Bilan

La Suisse occidentale reste attractive, mais elle est inquiète

Une huitantaine d'entreprises étrangères se sont installées dans les cantons romands et à Berne en 2020. Mais plusieurs menaces planent sur l'attractivité de la région.

Crédits: DR

Malgré la crise économique et sanitaire, le Greater Geneva Bern area (GGBa) a réussi à tirer son épingle du jeu en 2020. L’organisme de promotion économique de Suisse occidentale, qui regroupe tous les cantons romands ainsi que celui de Berne, a attiré l’an dernier 85 entreprises étrangères, soit 6 de plus que l’année précédente, Parmi celles-ci figurent la société américaine Tiffin Metal Products (solutions métalliques) qui a choisi Schmitten (FR) pour sa première implantation hors des Etats-Unis, le groupe belge Inula (laboratoire d’aromathérapie scientifique et médicale) s’est installé à Bienne ou encore la start-up française Kerquest (fabrication de machines spécialisées) s’est rapprochée du marché horloger en s’établissant à Neuchâtel.

Au total, les 85 nouvelles implantations provenant d’une vingtaine de pays (majoritairement de France) devraient permettre la création de 772 emplois dans les trois prochaines années. Elles sont principalement actives dans les sciences de la vie, les drones, les fintechs et l’agroalimentaire. «Notre région s’est montrée résiliente en comparaison internationale. La confiance envers la Suisse reste intacte. Nous nous réjouissons de ces résultats, mais il n’y a aucune raison de fanfaronner«, souligne Thomas Bohn, directeur général du GGBa.

La pandémie de coronavirus a cependant eu un impact négatif sur les visites d’acteurs étrangers en raison des restrictions de déplacements. Leur nombre a chuté de 245 en 2019 à 93 en 2020. De même, les collaborateurs du GGBa ont été touchés. «La dernière fois que j’ai pris un avion dans le cadre de mon activité professionnelle remonte à janvier de l’an dernier où je me suis rendu en Chine. Nos correspondants à l’étranger peinent aussi à se déplacer», relève Thomas Bohn. Face à cette situation, le GGBa a dû modifier son fonctionnement. Il a ainsi fortement développé ses activités numériques sous la forme de webinaires.

Le directeur du GGBa craint-il des retombées négatives pour cette année? «Il est trop tôt pour se prononcer. Nous sommes dans l’incertitude la plus complète, mais les perspectives sont néanmoins encourageantes si nous nous fondons sur les indicateurs en notre possession.» Les projets les plus menacés concernent les entreprises extra-européennes, en particulier d’origine chinoise et américaine.

L’avenir ne se présente pas sous les meilleurs auspices pour d’autres raisons. Thomas Bohn estime que la Suisse doit clarifier rapidement sa relation vis-à-vis de l’Union européenne. Les tergiversations sur l’accord-cadre se répercutent déjà négativement sur les entreprises actives dans les dispositifs médicaux. Et Bruxelles pourrait dénoncer prochainement l’accord sur les obstacles techniques au commerce. Ce qui pénaliserait les importations et les exportations de produits médicaux. «Le medtech figure parmi les atouts de la place économique de Suisse occidentale. La Suisse est déjà chère. Si, en plus, elle perd un accès simplifié au marché européen, il deviendra plus difficile d’attirer et de retenir les entreprises les plus innovantes avec des conséquences négatives sur l’emploi», s’inquiète Thomas Bohn.

La Suisse risque aussi de payer le prix de ses atermoiements dans un autre domaine, celui de la recherche & développement. Elle pourrait en effet être exclue du prochain programme de recherche Horizon Europe. «C’est un risque supplémentaire pour la compétitivité de notre région. Si nos instituts sont moins attractifs, cela se répercutera sur les activités à haute valeur ajoutée des entreprises», affirme Thomas Bohn.

Les régions de Bâle et Zurich en baisse

Les résultats 2020 des deux autres plus importants organismes de promotion économique de Suisse ont été inférieurs à ceux du GGBa. L’an dernier, Basel Area Business & Innovation, qui regroupe les cantons de Bâle-Ville, Bâle-Campagne et le Jura, a soutenu l’implantation de 22 sociétés étrangères, soit quatre de moins que l'année précédente. Parmi celles-ci: Moderna (Etats-Unis), Hengrui (Chine) et Yokogawa (Japon). «Plus de deux tiers des sociétés nouvellement installées sont actives dans le domaine des sciences de la vie, ce qui renforce la position dominante de la région dans ce secteur», indiquent ses dirigeants.

De son côté, Greater Zurich Area a favorisé l’établissement de 86 entreprises étrangères contre 109 en 2019. Ces dernières proviennent prioritairement des Etats-Unis (20), d’Allemagne (14) et de Chine (11), soit des pays considérés comme des marchés cibles. Environ la moitié des nouvelles sociétés sont actives dans les technologies de l’information et de la communication (27) et les sciences de la vie (14).

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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