Bilan

La BCE devrait garder son cap en l'absence de reprise de l'inflation

La BCE devrait maintenir les taux directeurs en zone euro à leur plus bas historique et poursuivre le programme d'achats massifs de dettes publique et privée en vigueur depuis mars 2015.

La BCE continue d'évaluer la situation "avec un grand pragmatisme", observait encore François Villeroy de Galhau.

Crédits: Keystone

La Banque centrale européenne (BCE) devrait jouer la prudence ce jeudi en maintenant son cap accommodant, les observateurs guettant toute inflexion du discours qui présumerait d'une sortie à venir de la politique de soutien à l'économie.

Le conseil des gouverneurs, l'instance dirigeante de la BCE composée de six directeurs et des 19 présidents des banques centrales de la zone euro, communiquera à 12H45 GMT ses dernières décisions de politique monétaire, avant une conférence de presse du président de l'institution, Mario Draghi, à partir de 13H30 GMT.

Un moment clé sera la lecture du communiqué introductif approuvé par la BCE, avec le passage sur les risques pesant sur la croissance. "Tout jugement légèrement revu à la hausse sur la croissance laissera présager un changement de discours sur les anticipations d'action future - la "forward guidance" - lors de la réunion de juin", selon une note d'ING.

Ces dernières semaines, Mario Draghi et l'économiste en chef de la BCE Peter Praet ont encore insisté sur les menaces pesant sur l'économie de la zone euro, compte tenu des craintes de repli protectionniste aux Etats-Unis, du "Brexit" ou de la montée des mouvements populistes en Europe.

Plus optimiste, Benoît Coeuré, membre du directoire de l'institution, a jugé les risques "largement équilibrés" et évoqué la perspective prochaine d'une normalisation de la politique monétaire de la BCE.

Les gardiens de l'euro auront aussi en tête ce jeudi la possible élection à la présidence française, le 7 mai, du candidat pro-européen Emmanuel Macron. Une telle victoire, face à la candidate du Front national Marine Le Pen, éloignerait aux yeux des analystes les risques d'instabilité financière et de freinage de la croissance et des prix dans la zone euro.

'Réelle embellie' ? 

Pour l'heure, la BCE devrait maintenir les taux directeurs en zone euro à leur plus bas historique - avec le principal taux à zéro et celui sur les dépôts à -0,40% - et poursuivre le programme d'achats massifs de dettes publique et privée en vigueur depuis mars 2015, jugent les économistes.

"C'est une bonne chose", commente Jörg Zeuner, chef économiste de la banque publique KfW, dans un communiqué. La remontée continue des indices mesurant le moral des affaires laisse penser que la conjoncture se raffermit en zone euro, mais "reste à voir si cette euphorie se traduira par une réelle embellie économique, notamment via l'investissement des entreprises", prévient l'économiste.

Ce jeudi, la BCE ne dispose pas de données économiques majeures pouvant l'amener à modifier sa posture. L'institution gardera en tête l'absence de pression notable sur les prix, l'inflation hors prix du pétrole et denrées alimentaires affichant un maigre 0,7% en mars, bien éloigné de son objectif d'une hausse des prix proche de 2% sur le moyen terme.

Mario Draghi a encore souligné début avril le rôle éminent de la BCE qui contribue "pour moitié" au supplément de croissance affiché depuis le début de la reprise, l'autre coup de pouce venant des prix du pétrole.

En revanche, il y a trop peu de traces d'inflation vertueuse qui serait nourrie par la conjoncture et un rattrapage côté salaires.

Rendez-vous en juin 

Le nouveau recul des anticipations d'inflation sur le long terme, perçues par les marchés financiers, fournit à la BCE un autre argument pour ne pas baisser la garde.

Comme aucune annonce forte n'est attendue ce jeudi, les yeux se tournent déjà vers la réunion du mois de juin où une sérieuse inflexion du discours pourrait surgir sur fond de nouvelles prévisions d'inflation et de croissance.

Enfin, probablement en septembre, le temps sera venu d'annoncer un nouveau calibrage du programme d'achat d'actifs après son terme prévu fin 2017 ou au delà si nécessaire, avance Natixis dans une étude.

Pour les mois à venir, la communication de la BCE va relever d'un "exercice d'équilibriste", juge DekaBank. Il faudra prévenir à temps le public et les épargnants d'un tour de vis monétaire à venir, mais éviter de laisser cours à une spéculation débridée sur les marchés.

La BCE continue d'évaluer la situation "avec un grand pragmatisme", observait encore François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, la semaine passée à New-York.

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