Bilan

La banque centrale russe opte pour une baisse des taux

Après une nouvelle chute du rouble, la Banque de Russie a choisi de baisser son taux directeur de 11,5% à 11%.

Malgré sa décision, la Banque de Russie ne reste toutefois pas sourde aux inquiétudes concernant le rouble.

Crédits: AFP

Apporter plus d'oxygène à une économie en récession ou maintenir la pression pour garder le rouble sous contrôle? La banque de Russie a choisi vendredi la première option malgré la rechute actuelle de la monnaie russe.

Annoncé à l'issue de la réunion de politique monétaire de la Banque de Russie, l'abaissement du taux directeur de 11,5% à 11%, cinquième assouplissement de l'année, était attendu par la majorité des économistes. Mais le nouvel accès de faiblesse du rouble avait brouillé les cartes et suscité des spéculations quant à un possible statu quo.

"L'équilibre des risques penche du côté d'un ralentissement considérable de l'économie malgré un léger renforcement des risques inflationnistes", a tranché la banque centrale dans un communiqué.

L'abaissement timide retenu illustre la complexité de la situation économique de la Russie sept mois après son entrée en crise monétaire provoqué par l'effondrement du marché du pétrole -sa principe source de revenus avec le gaz- et par les sanctions économiques liées à la crise ukrainienne.

Il reflète aussi les intenses pressions auxquelles se trouve soumise la banque centrale. D'un côté les entreprises et le gouvernement poussent en faveur de baisses des taux plus franches pour permettre une relance de l'activité. De l'autre, la population, traumatisée par une crise financière ravivant le spectre du défaut de 1998, surveille avec angoisse le taux de changes de crainte d'un nouveau dérapage lourd de conséquences pour ses économies.

La rechute actuelle du rouble (-15% depuis mai) s'est accélérée ces derniers jours et a repris de plus belle une fois rendue publique la baisse des taux. Moins d'une heure plus tard, l'euro a temporairement dépassé les 67 roubles et le dollar 61 roubles pour la première fois depuis mars.

Ce décrochage fait craindre la fin d'une période d'apaisement monétaire qui prouve pour Vladimir Poutine que le pays a échappé au scénario catastrophe prédit par certains. L'accalmie avait permis à la banque centrale d'abaisser progressivement son taux directeur, après l'avoir brutalement porté à 17% en décembre pour contenir l'effondrement du rouble.

Ce choc monétaire se traduit aujourd'hui par une profonde récession causée surtout par la baisse de la consommation, due à l'envolée des prix, avec une baisse attendue d'environ 3% du produit intérieur brut cette année.

Or le taux actuel, loin de celui d'avant la crise ukrainienne (5,5%), reste étouffant pour l'activité du crédit et complique la reprise espérée par le gouvernement dès le troisième trimestre.

PAUSE DANS LES BAISSES DE TAUX ?

L'inflation a "temporairement accéléré en juillet" à 15,8% en taux annuel contre 15,3% en juin, reconnaît la banque centrale. Mais selon elle, "la hausse des prix à la consommation va continuer à ralentir en raison de la faible demande sur le marché intérieur".

Les derniers chiffres hebdomadaires de l'inflation ont semblé lui donner raison puisqu'ils montrent une parfaite stabilité des prix sur sept jours, pour la première fois cette année.

La chute des cours du pétrole de ces dernières semaines, si elle pèse sur le rouble, menace aussi d'accentuer la récession, souligne par ailleurs la banque centrale. "Le scénario prévoyant des prix du pétrole sous 60 dollars pendant une longue période est aujourd'hui plus probable qu'il ne l'était en juin", relève-t-elle alors que le baril s'échange autour de 50 dollars actuellement sur les marchés internationaux.

Malgré sa décision, la Banque de Russie ne reste toutefois pas sourde aux inquiétudes concernant le rouble. D'une part sa baisse de taux est moins marquée que les quatre précédentes de l'année. D'autre part, "la chute du rouble a entraîné une claire évolution dans le ton (de la banque centrale) et les autorités ne s'engagent plus à continuer d'abaisser les taux", a relevé Liza Ermlolenko, du cabinet Capital Economics.

Oleg Kouzmine, économiste chez Renaissance Capital, s'attend à un statu quo lors de la prochaine réunion de politique monétaire en septembre.

Pour tenter de faire baisser la pression sur le rouble, la Banque de Russie a déjà suspendu cette semaine ses achats de devises étrangères, qui visaient à regarnir les réserves monétaires de Moscou mises à rude épreuve par la crise l'an dernier.

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