Bilan

L’OPEP ne stabilise plus le marché du pétrole

Les prix du pétrole continuent de chuter, plombés par la surproduction du cartel pétrolier. Une décision qui entraînera une volatilité accrue du marché.

Les prix du pétrole passaient sous la barre des 60 dollars vendredi 12 décembre en Asie. 

En baisse de 40% depuis leur pic de juin, les prix du pétrole passaient sous la barre des 60 dollars vendredi matin en Asie. Le baril WTI pour livraison en janvier s’affichait à 59,09 dollars, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison à même échéance descendait à 63,16 dollars.

A l’origine de cette dégringolade: une demande faible pour le pétrole, mais aussi et surtout la décision de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) de faire un pied de nez aux producteurs de pétrole de schiste américain en surproduisant l’or noir, pénalisant ainsi un secteur concurrent en pleine croissance.

L’Arabie Saoudite, relève The Economist dans sa dernière édition entièrement consacrée au sujet, en tant que membre principal de l’OPEP, a clairement fait savoir qu’elle tolèrerait des prix du pétrole plus faibles afin de faire aux finances des sociétés de schiste ce que la fracturation hydraulique fait à la roche.

Et cela risque de faire mal. Car près de 15% des sociétés américaines de pétrole de schiste perdent déjà de l’argent actuellement, d’après Bank of America Merrill Lynch. Cette proportion atteindrait les 55% avec un prix du baril à 55 dollars.

En prenant la décision d’abandonner sa mission d’ «assurer une stabilisation des marchés du pétrole» et de permettre au marché de «trouver son équilibre par lui-même», le cartel est entré dans une nouvelle ère, note la banque américaine dans un rapport publié début décembre.  

Vénézuela et Nigéria lésés 

La première conséquence de ce changement, selon l’établissement, sera une augmentation structurelle massive de la volatilité du prix du pétrole.

Les producteurs bénéficiant de coûts faibles et de bilans forts comme l’Arabie Saoudite, capables d’encaisser ces variations, seront les premiers gagnants de cette nouvelle donne. En revanche, les producteurs plus vulnérables comme le Vénézuela ou le Nigéria seront lésés.

La banque a révisé ses prévisions sur l’or noir à la baisse pour 2015, avec un prix de 77 dollars par baril pour le Brent et de 72 dollars pour le pétrole brut WTI. Pour 2016, ses estimations s’affichent à 85 dollars et à 81 dollars par baril respectivement. 

« Globalement, 60 dollars n’est pas soutenable sur le long terme. Il n’y a aucune incitation à faire de nouveaux investissements», relève de son côté Pascal Menges, gérant chez Lombard Odier Asset Management.

D’après ce dernier, le premier trimestre 2015 sera volatile, voire même le deuxième trimestre. Etant donné le manque de coupure politique claire au niveau de l’approvisionnement, l’ajustement économique sera plus lent. « C’est l’aspect potentiellement schizophrénique de l’année 2015 », résume le gérant.

La plupart des grandes sociétés pétrolières comme BP, RD Shell, Chevron et Exxon Mobil ont déjà réduit de manière significative leurs dépenses d’investissement. Certaines d’entre elles sont une fois de plus en train de les revoir pour l’année prochaine, relèvent les analystes de Merrill Lynch Bank of America.

Contacté par Bilan à ce sujet, un porte-parole de RD Shell aux Pays-Bas n’a pas voulu faire de commentaire: «Nous considérons que ceci fait partie de la volatilité du prix du pétrole. En général et en terme de cycle d’investissement, nous avons une vue à long-terme».

 

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