Bilan

La BCE à la rescousse des banques, l'économie inquiète

Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires - Chine, Union européenne et désormais Mexique - continuent d'empoisonner le climat économique et l'industrie européenne reste sous la menace de droits de douane dévastateurs.

Les banquiers centraux auront deux pays à risque à l'esprit dans leurs débats: l'Italie et la Grèce.

Crédits: AFP

La Banque centrale européenne devrait détailler jeudi ses nouveaux prêts géants aux banques tout en conservant dans sa manche d'autres mesures de soutien à l'économie, tant s'accumulent les inquiétudes sur la croissance et l'inflation.

L'activité en zone euro a, certes, offert un répit à l'institut de Francfort en début d'année en gagnant 0,4% au premier trimestre, malgré le ralentissement mondial.

Mais les tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires - Chine, Union européenne et désormais Mexique - continuent d'empoisonner le climat économique et l'industrie européenne reste sous la menace de droits de douane dévastateurs.

Deux pays à risque

Les banquiers centraux auront deux pays à risque à l'esprit dans leurs débats: l'Italie, prête à un nouveau bras de fer avec Bruxelles sur l'étendue de ses déficits publics, et la Grèce, où des élections anticipées se tiendront en juillet.

Et la perspective au Royaume-Uni d'un Premier ministre eurosceptique succédant à Theresa May renforce les inquiétudes vis-à-vis d'un Brexit sans accord.

Confrontée à ce cocktail de risques, l'institution monétaire ne semble toujours pas en passe de gagner son pari, soit remonter l'inflation légèrement sous les 2% "à moyen terme", un niveau censé favoriser l'investissement et l'emploi.

Surtout que les attentes de hausse des prix "à cinq ans", baromètre surveillé de près par la BCE, sont retombées à près de 1,3%, comme à la mi-2016, au plus bas depuis que l'actuel patron de l'institut, Mario Draghi, a pris ses fonctions fin 2011.

Or par le passé, les mesures de relance annoncées par les gardiens de l'euro "ont souvent coïncidé avec la chute brutale des anticipations d'inflation", observe Carsten Brzeski, économiste de la banque ING.

Prêts généreux

"Des mesures monétaires audacieuses" paraissent donc "nécessaires", estime Erik Nielsen, chef économiste chez UniCredit. Mais l'équation devient complexe tant la BCE a puisé dans son arsenal depuis 2014, descendant le coût du crédit tout en rachetant massivement de la dette privée et publique.

Lors de sa réunion de politique monétaire délocalisée jeudi à Vilnius, en Lituanie, l'institut devrait maintenir ses taux au plus bas tout en détaillant les conditions financières de sa prochaine salve de prêts géants aux banques, baptisés "TLTRO".

En la matière, "la question sera de savoir à quel point la BCE voudra se montrer +généreuse+", résume Dirk Schumacher, économiste chez Natixis.

Un équilibre devra être trouvé entre des conditions suffisamment avantageuses pour stimuler la distribution de crédit, mais sans rendre les banques les plus fragiles - italiennes en particulier - dépendantes de ces liquidités bon marché.

Certains observateurs voient par ailleurs la BCE repousser de nouveau l'heure de remonter ses taux, actuellement prévue "début 2020" au plus tôt, quand l'institut parlait de "l'été 2019" jusqu'à sa réunion de mars.

Les marchés s'attendent en revanche à ce que la BCE continue à "réfléchir" à un système de paliers pour moduler le taux négatif sur les liquidités, sans trancher dès maintenant cette question délicate.

Nouveau chef économiste

Depuis trois ans, les banques paient en effet un intérêt de 0,40% pour les liquidités qu'elles ne distribuent pas dans l'économie, ce qui entraîne pour le secteur une facture annuelle d'environ 7,5 milliards d'euros, principalement supportée par les banques allemandes et françaises.

Avant de passer la main fin octobre, sans qu'on connaisse encore son successeur, Mario Draghi devrait donc rappeler une fois encore que la BCE est prête à piocher dans sa "boîte à outils" si la situation se détériore.

En théorie, elle pourrait relancer à tout moment ses achats nets de dette, soit le programme de "QE" qui a grossi son bilan de quelque 2.600 milliards d'euros entre mars 2015 et décembre 2018.

L'institution présentera jeudi de nouvelles projections trimestrielles de croissance et d'inflation, qui devraient rester prudentes, d'autant que le nouveau chef économiste depuis juin, l'Irlandais Philipp Lane, a la réputation d'être favorable à un soutien appuyé à l'économie.

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