Bilan

La diaspora libanaise au chevet de Beyrouth

Entre 15'000 et 20'000 citoyens du Pays du Cèdre vivent en Suisse, dont nombre d’entrepreneurs. Depuis l’explosion survenue dans le port début août, ils ont récolté plusieurs millions.

  • Le port de Beyrouth, aujourd’hui dévasté, jouait un rôle majeur pour l’économie du Liban.

    Crédits: Chris McGrath/Getty Images
  • Abdallah Chatila...

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  • Gilbert Ghostine...

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  • Magid Khoury, trois patrons libanais solidaires de leur pays natal.

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L’explosion de 2750 tonnes de nitrates d’ammonium dans un entrepôt du port de Beyrouth, le 4 août 2020, a provoqué une vague de solidarité internationale sans précédent. Et la Confédération fait partie des plus importants pays donateurs du Pays du Cèdre: dès le 9 août, dans la foulée de la Conférence internationale pour le Liban, le Conseil fédéral s’est engagé à verser une aide d’urgence de 4,5 millions pour les hôpitaux et les écoles victimes de la catastrophe. Mais pour les Libanais vivant en Suisse, il était important d’agir plus et plus vite encore...

Le monde des affaires se mobilise

«Je ne m’attendais pas à recevoir autant d’e-mails et de coups de téléphone après l’explosion, raconte Magid Khoury, président du groupe Capvest, beaucoup de gens voulaient envoyer des dons financiers au Liban, mais ils ne savaient comment procéder, ni surtout vers qui se tourner!» En l’espace de 48 heures, il a mis sur pied, avec d’autres entrepreneurs suisses, le site internet urgence-beyrouth.ch qui recense une petite dizaine d’institutions et d’ONG actives et reconnues au Liban. «L’argent ne transite pas par notre groupe, il est envoyé directement aux différents organismes. Notre objectif était de canaliser les demandes et de rassurer les donateurs», explique le promoteur immobilier d’origine libanaise. Par le biais de sa Fondation Ehden Philanthropic Fund, il s’est également engagé à hauteur de 1 million de francs et en collaboration avec des associations locales dans des actions plus ciblées sur le terrain, comme l’aide à la reconstruction de bâtiments endommagés ou l’envoi de médicaments et de matériel médical.

«Les petits ruisseaux font les grandes rivières!», affirme quant à lui le président du groupe m3, Abdallah Chatila. Il a lancé un appel aux dons à l’ensemble de son réseau via la plateforme Urgence Beyrouth, dont il est partenaire, ainsi que via sa Fondation Sesam. Le message a été entendu: en trois semaines, cette dernière a déjà reçu plus de 250'000 fr. de dons privés. «Ce montant sera ajouté à la donation promise par notre fondation en faveur d’organisations caritatives actives sur le terrain; à savoir 500'000 fr. distribués sur une période de douze mois», précise Fabrice Eggly, directeur communication et relations extérieures du groupe. En parallèle, m3 a fait un don de 1 million de masques de haute protection – KN 95 – à la Croix-Rouge libanaise, pour une valeur de plus de 1,5 million de francs, et Abdallah Chatila a promis un don personnel de 1 million de dollars, dont 400'000 ont d’ores et déjà été distribués à une dizaine d’organisations caritatives libanaises, ainsi qu’à des hôpitaux privés, selon Fabrice Eggly.

D’autres chefs d’entreprise libanais en Suisse se sont directement mobilisés pour le Pays du Cèdre, à l’image de Gilbert Ghostine, CEO de Firmenich, qui s’est rendu personnellement au Liban pour aider les habitants des quartiers affectés par l’explosion. De son côté, la famille Tamari (groupe Sucafina) a lancé depuis Genève et en collaboration avec six organisations humanitaires au Liban une collecte de fonds «pour aider le peuple libanais à reconstruire sa vie» au nom de la Fondation Tamari. A ce jour, ils ont récolté plus de 95'000 fr. sur un objectif initial de 100'000 fr.

Genève abrite également le siège de deux grandes banques libanaises: Bank Audi et BankMed. Dans ces établissements, ainsi que dans plusieurs autres banques suisses comme Credit Suisse, ou étrangères comme HSBC, des appels aux dons ont été lancés en interne pour venir en aide au Liban.

Elan de générosité

La générosité de la diaspora libanaise ne s’arrête pas au monde des affaires... La double explosion survenue au port de Beyrouth le mois dernier a fait plus de 180 morts, des milliers de blessés et 300'000 sans-abri, selon un bilan encore provisoire. Depuis, les initiatives de solidarité se multiplient partout en Suisse.

Sara Hamdan fait partie des membres fondateurs de Xpatria, une association à but non lucratif fondée en 2020, dont l’objectif était de soutenir le financement et le développement de projets caritatifs dans différents pays à travers le monde. «Nous sommes quatre membres sur cinq d’origine libanaise dans notre comité de direction, explique-t-elle, alors forcément après ce terrible événement, on a mis de côté nos projets initiaux pour concentrer tous nos efforts en direction du Liban.» En quelques jours, ils ont lancé une campagne de crowdfunding sur les réseaux sociaux pour constituer un fonds d’aide d’urgence de 100'000 fr. à destination de quatre associations libanaises, toutes sélectionnées en fonction de critères précis:
Beit El Baraka, AlGhina, Lebanon Needs et Nusaned. «Nous avons voulu mettre en avant le travail spécifique de chacune de ces ONG sur le terrain, afin de permettre aux donateurs de financer un projet concret, puis de le suivre sur la durée», développe Sara Hamdan.

«Il y a un véritable élan de générosité en Suisse: les gens veulent donner de l’argent, mais aussi des habits, de la nourriture, des médicaments ou encore du matériel pour aider à la reconstruction, constate Taline Satamian, bénévole suisso-libanaise de l’association basée dans le canton de Vaud, on essaie de les orienter le mieux possible en amont, en publiant des listes qui recensent les besoins de nos ONG partenaires au Liban sur les réseaux sociaux, et, en aval, en coordonnant le transport des marchandises depuis la Suisse vers le Liban», explique-t-elle. En tout, les bénévoles ont déjà envoyé à Beyrouth près de 100 kilos de produits de première nécessité dans des valises. Ils sont actuellement en négociation avec les entreprises de transport pour pouvoir acheminer des biens en plus grande quantité.

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Laure Wagner

Journaliste

Lui écrire

Laure Wagner est correspondante indépendante à Genève pour les médias francophones. Elle a travaillé pendant six années en tant que journaliste rédactrice et reporter au sein de la rédaction de France 24 à Paris.

Pour le service politique, elle a couvert tous les grands événements de ces dernières années et notamment les élections présidentielles et législatives françaises de 2012 et 2017. Elle a également réalisé de nombreux reportages sur des sujets d'économie et de société pour les différents magazines de la chaîne internationale.

Elle est titulaire d'une double licence en Histoire et en Science Politique et d'un master en Histoire des relations internationales (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne).

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