Bilan

La BCE sous pression pour muscler sa potion anti-Covid

Face à la résurgence de l'épidémie de Covid-19 qui menace les économies convalescentes, la Banque centrale européenne est attendue jeudi avec un message clair de soutien à l'activité, sans annoncer de nouvelles mesures concrètes dans l'immédiat.


Un exercice susceptible de refléter l'impact de la deuxième vague d'infections et des nouvelles restrictions imposées à des pans entiers de l'économie.

Crédits: Keystone

Les dernières décisions de l'institution présidée par Christine Lagarde datent de juin, lorsque la BCE avait ajouté une rallonge de 600 milliards d'euros au programme d'urgence de 750 milliards d'achat de dettes annoncé en mars.

Ce plan connu sous l'acronyme "PEPP", qui devait se terminer fin 2020, a également été prolongé jusqu'à la mi-2021.

Lors de la dernière réunion du conseil des gouverneurs en septembre, le risque d'une rechute de l'activité avait été moins évoqué que l'appréciation de l'euro face au dollar.

Or le tableau a changé à une vitesse inattendue. Le cours de la monnaie unique s'est stabilisé mais la dégradation de la situation sanitaire a entraîné une rafale de nouvelles restrictions en Europe, alarmantes pour les acteurs économiques.

"La résurgence de la pandémie plus tôt qu'anticipée par les scientifiques n'est pas de bon augure", a déclaré la présidente de la BCE dans une récente interview sur LCI.

Après l'Italie, l'Irlande ou les Pays-Bas, de nouvelles mesures drastiques ont été annoncées mercredi soir en France et en Allemagne. Dans la première économie de la zone euro, les cafés et restautants, les équipements sportifs et cultutels vont fermer durant tout le mois de novembre.

Inflation négative


Pour l'heure les taux seront très certainement maintenus au plus bas ce jeudi, selon les observateurs.

Notamment le taux négatif de 0,50% qui s'applique aux banques sur les liquidités qu'elles placent à la BCE, plutôt que de les redistribuer dans l'économie.

Christine Lagarde devrait surtout marteler qu'un degré important de "stimulus monétaire" demeure indispensable pour gagner le pari de la reprise et d'une inflation proche de 2%, un niveau jugé adapté pour soutenir l'activité mais qui résiste aux efforts depuis plus de six ans.

En septembre, l'inflation en zone euro s'est même retrouvée en territoire négatif, à -0,3%, et l'inflation dite sous-jacente, sans inclure les prix volatils de l'énergie et des matières premières, s'est effondrée à 0,22%, à cause de la chute des prix des services qui soutiennent d'ordinaire cet indicateur.

La tâche des gardiens de l'euro s'en trouve compliquée et "la seule question pertinente est de savoir quand et comment la BCE va à nouveau assouplir sa politique", avance Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Rendez-vous en décembre


La majorité des observateurs se reportent déjà sur la dernière réunion de l'année, le 10 décembre, quand l'institution dévoilera alors ses dernières projections économiques trimestrielles, portant jusqu'à 2023.

Un exercice susceptible de refléter l'impact de la deuxième vague d'infections et des nouvelles restrictions imposées à des pans entiers de l'économie.

L'incertitude entourant l'issue des élections américaines de début novembre, comme les conséquences du Brexit dans deux mois, donnent d'autres raisons de temporiser.

Sans parler des divisions au sein du conseil des gouverneurs sur le cap futur à donner aux soutiens monétaires.

A la différence de son prédécesseur Mario Draghi, qui avait laissé une institution divisée, Mme Lagarde semble "aspirer à la (quasi) unanimité" au sein de son organe de décision, note Florian Hense, économiste chez Berenberg.

Un résultat que la patrone de la BCE, en poste depuis un an, n'obtiendra "probablement pas avant la réunion de décembre", ajoute-t-il.

Selon les observateurs, le moment sera alors venu de décider de renforcer à nouveau l'ampleur et la durée du "PEPP" pour préserver de bonnes conditions de financement dans l'économie.

Une autre option, qui consisterait à pousser les taux encore plus loin en territoire négatif, "serait risquée car cela porterait un nouveau coup aux banques déjà mal en point", estime Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo.

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