Bilan

La bataille du tabac est technologique

Encore bien loin d’atteindre les chiffres d’affaires affichés par la vente de cigarettes traditionnelles, l’alternative électronique progresse lentement mais sûrement.
  • Les boutiques survivent grâce au bouche à oreille, selon Nicolas Michel, propriétaire de Fumerolles, à Lausanne.

    Crédits: Olivier Evard
  • Philippe Gordon, porte-parole de BAT.

    Crédits: Jacques Betant

Les fumeurs troquent à petit feu leurs briquets contre l’électricité. Les raisons de se tourner vers des solutions alternatives à la cigarette sont multiples, que ce soit pour limiter la consommation, arrêter complètement de fumer ou pour ne pas gêner les proches.

Le marché grandit depuis quelques années, mais peu, selon une étude du Monitorage suisse des addictions. L’usage quotidien de cigarettes électroniques est passé de 0,1 à 0,4% entre 2013 et 2016. Celui des «heat not burn» atteint 0,2% de la population helvétique. Cela reste donc un phénomène «marginal», estime la porte-parole d’Addiction Suisse, Corine Kibora. Pourtant, les magasins et vendeurs en ligne se félicitent d’une croissance de leur chiffre d’affaires.

Les vapoteuses, ou e-cigarettes, sont personnalisables tant avec la couleur qu’avec les arômes du liquide inhalé. Elles produisent une vapeur qui ressemble à la fumée de cigarette, mais le goudron et les cyanides font place aux goûts chocolat ou melon. Les 35-45 ans représentent la majorité des consommateurs réguliers. «Ils se disent qu’ils n’ont plus 20 ans et qu’ils vont limiter les dégâts», analyse Alexandre Coelho, propriétaire de la boutique Vapeshop à Yverdon (VD).

Selon lui, la clientèle se diversifie de plus en plus. Ce ne sont plus seulement les geeks friands de gadgets qui achètent leur e-cigarette. «Une dame retraitée vient de sortir du magasin», raconte le commerçant en souriant. Les acheteurs présentent une particularité commune, qu’ils soient étudiants ou retraités: «99% d’entre eux sont des fumeurs ou d’anciens fumeurs», glisse Nicolas Michel, propriétaire de Fumerolles, à Lausanne. Dans un marché encore fragile, les boutiques survivent grâce au bouche à oreille. Une forme de sélection naturelle, pour Nicolas Michel.

Les scientifiques travaillent à connaître les effets à long terme de cette consommation. Une étude de la santé publique britannique parue en 2015 estime que les e-cigarettes ne présentent que 5% des risques de leurs cousines. Ce qui a poussé le gouvernement à en encourager la consommation. 

La situation est différente en Suisse: la loi interdit la vente de liquides rechargeables contenant de la nicotine. «C’est un frein au développement», regrette Rémy Pignier, qui travaille chez Freevap. «Il existe un moyen de contrecarrer cette règle facilement, explique Alexandre Coelho. Les personnes commandent des flacons de nicotine et font eux-même le mélange.» La pratique n’étonne pas Grégoire Vittoz, président d’Addiction Suisse. Il espère que la législation va évoluer pour permettre aux liquides avec nicotine d’être vendus légalement. 

Des milliards en jeu

Un assouplissement de la loi que les cigarettiers demandent aussi. Si pour l’instant leurs cigarettes électroniques sont interdites de vente en Suisse, un autre type de produit a fait son apparition. Les ténors de l’industrie se sont lancés en effet dans la course technologique du «heat not burn», une alternative à la cigarette traditionnelle dont la particularité réside dans le fait que le tabac n’est pas brûlé, mais chauffé. Les trois groupes leaders du marché, Philip Morris International (PMI), Japan Tobacco International (JTI) et British American Tobacco (BAT), proposent chacun leur propre marque, baptisée respectivement iQOS, Ploom et glo. 

L’absence de combustion permettrait de limiter l’émission de substances nocives. Les fabricants affirment se rapprocher d’une solution permettant d’arrêter définitivement de fumer. Dans son produit sorti en avril dernier en Suisse, BAT observe «une réduction de 95% de produits toxiques», selon son porte-parole Philippe Gordon. Cependant, Addiction Suisse n’y croit pas. Son président regrette qu’aucune étude indépendante n’existe sur le risque de ces produits. «L’histoire nous a appris que l’industrie du tabac a menti avec constance sur la nocivité de ses produits et rien n’indique qu’elle a changé», dénonce Grégoire Vittoz.

British American Tobacco indique avoir déjà investi «1,5 milliard de dollars pour le développement et la commercialisation de produits de tabac chauffé et de produits de vapotage» au cours des six dernières années, Philip Morris International a dépensé 3 milliards de dollars dans le domaine du «sans fumée» depuis 2008. Des sommes conséquentes pour un marché mondial en pleine expansion. De là à concurrencer la cigarette traditionnelle? «A moyen et à long terme, nous voyons cohabiter les deux types de consommation, conventionnelle et de la prochaine génération», indique le porte-parole de Japan Tobacco International. 

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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