Bilan

L’œnotourisme décolle en Suisse

Les élus vaudois viennent de voter un crédit cadre de 2,5 millions de francs destiné à favoriser le tourisme du vin. Mais il reste encore beaucoup à faire en Suisse romande.
  • A Genève, une société organise des balades à vélo électrique, avec dégustations de vins.

     

    Crédits: Nicolas Righetti/Lundi13
  • Des touristes découvrent les vins de Lavaux au Vinorama. Les visites sont gratuites, les recettes provenant de la vente de bouteilles.

    Crédits: Nicolas Righetti/Lundi13

Apparu dans les années 1960 dans la Napa Valley (USA), l’œnotourisme y génère aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de plus de 1 milliard de dollars. De nombreuses régions en Europe ont franchi le pas: l’Alsace, la Bourgogne, le Var, le Piémont ou l’Espagne.

Difficile de concurrencer la maison Bouvet Ladubay en Pays de la Loire qui organise des visites à vélo dans les huit kilomètres de ses caves souterraines. Admettons. Il n’empêche que la Suisse a aussi des idées originales pour développer l’œnotourisme. 

Ainsi, Jean Berthet a mis sur pied des balades dans les vignes genevoises à vélo électrique, avec à la clé des dégustations de vins (ebiketour.ch). Cet ancien salarié d’un magasin de vélos s’est mis à son compte voilà un an. Il a aussi organisé une quarantaine de sorties d’entreprises. Par exemple, pour les commerciaux de la marque horlogère Zenith, il avait créé une promenade de trois heures en Lavaux au départ du Mont-Pèlerin. Et de rassurer: «Quand cela se termine par un repas, bien arrosé, les participants rentrent en car.»  

Toujours à Genève, l’Office de promotion des produits agricoles (OPAGE) organise depuis deux ans un rallye gourmand annuel  pour mettre en valeur les trois balades viticoles (rive droite, entre Arve et Rhône, et entre Arve et lac) inaugurées en mai 2013 avec le soutien de la Loterie Romande. Il s’agit ici de balades pédestres qui vont de 19 km (4 h 30 de marche) à 32 km (8 h de marche).

Un total de 67 bornes en bois et inox ont été installées avec des explications en trois langues portant sur 21 cépages (origine, aire de distribution, vendanges, arômes), auxquelles s’ajoutent encore 5 bornes techniques: greffage, culture, cycle, taille et histoire de la viticulture genevoise. Les itinéraires sont insérés sur l’application de Suisse Mobile. «Cela étant, relativise Denis Beausoleil, responsable de l’OPAGE, contrairement à nos voisins, nous n’avons pas donné la priorité au développement de l’œnotourisme. L’idéal serait plutôt d’arriver à ce qu’un caveau soit ouvert dans chaque village le samedi après-midi et le dimanche.»  

Amener de la valeur ajoutée

Justement, que se passe-t-il en terres vaudoises? Un projet baptisé «Vaud Œnotourisme» a été ratifié le 20 novembre 2013 par l’Exécutif et le Grand Conseil l’a accepté à l’unanimité le 1er avril 2014. Les Vaudois vont-ils prendre de vitesse leurs voisins? Il est vrai que l’inscription de Lavaux au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2007 a offert un coup de projecteur au canton. Aucun autre canton n’a encore entrepris une démarche similaire. Yann Stucki, chef de ce projet, s’explique: «Ce projet a pour objectif de fédérer les différentes filières concernées (vitiviniculture, tourisme, hôtellerie, restauration, produits du terroir) pour développer l’œnotourisme et amener de la valeur ajoutée.» 

Il s’agira d’investir 500 000 francs par année pendant cinq ans. Et pour chaque franc investi par l’Etat, un groupement de filière devra à son tour investir un franc. Dès lors, ce sera un million de francs qui seront mis au pot. Où cela? «Cet argent n’ira ni dans les infrastructures ni dans des dépenses administratives. Notre marché public cible est clairement la Suisse alémanique où l’on peut récupérer des parts de marché. Mais c’est aussi de faire de notre vignoble, 3800 hectares, une destination œnotouristique reconnue à l’échelle nationale et internationale», ajoute Yann Stucki. 

Il faut savoir que la durée moyenne d’un séjour dans la vallée de la Loire est d’une semaine alors, qu’en Suisse, il ne dépasse pas les trois jours. Une formation a d’ores et déjà été mise sur pied par GastroVaud pour motiver les encaveurs, les restaurateurs, les producteurs et hôteliers souhaitant développer ce canal. 

Une majorité d’Asiatiques

Dans l’intervalle, des privés occupent déjà le terrain. Le meilleur exemple est sans doute celui du Domaine Bovy à Chexbres qui reçoit près de 10 000 personnes par année, dont environ 4000 Japonais durant l’été grâce à des tour-opérateurs, tels que Kuoni, qui proposent ce genre de balades avec des dégustations à la clé. «Désormais, j’exporte d’ailleurs près de 300 bouteilles par année au Japon», indique Eric Bovy.

Attiré par ce pays, ce dernier a d’ailleurs pris des cours de japonais. Il offre une visite de cave avec de grands foudres de chêne, mais surtout il est idéalement situé avec une vue imprenable sur Lavaux, le lac et les Alpes. 

Autre atout? Situé à deux pas d’une sortie d’autoroute, il est très facilement accessible pour les chauffeurs d’autocar qui peuvent se parquer à 250 m de sa cave. De plus, pouvant s’appuyer sur son frère, il reçoit sept jours sur sept en fonction des réservations des groupes. Outre les Japonais, il reçoit beaucoup de Coréens, de plus en plus de Malaisiens, mais aussi des touristes de Singapour, Hongkong et d’Europe. Il s’agit de groupes de 25 à 35 touristes faisant un circuit allant généralement de Zermatt à Chamonix. Les trois quarts des visiteurs repartent en ayant acheté une bouteille au moins. 

Toujours en Lavaux, il faut désormais parler aussi du Vinorama qui a ouvert ses portes en mai 2010 et qui ne cesse de monter en puissance: environ 10 000 visiteurs en 2013, et près de 25 000 cette année (+14% entre août 2014 et août 2015), dont près de la moitié résidait à l’étranger. «Les deux tiers viennent d’Asie. Ils représentent environ 45% de nos ventes en haute saison. En 2015, nous avons reçu à ce jour davantage de Coréens et de Japonais que de Chinois», observe Sandra Joye, directrice du Vinorama.

Elle travaille avec une dizaine de tour-opérateurs (Angleterre, Corée, Chine, Inde, etc.). L’entrée n’est pas payante. Les recettes proviennent des ventes de bouteilles (de 5000 en 2010, le Vinorama est passé à 30 000 bouteilles vendues en 2014), provenant de 150 encaveurs différents. «Nous changeons la carte des vins pour permettre un tournus équitable.» 

Le site appartient à une fondation, et la société d’exploitation est contrôlée majoritairement par les communes de Rivaz et Puidoux. Les visiteurs peuvent visionner un film de 22 minutes où l’on suit un vigneron depuis la fin des vendanges jusqu’aux suivantes, diffusable en huit langues. Puis cela se poursuit par une dégustation. Affichant des charges d’exploitation très lourdes avec une ouverture onze mois par an, le Vinorama n’a «pas encore atteint l’équilibre». 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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