Bilan

La BCE arrêtera fin décembre ses rachats de dette

La Banque centrale européenne a décidé d'arrêter à la fin de l'année son vaste programme de rachats d'actifs, pour peu que les prochains mois "confirment" la progression de l'inflation en zone euro.

L'inflation a surpris à la hausse, au point de remonter à 1,9% en mai en zone euro pour rejoindre l'objectif de la BCE.

Crédits: afp

La Banque centrale européenne a décidé jeudi d'arrêter à la fin de l'année son vaste programme de rachats d'actifs, pour peu que les prochains mois "confirment" la progression de l'inflation en zone euro.

Guettée depuis des mois, cette sortie progressive du "QE", c'est-à-dire du rachat massif par la BCE de dettes publiques et privées, passera par une décrue de son rythme entre octobre et décembre, à 15 milliards d'euros mensuels contre 30 milliards actuellement.

Réunie à Riga, en Lettonie, la Banque centrale européenne se ménage toutefois la possibilité de changer de cap, conditionnant l'abandon du QE à des données "confirmant les perspectives d'inflation" à moyen terme.

Cette précaution de langage, loin d'être anecdotique, signe "un compromis de Salomon" au sein de l'institut, en ménageant "une porte de sortie" si la situation devait se dégrader, décrypte Carsten Brzeski, économiste chez ING Diba.

"Bien joué", juge-t-il, alors qu'une lutte sourde oppose depuis longtemps les "faucons" de la BCE, favorables à un durcissement de sa politique monétaire, aux "colombes" appelant à la prudence.

L'arrêt du QE demeure par ailleurs un préalable à une première remontée "bien après" des taux directeurs de la BCE, qui interviendra au plus tôt à la fin de l'été 2019, a précisé l'institution.

Coup de froid 

A partir de 12H30 GMT, le président de la BCE Mario Draghi devrait dévoiler ses nouvelles prévisions macroéconomiques, traditionnellement scrutées de près.

Lors de sa réunion de mars, l'institut tablait sur 2,4% de croissance en 2018, 1,9% en 2019 et 1,7% en 2020, tandis que l'inflation était attendue à 1,4% cette année et l'an prochain, et 1,7% en 2020.

Depuis, la conjoncture a connu un coup de froid inattendu au premier trimestre, dont les analystes ignorent s'il sera temporaire: le PIB a crû de 0,4% en zone euro contre 0,7% au quatrième trimestre de l'an dernier.

A l'inverse, l'inflation a surpris à la hausse, au point de remonter à 1,9% en mai en zone euro pour rejoindre l'objectif de la BCE, légèrement inférieur à 2% sur le moyen terme.

Mais en excluant l'alimentation et l'énergie, deux composantes très instables, les prix ont bien plus modestement progressé de 1,1% en mai, sans effet d'entraînement visible des récentes hausses de salaires négociées en Allemagne.

Par ailleurs, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires ont encore grimpé d'un cran, Washington menaçant désormais de taxer les importations d'automobiles étrangères, fleuron industriel de l'Allemagne.

Craintes sur l'Italie 

La crainte d'une spirale protectionniste pèse déjà nettement sur les indicateurs de confiance, le baromètre ZEW du moral des investisseurs allemands ayant par exemple chuté en juin à son plus bas niveau depuis cinq ans.

Enfin, le patron italien de la BCE ne manquera pas d'être sondé sur le nouveau gouvernement eurosceptique et anti-austérité installé à Rome, qui a ravivé les craintes sur la dette abyssale du pays - un quart de l'endettement public total en zone euro.

Cette bombe à retardement, susceptible d'exploser en cas de remontée abrupte des taux d'intérêt, est l'une des explications de la grande prudence de la BCE à l'heure de caler ses prochains tours de vis monétaires.

Pour l'heure, l'institution a légèrement précisé les anticipations de tours de vis monétaires, les repoussant au début de l'automne 2019 au plus tôt.

Détail piquant: la BCE s'est réunie jeudi à Riga sans l'hôte principal de la réunion, Ilmars Rimsevics, gouverneur de la banque centrale lettonne. Visé par des accusations de corruption, ce dernier est suspendu de ses fonctions depuis février et sera remplacé par la vice-gouverneure Zoja Razmusa, mais sans droit de vote.

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