Bilan

La médecine à l’heure du décloisonnement

Un fonctionnement en équipe et une collaboration accrue entre les différentes spécialités permettent d’optimiser le rétablissement des patients.

  • Baptisé Babyimpulse, un centre multidisciplinaire a vu le jour en 2015 à Genève pour les problèmes de fertilité.

    Crédits: Catherine Delahaye/Getty images
  • La Clinique Bois-Cerf se démarque par son approche transversale de l’orthopédie.

    Crédits: Dr

«Alors que la médecine ne cesse de se complexifier, le décloisonnement entre spécialités médicales s’impose afin d’assurer la meilleure prise en charge possible pour le patient», déclare Cédric Bossart. Pour illustrer ce principe, le directeur de Hirslanden Clinique Bois-Cerf à Lausanne pointe le domaine de l’oncologie qui a créé ces dernières années des Tumour Boards. Comme le cancer peut métastaser quasiment dans toutes les parties du corps, l’oncologie doit idéalement être abordée de manière interdisciplinaire. Ensemble, pathologistes, gynécologues et radiologues diagnostiquent. Puis les chirurgiens, oncologues et radiothérapeutes soignent. Les Tumour Boards institutionnalisent l’échange entre ces spécialistes. Dans le seul Tumour Centre Hirslanden Zurich, il existe cinq Boards sur différents thèmes, dont le cancer du sein ou les maladies du sang.

«Les efforts du groupe Hirslanden en matière d’approche multidisciplinaire ont été récompensés par des certifications de haut niveau», souligne Cédric Bossart. Le pôle de compétences zurichois a ainsi été certifié comme Centre européen du cancer, conformément aux directives de la Société allemande de cancérologie (DKG). Cette certification atteste que la Klinik Hirslanden à Zurich s’est fixé des normes qui vont bien au-delà de ce qui est exigé par la loi helvétique. Début 2020, le Centre du Sein de Hirslanden Clinique des Grangettes a quant à lui obtenu la certification qualité «Q Label» de la Ligue suisse contre le cancer et de la Société suisse de sénologie. Sur la base d’une centaine de critères, ce label garantit une prise en charge pluridisciplinaire et un traitement personnalisé de la patiente.

Sexologie, psychologie, acupuncture…

«L’interdisciplinarité s’inscrit dans le principe du continuum of care que nous appliquons au sein du groupe Hirslanden. Notre objectif est d’offrir des services médicaux qui s’étendent sur la vie entière, de la naissance à l’envie de devenir parent, jusqu’aux soins adaptés au grand âge», reprend Cédric Bossart. Ainsi, la Clinique des Grangettes à Genève se distingue par ses compétences multidisciplinaires dans le domaine de la maternité. Le centre Babyimpulse y a vu le jour en 2015 pour prendre en charge des couples confrontés à des problèmes d’infertilité, en établissant des ponts entre différentes communautés médicales et scientifiques. L’interdisciplinarité se concrétise par l’accompagnement de spécialistes en sexologie, psychologie, acupuncture et médecine ayurvédique.

La Clinique des Grangettes comprend en outre un Centre Brazelton qui a pour vocation de promouvoir le meilleur départ possible d’une famille dans la vie. Cette association à but non lucratif y a été fondée en 1998. Il s’agit, dès les premiers jours, d’établir une relation harmonieuse entre les parents et l’enfant. Des professionnels enseignent aux parents les compétences du bébé en leur donnant des moyens de comprendre sa personnalité. Il existe neuf Centres Brazelton en Europe, intégrés à un réseau mondial basé à Boston, aux Etats-Unis.

