Bilan

«La précarité augmente dans les pays riches»

A Lausanne, depuis 20 ans, la fondation Point d’Eau Lausanne met à disposition des plus vulnérables des machines à laver le linge, des douches et des soins médicaux. Pensé pour des marginaux et des migrants, le centre s’occupe de plus en plus de famille monoparentale, d’étudiants ou d’employés à revenu modeste.

Crédits: DR

Difficile d’imaginer pareille frénésie lorsqu’on pousse la porte du Point d‘Eau Lausanne, située à l’avenue de Morges. Des gens assis à l’entrée patientent en attendant leur rendez-vous avec des médecins généralistes, ophtalmologues, dentistes, ostéopathes ou autres spécialistes. On se croirait presque dans une salle d’attente d’un centre médical si la présence d’hommes en peignoir de bains accroupis devant des machines à laver le linge n’infirmait cette première impression. Autour d’eux, des bénévoles d’accueil les aident à charger une machine alors que d’autres discutent avec eux et leur prodiguent des conseils.

Les visages, tous d’origines différentes, rappellent que la précarité frappe tout le monde sans discrimination (lire interview ci-dessous).

Le Point d’Eau Lausanne a ouvert ses portes il y a 20 ans se donnant pour mission d’accueillir des personnes démunies ou défavorisées, sans distinction d’âge, de nationalité, de religion, de sexe, ou de statut légal et de leur offrir de quoi se laver et nettoyer leurs vêtements. Le centre a été pensé à l’origine pour les migrants et les marginaux mais au fil des ans, avec l’adjonction de prestations des soins médicaux et paramédicaux, les usagers ont également changé.

«Nous avons de plus en plus d’étudiants, de familles monoparentales, d’employés à temps partiel. La précarité augmente dans tous les pays riches et souvent les personnes les plus vulnérables abandonnent la prévention et les soins médicaux dans l’espoir d’économiser. Cette population nous sollicite de plus en plus», explique François Chéraz, le directeur du Point d’Eau.

Cette tendance se retrouve dans les prestations (30'000 dispensées l’an passé). Ainsi le nombre de douches pris au Point d’Eau diminue d’année en année. Il a reculé d’environ 15 % (7706 en 2018). L’utilisation des machines à laver le linge suit la même tendance. En revanche, les soins médicaux et paramédicaux ne cessent de progresser.

Jos, une femme à l’âge indéfinissable tant la vie ne semble pas l’avoir épargnée, en a bénéficié: «Je suis venue au Point d’Eau Lausanne pour la première fois il y a 5-6 ans, envoyée par mon pasteur. J’avais eu plusieurs opérations qui m’empêchaient de marcher normalement. Je souffrais beaucoup. Grâce aux massages que j’ai reçus, à la gentillesse des bénévoles, de toutes l’équipe du Point d’Eau, j’ai pu retrouver ma mobilité. J’ai surtout réussi à reprendre confiance en moi. Cette façon de m’accueillir m’a permis de me reconstruire», confie-t-elle, reconnaissante.

Alors que la Fondation ne compte que 15 employés, soit 5 équivalents plein temps, les bénévoles sont au nombre de 160. 100 s’occupent des prestations médicales et paramédicales et 60 de l’accueil. Ils représentent l’épine dorsale du Point d’Eau.

Parmi eux, Marie-Claire qui donne, une fois par semaine, de son temps: «J’accueille les gens et les aident à faire leur lessive. Je discute aussi beaucoup avec des usagers car ils en ont besoin. Ils cherchent le contact. Alors on les écoute. Ça m’apporte beaucoup de parler avec eux. Ils me le rendent que ce soit des ados, des adultes ou des personnes âgées».

Malgré ses subventions, le Point d’Eau doit toujours compter sur des dons privés. Pour ce faire, et marquer son 20 e anniversaire, l’Association de Soutien au Point d’Eau Lausanne (ASPEL), organise un concert caritatif, le 18 décembre 2019 à la salle Métropole à Lausanne, offert par l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Tous les bénéfices seront reversés au Point d’Eau.

«Quand on a de la chance, on doit faire quelque chose pour les autres»

Les époux Landolt, Christine et François sont à l’origine de la Fondation du Point d’Eau Lausanne. En 20 ans, le centre d’accueil fait face à une demande toujours plus importante, un succès qui attriste Christine Landolt.

Pourquoi avez-vous fondé le Point d’Eau Lausanne il y a 20 ans?

Mon mari avait vu à Paris, quelques années avant la fondation du Point d’Eau, un couple, bien habillé, le malheur devait être récent, s’approcher de la Seine. Ils ont sorti de quoi faire leur toilette et ont commencé à se laver dans l’eau du fleuve. Là mon mari s’est dit qu’une telle situation pouvait arriver à tout le monde. De retour en Suisse, nous avons rencontré Noël Constant qui avait fondé le Point d’Eau à Genève. Nous avons été très touchés par son action et avons décidé de lancer un projet similaire à Lausanne.

Christine Landolt.
Crédits: Point d'Eau.

En 20 ans, qu’est-ce qui a changé?

L’échelle. Au début, nous étions peu nombreux, autant du côté des bénévoles que des bénéficiaires. Puis le nombre de prestations n’a cessé de croître pour atteindre près de 3000 aujourd’hui. Nous sommes désormais à l’étroit dans nos locaux. Le type de population a également beaucoup changé. Nous avons connu différentes vagues: des Maghrébins, des Africains francophones, des Roms et des ressortissants d’Amérique du Sud. Aujourd’hui ce sont des Africains anglophones qui viennent dorénavant mais il y a surtout de plus en plus de Suisses.

De même l’éventail est plus varié. Auparavant, il s’agissait de SDF ou de migrants. Nous faisons de plus en plus face à des jeunes en rupture, des familles mono parentales. Pour ces gens, la situation est pire qu’avant.

Pensiez-vous, lorsque vous vous êtes lancée, que le Point d’Eau allait être victime de son succès 20 ans plus tard?

Nous ne nous projetions pas trop dans l’avenir mais nous n’imaginions pas cet essor. Ce succès me rend un peu triste. Nous n’avons que des petites victoires mais elles sont importantes.

De quoi êtes-vous la plus fière dans ce projet?

D’être utile, bien sûr. Et de l’équipe, nous formons une famille. Nous avons tissé des liens forts. Toutes les équipes, la direction, les collaborateurs, les thérapeutes, les bénévoles, ce sont tous de très belles personnes, je suis fière de les connaître. 

Vous êtes vous-même bénévole, pourquoi?

J’aime le terrain. C’est en y étant que l’on comprend vraiment les problèmes que rencontrent nos bénéficiaires et aussi les collaborateurs. Mes amies, qui sont là depuis le début, et qui sont également au comité de direction avec moi, sont également sur le terrain, et c’est très important. Il y a des jours où l’on vient travailler un peu à reculons mais on repart toujours heureux et enrichi de moments forts et de belles rencontres.

Frédéric Vormus

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