Bilan

La crise épargne le marché des piscines

Alors que la définition du métier de pisciniste reste floue, le confinement a provoqué une accélération des demandes en Suisse romande. Ecologie et confort sont les maîtres-mots.

  • Chez Girod Piscines: Patrick (technique, ventes), Pierre (directeur, au centre) et Audrey Girod (RH et administration).

    Crédits: Guillaume Mégevand
  • Nicollier Piscines construit une cinquantaine de piscines par an en Valais.

    Crédits: Nicollier

Le marché des piscines reprend des couleurs, après une période en eau trouble. En 2015, l’abandon du taux plancher avait en effet provoqué une chute de la demande de 20%. Mais avec la pandémie de Covid-19 qui a poussé la population à moins voyager et à rester chez elle, une envie de bien-être est venue trotter dans la tête des confinés: «Il y a une plus grande volonté de confort de vie», note Norbert Mori, fondateur
de Mori Piscines à Meinier (GE). Une soif de piscine qui se confirme chez tous les professionnels de Suisse romande. Nicollier Piscines, à Fully (VS), a notamment enregistré une augmentation de 30% de demandes de projet alors que du côté de Piscines Fitness, à Bremblens (VD), 200 requêtes ont été enregistrées depuis avril, soit trois fois plus qu’une année normale. «Il y a beaucoup de visites sur le site internet, mais très vite les gens sont freinés par le prix et la réalité des choses, explique Laurent Pellet, directeur de la société vaudoise. Construire une piscine est un projet qui se réfléchit sur le long terme.»

Une foule de détails à régler

Six mois, c’est le temps qu’il faut attendre avant de faire sa première bombe dans sa piscine. Entre le premier rendez-vous, l’avant-projet, le projet, l’enquête auprès de sa commune, la demande de construire et enfin la construction... avoir son propre bassin se révèle être un exercice parfois fastidieux. «Surtout en Suisse romande, rigole Yves Burgener représentant de la Commission formation et du Groupe Romandie chez Aqua Suisse (Fédération suisse d’entreprises et de technique des eaux et des piscines). Les autorités vont très lentement surtout au niveau du permis de construire.»

Des tas de petits détails doivent être pensés: «Cela va du formulaire pour le respect du bruit, la consommation d’énergie à respecter, le chauffage prévu, mais également les parcelles où construire», indique François Nicollier. «Les services cantonaux encadrent activement les processus d’autorisation de construire. A Genève, des règles régissant notamment la perméabilité du sol limitent l’obtention de permis de construire», nous apprend Pierre Girod, directeur de Girod Piscines, à Vésenaz (GE). Il remarque une évolution des piscines: celles-ci se veulent plus longues et plus étroites qu’avant. Finis les grands bassins profonds, la tendance est à la réduction des parcelles en faveur des bâtiments.

Les piscinistes ont dû revoir leur technique pour s’adapter aux besoins du client tourné vers le confort: «Il y a une forte demande écologique, notamment pour les produits et les consommations énergétiques, mais également de piscines sobres et technologiques comme des jets à contre-courant», détaille Pierre Girod. Des rideaux solaires permettant de garder 85% de la chaleur et répondant à la loi fédérale, en passant par l’automatisation du traitement de l’eau, la piscine d’aujourd’hui est design et écologique. L’automatisation est d’ailleurs très demandée. Un contrat de maintenance peut être signé et c’est le pisciniste en personne ou le client qui assure le traitement de l’eau. Température, taux de chlore, quantité d’eau, tout peut-être régulé 24h sur 24. Piscine Fitness utilise notamment un portail web appelé Pool Manager. Alors qu’un traitement manuel de l’eau peut coûter jusqu’à 800 francs par an, l’automatisation nécessite un investissement plus conséquent, de 5000 à 7000 francs supplémentaires, ainsi que des heures de travail en plus. «Environ six heures supplémentaires par semaine, mais ce système nous évite de faire des allers-retours chez nos clients», explique Laurent Pellet.

