Bilan

La Suisse à la traîne de la compétitivité numérique (étude IMD)

La Suisse ne figure plus dans le top 5 des pays à la meilleure compétitivité numérique, d'après l'étude mondiale de l'institut IMD. Si le pays compte tout de même parmi les bons élèves de ce classement, son manque de femmes chercheuses ou sa règlementation contraignante sont quelques unes des faiblesses qui freinent l'économie helvétique et la placent en sixième position mondiale, derrière Hong Kong.

La Suisse est en sixième position mondiale, alors qu'elle était cinquième en 2018 et 2019.

Crédits: Keystone

Les Etats-Unis, Singapour et le Danemark sont en tête de peloton, selon un communiqué publié jeudi. Ce classement cherche à analyser dans quelle mesure ces pays utilisent leur puissance numérique dans le contexte spécifique de la crise pandémique et des turbulences économiques mondiales qu'elle a provoquées.

La Suisse est en sixième position mondiale, alors qu'elle était cinquième en 2018 et 2019. Comparativement aux autres pays, les niveaux de connaissance et de technologie numérique ont pesé, alors que le pays a notablement progressé dans le domaine de la durabilité, passant de la dixième position en 2019 à la cinquième aujourd'hui.

C'est en particulier le faible nombre de femmes chercheuses qui a freiné la Suisse par rapport à son niveau de connaissance numérique, le pays n'atteignant que la 34ème place mondiale. Pour Martin Vetterli, président de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), "la Suisse est un pays conservateur et le milieu des sciences a toujours eu un problème avec la parité". Selon lui, c'est dans l'intérêt même des entreprises que d'avoir une main d'oeuvre plus diversifiée.

Autres "faiblesses majeures", le cadre règlementaire (exécution des contrats, création d'affaires) parfois contraignant. "Lancer une affaire en Suisse, c'est compliqué, pour trouver des fonds, c'est compliqué, et pour fermer un business qui ne marche pas, ça l'est encore plus" a lancé Marc Walder, fondateur de la plateforme Digitalswitzerland, lors d'une conférence de presse.

D'après l'étude, la "concentration scientifique", mesurée par la quantité de publications en recherche et développement, pêche également (38ème position). La Suisse se place au 24e rang mondial en termes dépenses publiques en matière d'éducation, comme l'ont souligné les auteurs de ce classement.

La Covid-19 comme un "test de résistance"

Pour le président de l'EPFL, la Suisse est une bonne élève qui s'est endormie sur ses acquis. "L'autre jour, je lisais un article sur l'innovation technologique en Inde et c'est un peu embarrassant de penser qu'un pays avec les ressources comme le nôtre soit en retard" a-t-il déploré.

Ce sont, selon lui, ces ressources qui font que le pays se montre inefficace dans ses systèmes - de santé notamment - alors que la numérisation pourrait apporter en efficacité et en productivité.

A condition d'investir, a martelé de son côté Mariana Mazzucato, professeure en économie de l'innovation au collège universitaire de Londres (UCL).

Selon elle, "la Suisse doit se focaliser sur ses problèmes". "Il faut arrêter de se concentrer sur la technologie comme une sorte de fantasme mais il faut essayer de construire un consensus au sein de la société. Il faut rassembler autour de la numérisation (parce que) je ne peux pas penser à un seul enjeu global qui ne nécessite pas une réactivité et une structure numérique".

Le changement climatique, la pollution, la citoyenneté et la participation politique ou encore la santé publique sont autant d'enjeux évoqués par les participants à cette conférence et qui pourraient être mieux traités, selon eux, grâce aux outils numériques.

"La pandémie de Covid-19 a fonctionné comme un test de résistance pour l'économie suisse", a considéré M. Vetterli. Il faut désormais restaurer la confiance entre les citoyens devenus utilisateurs d'outils numériques en tout genre et les gouvernements, a lancé Mme Mazzucato, mentionnant par exemple les applications de traçage du Covid-19.

C'est la quatrième année que l'institut lausannois IMD conduit dans 63 pays l'étude "IMD World Digital Competitiveness Ranking", qui classe ces économies selon leur niveau de technologie, de durabilité ou encore de connaissance numérique.

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