Bilan

La BCE renforce son bazooka face à la crise du coronavirus

La Banque centrale européenne (BCE) a renforcé et prolongé jeudi son arsenal de soutien à l'économie, tant l'impact du nouveau coronavirus promet de se faire sentir encore plusieurs années.

Ce bazooka inédit devrait être prolongé jusqu'en septembre 2021.

Crédits: Keystone

Forgé en mars et initialement doté de 750 milliards d'euros jusqu'en fin d'année pour racheter des obligations publiques et privées, le programme PEPP a été gonflé de 600 milliards d'euros, a annoncé une porte-parole.

Il a également été prolongé jusqu'à "au moins fin juin 2021", signe que la réponse monétaire au choc sanitaire prendra plus de temps qu'initialement prévu.

La BCE a aussi indiqué qu'elle allait réinvestir à leur échéance les titres participant au PEPP jusqu'à "au moins la fin 2022", ce qui lui permet de piloter ce stock d'actifs sur le long terme, comme elle le fait déjà depuis 2015 pour son programme "QE" de rachats d'actifs.

Cette décision "est importante", puisque l'institut pourra utiliser "plus longtemps" la souplesse offerte par le PEPP, en concentrant par exemple ses achats sur les pays les plus touchés, décrypte Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Enfin, l'institut a maintenu ses taux directeurs à leur plancher historique, afin de stimuler l'offre de crédit en zone euro à destination des ménages comme des entreprises.

Quelle reprise ?


Le principal taux d'intérêt reste à zéro, tandis que les banques se verront appliquer un prélèvement de 0,50% sur une fraction des dépôts qu'elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients.

Pour justifier ces décisions à partir de 12H30 GMT face à la presse, la présidente de la BCE Christine Lagarde disposera d'un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques courant jusqu'en 2022, évaluation cruciale de l'ampleur et la durée de la crise.

D'ores et déjà, la Française table sur un recul du produit intérieur brut de la zone euro compris entre 8 et 12% cette année, avant une reprise aux contours incertains.

Difficulté supplémentaire: si les mesures de confinement pour freiner le coronavirus ont entraîné un choc économique "très symétrique", qui a frappé tous les pays autour de la mi-mars, le rebond s'annonce "beaucoup plus asymétrique", observe Carsten Brzeski, de la banque ING.

Selon la virulence de l'épidémie, les secteurs touchés et les filets de sécurité déployés pour protéger l'emploi, "de nombreuses économies périphériques risquent une récession plus durable", ajoute-t-il.

L'inflation est elle retombée à 0,1% en mai et pourrait afficher zéro sur l'année avant de remonter timidement à 0,7% en 2021, selon Capital Economics, très loin de l'objectif "proche de 2%" derrière lequel la BCE court depuis 2013.

Menace judiciaire


Comme les Etats de la zone euro s'endettent de manière exponentielle, sans parler d'un possible emprunt européen à venir, la BCE pourrait débattre de la "clé de répartition" des rachats de dette souveraine, prévue pour refléter la part de chaque Etat membre dans son capital, estime Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste à la KfW.

Des écarts par rapport à cette règle ont été observés dans le cadre du PEPP, mais "pour la plupart négligeables et moins importants qu'attendu pour l'Italie", pays frappé de plein fouet par la crise sanitaire, note Chiara Cremonesi, stratégiste chez UniCredit.

Mais ouvrir ce chantier aussi technique que politique comporte un risque majeur: dans un arrêt retentissant début mai, la Cour constitutionnelle allemande a sommé la BCE de justifier d'ici août ses rachats de dette, tout en faisant des "clés de répartition" une condition de leur validité.

Certes, Mme Lagarde devrait répéter que la BCE n'est soumise qu'à la Cour de justice de l'Union européenne, qui a adoubé ses rachats d'obligations.

Mais cette menace judiciaire pourrait raviver les craintes d'un éclatement de la zone euro, surtout "si le fossé économique se creuse à nouveau" entre pays membres et que la BCE est bridée dans son action, avertit Carsten Brzeski.

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