Une profession difficile à définir

Aujourd’hui, le marché suisse de la piscine est évalué à 200 millions de francs de chiffre d’affaires, dont 60 millions pour la Suisse romande, selon Aqua Suisse. La fédération dénombre également 80 000 à 100 000 piscines dans tout le pays, dont 30 000 en Suisse romande.

Ces chiffres sont néanmoins à prendre avec des pincettes pour Yves Burgener: «Cela reste une estimation, car il est difficile de définir clairement ce qu’est une piscine.» Le problème est bien là, la définition du travail de pisciniste: «Aujourd’hui, c’est facile de se faire livrer du matériel et de faire du traitement d’eau, il y a beaucoup de tout et de rien, alors notre métier n’est pas assez bien référencé», déplore Laurent Pellet. Présent sur le marché depuis une trentaine d’années, François Nicollier a vu arriver de nouveaux acteurs sur ce marché concurrentiel: «Un paysagiste ou un carreleur peuvent aujourd’hui se placer facilement sur le marché en entreposant des produits d’entretien dans leur garage, mais est-ce que ça fait d’eux des piscinistes?» Le Valaisan estime à 160 le nombre de piscinistes en Suisse romande pour 800 piscines construites par an, «mais seule la moitié tient la route en matière de piscine traditionnelle».

Dans un métier de plus en plus régulé, il faut encore distinguer deux marchés: celui de l’entretien, avec des petites voire microentreprises, et celui de la construction. Comme pour les voitures, il existe plusieurs constructeurs, plusieurs gammes et chaque pisciniste a sa spécialité. Pour Pierre Girod, «le but des piscinistes de nos jours est de rester sur leur corps de métier. Il ne faut pas se tromper et ne pas faire ce qu’on ne sait pas.»


Les principaux acteurs romands

Nicollier Piscines: Paysagiste de profession, François Nicollier s’est spécialisé dans la construction de piscines à la fin des années 90. Ses 50 employés construisent environ 50 piscines par an dans le canton du Valais.

Toutes activités confondues, son chiffre d’affaires s’élève entre 8 et 10 millions.

Mori Piscines: Depuis sa création en 1989, le pisciniste s’est occupé de plus de 900 piscines sur le marché valdo-genevois. Avec 30 employés, son cœur de métier est la maintenance.

Piscines Fitness: Acteur majeur du marché romand depuis quarante-cinq ans, le groupe lausannois emploie une douzaine d’employés et construit une vingtaine de piscines par an, générant un chiffre d’affaires de 3 à 4 millions.

Girod Piscines: Pionnier du marché romand, le pisciniste genevois est spécialisé dans la piscine enterrée minérale depuis trois générations. Une trentaine de collaborateurs accompagnent architectes et propriétaires dans leurs projets de construction et assurent la maintenance des piscines. 


Hors-sol, creusée ou naturelle?

Hors-sol: Disponible à partir de 100 fr. en grande surface ou en magasin spécialisé, elle est en plein boom. En rupture de stock, il faut actuellement attendre deux mois pour s’en procurer.

Creusée: En béton, en carrelage, en ardoise ou en polyvinyle, elle nécessite plusieurs experts et un chantier important, mais c’est la garantie d’une construction pérenne. Elle est assimilée à des accessoires et ses prix varient selon la gamme entre 20 000 et 100 000 fr. pour une famille.

Coque: Rapide et design, elle est composée d’une seule pièce et est déjà livrée sous sa forme finale. Facile d’entretien, elle existe sous différentes formes mais nécessite un professionnel, car sa pose est technique et il y a des risques de fissure ou de déformation.

Naturelle: Deux fois plus chère qu’une piscine traditionnelle, elle a besoin du quadruple de parcelle pour ses plantes d’eau.

Similaire à un petit lac, elle est écologique, mais elle est encore peu développée en Suisse en raison de ses contraintes.

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