A Lausanne, Clinique Bois-Cerf se démarque par son approche transversale de l’orthopédie. Médecins du sport, rhumatologues, chirurgiens, généralistes et radiologues collaborent dans l’objectif de trouver des solutions aussi peu invasives que possible. Le patient qui a subi une opération de la hanche, du genou ou de l’épaule quitte encore souvent l’hôpital alors que son rétablissement complet se profile à un horizon bien plus lointain. La mobilité est loin d’être optimale, des douleurs subsistent et de nombreux mouvements sont à réapprendre. C’est pour combler cette lacune que la Clinique Bois-Cerf a mis sur pied un programme «Retour à la vie active». Celui-ci repose sur une collaboration entre médecin et personnel soignant et implique le patient dans sa prise en charge. L’objectif principal est de donner à la personne toutes les informations nécessaires afin qu’elle puisse interagir en connaissance de cause avec les thérapeutes, progresser en confiance et prendre conscience de ses progrès. Dès la consultation chez le médecin, le patient reçoit une documentation et un accès à un compte privé sur le site vieactive.ch où il trouvera des informations sous la forme de vidéos et des exercices de rééducation. Une fois que le patient est de retour chez lui, il reçoit les comptes rendus de son séjour, de même que des exercices de rééducation personnalisés. «Les résultats démontrent que le programme permet au patient d’améliorer sa rééducation. En outre, les outils et indications fournis après la sortie de l’hôpital réduisent les risques de complications», indique le corps médical attaché au projet «Retour à la vie active».

Développer le travail d’équipe

La collaboration renforcée constitue une tendance lourde. A l’heure où le nombre de spécialités médicales explose, les patients se sentent paradoxalement de plus en plus seuls. Une conséquence de la verticalisation de la médecine. Or, la prise de décision en vue d’une intervention s’avère plus adéquate lorsqu’elle est effectuée dans le cadre d’un travail d’équipe. Il est aujourd’hui démontré qu’une telle démarche diminue les risques d’erreurs médicales, de même que les coûts de la prise en charge médicale. Dans le monde de la santé, un fonctionnement très hiérarchisé a cependant freiné la mise en place de processus gérés par des équipes, de l’avis des observateurs. En 2010, une étude parue dans la publication de référence The Lancet tirait la sonnette d’alarme. Aux Etats-Unis, un patient sur dix est victime d’événements indésirables associés aux soins. Pour éviter ces dysfonctionnements, l’approche en équipe se révèle indispensable.

Cédric Bossart, directeur de la Clinique Bois-Cerf à Lausanne. (Crédits: Dr)

L’OFSP (Office fédéral de la santé publique) a empoigné cette question avec notamment un programme de promotion «Interprofessionnalité». Entre 2017 et 2020, une vingtaine de projets ont été réalisés dans ce domaine et un catalogue de bonnes pratiques a été mis à disposition sur internet. «Les prestataires des services interprofessionnels peuvent s’inscrire et se mettre en réseau de manière indépendante», explique Daniel Dauwalder, porte-parole à l’OFSP. Cet automne, l’office publie des recommandations centrales pour quatre domaines: les soins ambulatoires et hospitaliers, l’éducation et les interfaces psychosomatiques.

Avec la création d’un Centre interprofessionnel de simulation (CIS) en 2013, Genève a parallèlement entrepris un important travail. Réunissant différentes institutions de formation, ce centre accueille tous les étudiants des professions de soins pour une partie de leur cursus. D’après la direction, le but est de former les professionnels à apprendre «avec», «de» et «sur» les autres. Dans cet objectif, le CIS utilise des techniques de simulation issues du monde de l’aviation et de l’industrie qui favorisent l’interaction entre individus. Derrière l’interdisciplinarité se cache une véritable révolution culturelle au sein de la clinique et de l’hôpital. Thomas Fassier et Patricia Picchiottino, respectivement directeur et directrice adjointe du CIS, soulignent sur le site web: «Il faut être interprofessionnel dès le début. On ne développe pas d’habitude de collaboration chez les étudiants si elle n’existe pas déjà chez les enseignants et dans les institutions.»

Mieux communiquer

En cette année 2020, la pandémie de coronavirus est venue donner un puissant coup d’accélérateur au processus de décloisonnement. Selon le professeur en santé globale de l’Université de Genève Jean-François Etter, «le corps médical devrait savoir planifier des programmes de santé et élaborer des politiques en faisant preuve de leadership pour leur mise en œuvre». Sur le site de l’UNIGE, le professeur suggère que des connaissances en droit et en éthique seraient également nécessaires. Les médecins auraient en outre tout à gagner à acquérir des compétences en communication afin de convaincre les décideurs de la gravité d’une situation et de délivrer les messages clés à la population.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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