Bilan

La durabilité locale avec Best for Geneva… et au-delà

Au terme d’une longue année de sessions, ateliers, conférences et processus d’évaluation d’impact, le programme Best for Geneva a bouclé son cycle 2018.Mais les organisateurs comme les entreprises participantes veulent désormais revoir les ambitions de durabilité et de responsabilité à la hausse.

Jonathan Normand dresse le bilan de 2018 pour Best for Geneva.

Crédits: DR

Encourager l’émergence d’un écosystème plus durable, responsable et inclusif : voici le but que s’étaient fixé les responsables du programme Best for Geneva à l’automne 2017. Sensibiliser les entreprises et organisations du canton à mettre en œuvre des stratégies et des pratiques plus respectueuses de l’environnement et de l’humain, des minorités et du vivant, des énergies vertes et de la biodiversité au détriment de la recherche effrénée du profit et du seul bénéfice financier.

Un peu plus d’un an après le lancement du programme, la satisfaction est de mise du côté des organisateurs: «Plus de 340 entreprises ont pris part au programme, qui ont identifié et mesuré leurs pratiques sociales et environnementales. Personne ne fait ça aujourd’hui à une telle échelle», se réjouit Jonathan Normand, responsable du programme.

Rendre l’écosystème genevois plus solide sur le long terme

Concrètement, Best for Geneva s’est attelée à traduire des objectifs ambitieux (réduction des déchets, préservation des ressources, mise en valeur des producteurs locaux) en actes concrets. «Il faut aller sur des trucs basiques, génériques et accessibles à toutes et tous: une fois que la dynamique est créée, l’impact est important. Nous avons notamment enregistré 4800 téléchargements genevois de la fiche sur les achats locaux et responsables sur le site Best for Geneva, et 13’000 pour l’Europe francophone », note Jonathan Normand.

Mais pas question d’argumenter uniquement sur les sentiments et les valeurs : la démarche vise aussi à rendre l’écosystème genevois plus solide sur le long terme: «Nous voulons montrer qu’il y a aussi une dimension économique: on peut réaliser d’importantes économies en faisant appel à des partenaires locaux et responsables. Et cela pourrait assainir ou redynamiser des entreprises, la sienne ou celles des fournisseurs. Et si on travaille avec son voisin, on crée des tissus locaux plus résilients», assure le responsable du programme.

Une démarche qui, si elle a bénéficié du soutien actif des autorités depuis son lancement, a aussi su attirer l’attention de la Confédération et d’autres responsables cantonaux ces derniers mois. A tel point qu’une déclinaison plus ambitieuse pourrait voir le jour. «L’une des options à l’origine était de partir sur un deuxième cycle genevois, mais nous sommes finalement en train de travailler sur un parcours national : le Swiss Triple Impact Initiative. Le Conseil fédéral a estimé que l’initiative allait dans le sens de l’Agenda 2030 et nous a donné un avis positif. Nous pensons donc travailler sur différentes régions économiques et travailler ce programme avec les écosystèmes locaux, en se basant sur les enseignements tirés de Best for Geneva, avec à chaque fois un représentant de la promotion économique régionale, un interlocuteur politique, les interlocuteurs des faîtières économiques, et bien évidemment le plus grand nombre possible d’entreprises… », détaille Jonathan Normand.

Réfléchir à ses pratiques

Du côté des entreprises justement, l’expérience genevoise est extrêmement fructueuse. Au sein des 340 sociétés du canton qui ont pris part au programme, certaines ont souhaité aller plus loin. C’est ainsi que le groupe Serbeco, spécialiste du recyclage, de la valorisation des déchets, de la propreté et des énergies renouvelables, a profité de Best for Geneva pour dynamiser davantage encore son engagement. «A vrai dire, nous avions entendu parler de la certification BCorp juste avant le lancement de Best for Geneva. Nous avons profité de l’évaluation en ligne pour voir ce qu’il en était, où nous nous situions sur ce genre de critères, sachant que nous étions déjà en lien avec des entreprises certifiées BCorp, dont Loyco. Nous nous sommes vite rendu compte que c’était encore plus proche de nos valeurs que d’autres certifications. C’était une démarche à 360° qui a canalisé les agissements complets du groupe. Le lancement de Best for Geneva a donc constitué pour nous un booster, ça nous a encore plus motivés», retrace Bertrand Girod, directeur général de l’entreprise familiale.

