Bilan

La BNS maintient sa politique monétaire

La Banque nationale suisse maintient sa politique monétaire et envisage l'introduction de taux négatifs. Le calme avant la tempête, selon les analystes.

Le statu quo attendu de la Banque Nationale Suisse (BNS) n'a pas surpris les analystes. Leurs commentaires sont déjà tournés vers l'avenir, et ils ne sont pas vraiment d'accord, en particulier sur les taux négatifs.

Crédits: Keystone

La Banque nationale suisse (BNS) a maintenu jeudi les pierres angulaires de sa politique monétaire, le cours plancher et un taux directeur toujours à un niveau historiquement bas. Face aux risques de déflation, l'institut d'émission envisage l'introduction de taux négatifs.

La banque centrale continuera de faire prévaloir le cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro "avec toute la détermination requise", a-t-elle souligné lors de l'examen périodique de la situation économique et monétaire.

La BNS a également maintenu la marge de fluctuation de son taux de référence, le Libor à trois mois, à 0%-0,25%. Elle avait fixé la marge de fluctuation a ce niveau historiquement bas en septembre 2011.

"Nous continuerons de faire prévaloir le cours plancher avec toute la détermination requise", a indiqué le président Thomas Jordan. Ce dernier s'est déclaré "prêt, si nécessaire, à acheter des devises en quantité illimitée".

Pour le patron de la BNS, "le cours plancher constitue l'instrument central pour prévenir un durcissement inopportun des conditions monétaires", dans un contexte de taux d'intérêt nuls.

L'introduction de taux négatifs est également envisagé. "Nous n'excluons aucun instrument, pas même des taux négatifs", a souligné le président du directoire.

Croissance revue en hausse

Les risques de déflation, portés par la chute des prix du pétrole et les mauvaises perspectives économiques dans la zone euro, ont amené la BNS à revoir en baisse ses prévisions d'inflation. Pour 2014, elle table sur une hausse des prix à la consommation nulle, contre +0,1% attendu en septembre. En 2015, l'inflation devrait passer en zone négative à -0,1%. Une légère reprise n'est attendue qu'en 2016, avec un taux de 0,3%.

La BNS a par contre légèrement relevé sa prévision de croissance économique de la Suisse pour 2014. Elle s'attend désormais à une hausse du produit intérieur brut (PIB) entre 1,5% et 2%, contre 1,5% en septembre. Pour 2015, la progression prévue du PIB est d'environ 2%.

"Nous tablons toujours sur une consolidation progressive de la croissance mondiale courant 2015", notamment grâce au repli des prix du pétrole, a dit M. Jordan. L'évolution conjoncturelle sera cependant mitigée, autant dans les pays industrialisés qu'émergents. "Le contexte économique international demeure très incertain", a-t-il insisté.

Concernant l'immobilier, Thomas Jordan a estimé que "malgré la baisse des taux hypothécaires, la croissance des prêts dans ce segment a encore fléchi".

"Cela indique que les mesures prises en vue de freiner la dynamique des marchés hypothécaire et immobilier produisent certains effets. Mais les déséquilibres qui se sont formés sur ces marchés au cours des dernières années subsistent", a-t-il averti.

"Il est encore trop tôt pour baisser la garde", a renchéri Jean-Pierre Danthine, vice-président de l'institut d'émission. M. Danthine déplore que les banques n'aient pour l'heure fait montre d'aucune modification dans leur propension à prendre des risques. Nombre d'établissements disposent toutefois de réserves supérieures aux exigences réglementaires actuelles. Il recommande au secteur de s'assurer d'être en mesure d'assumer les risques encourus, y compris en cas de chute des prix de l'immobilier, concordant avec un choc des taux d'intérêt.

Option des taux négatifs

"Nous observons attentivement l'évolution de la situation du marché immobilier et continuerons à surveiller de très près s'il convient d'adapter le niveau du volant anticyclique de fonds propres", a dit M. Jordan.

Le franc s'est nettement raffermi après les annonces de la BNS. A 13h45, la devises helvétique s'échangeait à 1,2013 franc pour un euro, contre 1,2036 dans la matinée avant les déclarations des banquiers centraux.

Les analystes d'IG Bank ont averti qu'avec les achats d'obligations prévus par la Banque centrale européenne (BCE), la BNS allait se retrouver sous pression pour maintenir le cours plancher. Une telle mesure de relâchement quantitatif (QE), qui pourrait être lancée dès janvier, affaiblirait l'euro, obligeant la BNS à agir pour à son tour affaiblir le franc.

Les analystes de Daily FX ont abondé dans ce sens, estimant que la BNS sera obligée d'intervenir quand la BCE aura lancé son programme de soutien conjoncturel.

"La BNS devrait commencer à faire payer pour les dépôts des banques seulement en cas d'afflux substantiels de capitaux comme en 2012", ont par contre nuancé les spécialistes de Credit Suisse, ajoutant que de tels afflux étaient improbables.

Le calme avant la tempête

"Un non-événement", estime David Marmet de la BC de Zurich (ZKB) à propos des annonces de la BNS. Toutes les décisions et les prévisions d'inflation et de croissance du PIB étaient attendues, note-il.

M. Mermet reflète l'opinion de tous ses confrères, qui, comme lui, s'intéressent maintenant à l'avenir. L'analyste de ZKB aurait souhaité quelques indications sur la future politique monétaire de la BNS, en particulier sur les taux négatifs, qui restent une énigme.

M. Marmet ne prévoit pas l'introduction de taux négatifs, "sauf si la crise de la dette venait à s'aggraver dans la zone euro", un scénario auquel il ne croit pas.

L'analyste de Credit Suisse, Maxime Botteron, est du même avis. Il pense toutefois qu'un ajustement de la marge de fluctuation du Libor à 3 mois est possible. "Un taux négatif du Libor est envisageable".

Selon lui, un nouvel assouplissement de la politique monétaire de la BCE pourrait amener la BNS à intervenir à nouveau sur le marché des changes.

Karsten Junius, de la banque J. Safra Sarasin, juge vraisemblable l'introduction de taux négatifs par la BNS au 2e trimestre 2015.

Les analystes sont d'accord sur un point: la prochaine réunion de politique monétaire de la BNS risque d'être tendue. "C'était le dernier moment de calme", résume Laurent Bakhtiari, d'IG Bank. "La BNS devra agir, même si l'on ne sait pas encore quelle option elle choisira".

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