inflation et du franc. Un tel changement "se heurterait inévitablement à la réalité et n'apporterait pas d'amélioration à la situation actuelle", pour le président du conseil.

Les décisions de la direction reposent sur un évaluation générale de l'économie et prennent déjà en compte l'emploi et les cours de change. Préciser les compétences reviendrait à perdre en flexibilité et entraverait la conduite de la politique monétaire, selon Jean Studer.

Ce dernier s'oppose également à d'autres revendications, comme l'élargissement de la direction générale et la publication des procès-verbaux. M. Studer veut éviter que des personnes défendant des intérêts particuliers nuisent à l'intérêt général et entend assurer la poursuite d'un débat contradictoire lors des séances de direction.

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