Au fil du processus, Bertrand Girod et ses équipes ont pu voir confortés certains de leurs choix, mais aussi réfléchir à l’amélioration d’autres pratiques: «Faire la démarche amène à se poser un certain nombre de questions sur les modes de fonctionnement, le management». Et de souligner l’intérêt d’une évaluation notée des pratiques: «L’idée d’avoir un score et non un label accordé avec une simple réponse binaire oui/non amène une forme de challenge dans une volonté de s’améliorer continuellement. Et effet, le benchmark avec d’autres sociétés est stimulant: si d’autres entreprises ont obtenu un meilleur score dans certains domaines, c’est qu’elles ont des pratiques dont on peut s’inspirer».

Une stratégie de long terme

Autre entité qui a souhaité dépasser les objectifs de Best for Geneva et s’engager dans la démarche BCorp: la banque Raiffeisen Région Genève-Rhône. Pour son directeur (qui est également co-président de la Fédération genevoise des banques Raiffeisen, Hervé Broch, «la durabilité et la responsabilité étaient déjà des valeurs inscrites dans l’ADN de la banque, mais BCorp permettait de souligner cet engagement. Nous le vivons déjà au jour le jour, mais nous souhaitions un regard externe qui valide notre démarche».

Pour lui et son équipe de 35 collaborateurs, le score a aussi été une donnée importante, mais il le vit différemment de Bertrand Girod: «Pour nous, ce qui a primé avec le score c’est de voir à un instant T où nous en sommes et de faire en sorte que notre politique et nos actes nous permettent de réévaluer cette note à l’avenir afin de marquer nos progrès». Partenaire du programme Best for Geneva depuis le lancement, la Fédération genevoise des banques Raiffeisen Genève a ainsi vu l’une de ses six banques obtenir la certification, ce qui valide une stratégie de long terme: «De nombreux a priori que le grand public peut avoir vis-à-vis des banques ne sont pas valables avec nous: nous n’avons pas d’actionnaires mais des sociétaires et ne sommes absolument pas dans une démarche de maximisation des profits, mais de soutien à l’écosystème local. Ainsi qu’aux initiatives qui vont dans le bon sens, comme le film Demain Genève que nous avons soutenu très tôt», insiste Hervé Broch.

Un des points qui réunit Hervé Broch à Bertrand Girod, c’est la prise de conscience que ces enjeux deviennent cruciaux, jusque dans les choix des consommateurs: «Il y a cinq ou dix ans, on ne parlait pas de la démarche durable et responsable. Aujourd’hui, même si c’est encore une minorité de clients, c’est une minorité en croissance, avec des clients qui arrivent, ont cette démarche et en attendent la même de la part de leur banque. Et au niveau des jeunes, il y a une vraie effervescence: ils réfléchissent beaucoup plus à cela. Ce trend va croissant et va perdurer dans les années à venir», estime le banquier. «Pour les clients de nos sociétés, cela va devenir une réelle thématique… et ça l’est déjà pour certains. Il ne s’agit par contre pas de prétendre agir de manière durable, mais il faut mesurer notre impact. Ces démarches sont une belle manière de se poser les bonnes questions et de voir où on se situe», renchérit Bertrand Girod.

Dans la foulée de ces certifications, Jonathan Normand attend d’autres démarches volontaires et poussées de la part d’entreprises genevoises. Et vise désormais une transformation plus ambitieuse de l’économie à l’échelle de la Suisse.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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