Bilan

La pression monte sur les pressings

Face à un marché en constante évolution et mis à mal par la pandémie, les acteurs du soin textile rivalisent d’inventivité pour subsister: livraison à domicile, digitalisation, durabilité…

Serhat Açig a créé un pressing écologique, Egen, avant de diversifier les services.

Crédits: Dr

Il n’y a pas si longtemps, la chaleur et l’odeur des solvants émanant des petits pressings embaumaient les rues de nos quartiers. Au fil des années pourtant, ces arcades ont peu à peu déserté le cœur des centres-villes. Si certaines se sont fait aspirer par des groupes étrangers, d’autres n’ont simplement pas su résister à la fast fashion. «Autrefois, les vêtements étaient beaucoup plus chers, précieux et on les portait plus longtemps. Les particuliers en prenaient soin en les confiant au pressing, mais désormais on jette», indique Melanie Saner, directrice de l’Association suisse des entreprises d’entretien des textiles (ASET).

Un changement des mentalités également observé par Baechler Teinturiers, filiale suisse du leader incontesté dans le domaine: 5àsec. «La chaîne est née avec la révolution du nettoyage à sec, en 1968. Aujourd’hui, cela ne représente plus que 20% de notre activité, en baisse. A présent, la majorité des volumes que nous traitons est faite de chemises», décrit son directeur, Alexandre Du Pasquier. Détenant le plus gros réseau de succursales du pays (74, dont 54 rien que pour la Romandie), Baechler Teinturiers voit malgré tout du rouge. En sursis concordataire pour cause d’impasse de trésorerie, la chaîne a dû se restructurer de force cet été. «Nous avions besoin de ce coup de neuf car, rien qu’à Genève, nous avions une densité trop importante de magasins. Certains se situaient à 300 mètres l’un de l’autre», souligne le directeur.

Vers le digital

Moins de magasins et plus de présence digitale, c’est le nouveau credo des pressings. Afin de combler les attentes d’une clientèle désireuse que ça aille plus vite tout en payant moins cher, une brèche dans le marché s’est alors ouverte pour les disrupteurs. Des acteurs comme On My Way ont ainsi pu initier leur pressing 2.0. Lancé au printemps 2014 à Lausanne par Cédric Rimella et Carlos Serrano, le concept de points de collecte dans des stations-service a permis à la startup de se faire une place sur le marché. «Nous trouvions les horaires des pressings trop contraignants alors que le digital offre une flexibilité inégalable», assure son cofondateur, Carlos Serrano. Au départ basé sur 25 points de dépôts, puis élargi à une cinquantaine de partenaires, On My Way s’est finalement fait repérer par Migros en 2017. «Si nous étions restés des teinturiers traditionnels, nous n’aurions pas obtenu tous ces mandats. Notre modèle plaît, car la technologie allège grandement les aspects administratifs et financiers», poursuit l’entrepreneur.

L’autre disrupteur de la teinturerie, ZePressing, créé en 2018, a quant à lui misé sur une sorte d’ubérisation de ses services. Simple, le concept de livraison à domicile sous 48 heures dans l’arc lémanique connaît lui aussi un certain succès. Dopé par le semi-confinement, son chiffre d’affaires aurait grimpé de 200% par rapport à l’an passé. «De nos jours, l’optimisation de son temps devient primordiale et tous les services à la personne se digitalisent. Nous nous sommes adaptés à la demande», déclare son fondateur, Souleymane Seck. Si ZePressing semble avoir trouvé la recette miracle, ses concurrents, On My Way et Baechler Teinturiers, mettent cependant le holà. Après s’y être essayés quelques années, ces derniers assurent que le home delivery est un segment porteur mais pas encore rentable par rapport à ses coûts logistiques.

Cédric Rimella et Carlos Serrano ont fondé On My Way en 2014.  Le concept: des points de collecte dans des stations-service. (Crédits: Philippe Maeder)

Le boom de la tendance durable

Pour faire la différence, le créneau en vogue serait finalement le pressing écologique. A l’image du précurseur yverdonnois Egen, ces derniers mois, le fribourgeois Noelia et l’enseigne française Aqualogia ont à leur tour tenté leur chance. «En 2016, du haut de mes 21 ans, je voyais la vague verte prendre de l’ampleur. Il y avait déjà des écomachines à laver et des produits bios sur le marché, alors j’ai créé mon propre pressing écologique», se rappelle Serhat Açig, instigateur du projet. Informaticien programmeur de formation, le jeune entrepreneur a créé de toutes pièces des machines connectées à cycles courts, moins gourmandes en énergie et ne nécessitant aucun produit chimique, avant de décider de franchiser à deux reprises Egen et d’élargir sans cesse ses offres. «Tous les bénéfices sont réinvestis dans la recherche et développement de l’entreprise, ce qui me permet d’obtenir des contrats importants», précise-t-il. Deux nouveaux franchisés et de nouvelles technologies durables seront dévoilés prochainement.

«La recette du succès réside dans la diversification des services», pointe le fondateur d’Egen. Il en est persuadé: il faut obligatoirement couvrir tant les besoins des particuliers, des linges plats (draps d’hôtels…) que ceux des entreprises. Une diversification à laquelle même les plus petites enseignes ne peuvent plus échapper. Mypressing, marque indépendante genevoise, visant dès 2014 les entreprises, a finalement ouvert son champ des possibles. «Nous avons développé trois activités complémentaires au cours du temps, tapisxpert.ch, cuirxpert.ch et sos-taches.ch, c’est ce qui nous sauve actuellement durant la crise du Covid», déplore sa propriétaire, Joya Goot.

Et pour cause, toute la branche se dit victime collatérale du coronavirus. Entre le télétravail généralisé, l’événementiel et l’hôtellerie au point mort, et le pouvoir d’achat en berne, les leviers de chiffres d’affaires sont limités. Une enquête de la branche menée en juin par l’ASET tire d’ailleurs la sonnette d’alarme. Plus de 50% des entreprises du secteur seraient dans l’incapacité de poursuivre leurs activités pendant plus de six mois dans les conditions du deuxième semestre. Ce nouveau semi-confinement risque donc de porter un coup fatal à ce secteur, qui emploie en Suisse pas moins de 7000 personnes.

Mullerjulieweb
Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

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