Bilan

L’ONU rogne le salaire de ses employés à Genève

Les fonctionnaires onusiens étaient descendus dans la rue pour protester contre une réduction de salaire 7,5 %. Finalement, elle ne devrait pas dépasser 2 à 3 % à partir de février 2018. Récit d’un bricolage.

Les rémunérations des collaborateurs de l'ONU à Genève vont être légèrement diminuées.

Crédits: Suisse Tourisme

Une langue, ce n’est pas seulement une question de vocabulaire. Il faut également tenter de comprendre ce qui se cache derrière les mots. Même après plusieurs lectures des documents de la Commission de la fonction publique internationale (CFPI), qui se réunissait cette semaine à Vienne, vous n’êtes pas totalement certain d’en avoir saisi les conclusions. Elles sont pourtant de la plus haute importance pour la Cité de Calvin.

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Va-t-on baisser de 7,5% - et même de 7,7% - les rémunérations de 5400 fonctionnaires onusiens, dont 5% à partir du mois prochain? Soit environ un mois de salaire par an. Ce qui aurait signifié moins de repas au restaurant, moins de places de cinéma, moins d’heures de femme de ménage, etc… La réponse est apparemment «non». Il y aura bien une réduction, mais elle ne devrait s’imposer qu’en février 2018 et pourrait tourner autour de 2 à 3%. Peut-être moins. Même en s’entourant de traducteurs surdiplômés, l’anglais onusien reste particulièrement difficile à saisir. «C’est du bricolage. Le CFPI se devait de sauver la face», commente Ian Richards, secrétaire exécutif du Conseil de coordination des associations de personnel de l’ONU, présent en Autriche cette semaine.         

Baisse ou hausse des loyers à Genève ?

Pour faire simple: tout repose sur une estimation du coût de la vie. Un même salaire n’a bien évidemment pas la même valeur à New York, à Genève ou à Nairobi. Or, la rémunération des employés de l’ONU doit leur offrir «le même pouvoir d’achat dans tous les lieux d’affectation». Le coût de la vie variant sensiblement entre les pays, ces différences font l’objet d’enquêtes inter-villes menées périodiquement. En clair, à combien se monte un loyer, un trajet en train ou l’emploi d’un domestique pendant une matinée?

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Alors que la location d’un appartement à Genève aurait grimpé de 8 %, ces dernières années, selon les syndicats, en revanche, la Commission de la fonction publique internationale évoque une baisse de 12 %. Un différentiel de 20 %! Il est vrai que de nombreux fonctionnaires internationaux préfèrent habiter dans le Pays de Gex, en France voisine, plutôt que dans le canton de Genève. Mais dans un document de 80 pages, intitulé «Considerations regarding cost-of-living surveys and post adjustment matters», les salariés entendent rappeler que le siège de l’ONU sur le vieux continent est en Suisse, pas dans l’Union européenne.

2,6 milliards de francs par an 

Il y a quelques semaines, interviewé par Le Temps, Michael Moeller, le directeur général de l’Office des nations unies à Genève, reconnaissait: «Pour les collaborateurs qui ont conclu un contrat ici à Genève, le fait qu’on le modifie de façon unilatérale est choquant. Les calculs justifiant ces baisses sont contestés, et pas seulement à Genève». En effet, cette baisse de salaire, décrétée sans concertation, est particulièrement mauvaise pour l’ONU, qui passe aux yeux de l’extérieur pour un employeur imprévisible. «S’il est possible de geler les salaires, ce qui arrive très fréquemment un peu partout actuellement, en revanche, baisser un revenu est une mesure inacceptable, et surtout indéfendable», commente un traducteur, salarié de l’ONU à Genève.

Ce qui est plus significatif encore, c’est que l’ONU, pour faire des économies, s’en est pris d’abord à Genève, estimant que les fonctionnaires se montreraient moins pugnaces qu’ailleurs pour défendre leur gagne-pain. Il est évident que si les employés du bout du lac n’avaient pas levé le petit doigt, des coupes salariales auraient ensuite affectées d’autres villes hébergeant des sites des Nations unies. Car les pays, à commencer par les Etats Unies, cherchent à rogner leurs dépenses. «Nous avons envoyé deux statisticiens à New York pour évaluer la différence du coût de la vie entre ici et les Etats-Unis. Nous leur avons démontré que les chiffres avancés par la Commission de la fonction publique internationale n’étaient pas justes. Malgré cela, la Commission maintient des estimations erronées. Le problème de base n’est donc pas résolu», commente Ian Richards. En attendant, les 5400 fonctionnaires de l’ONU vont continuer à dépenser 2,6 milliards de francs par an dans la Cité de Calvin. A quelques francs près.

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