Bilan

L’Iran invente sa banque de demain

Les start-up iraniennes émergent dans les fintechs. Avec la levée des sanctions contre le pays, la Suisse pourrait bénéficier des plus belles opportunités bancaires.

L’accélérateur de start-up Avatech près de Téhéran.

Crédits: Scott Peterson/Getty

Une petite révolution se prépare en Iran. Les technologies financières offrent désormais de multiples opportunités à un pays sur le point de s’ouvrir commercialement au monde. Le premier grand événement dédié au secteur, Digital Finance Iran, s’est tenu en octobre dernier sur l’île de Kish, zone de libre-échange dans le golfe Persique. Bitcoin, transactions mobiles ou encore social banking étaient au cœur des discussions.

«Cette conférence va agir comme un catalyseur pour construire un écosystème fintech innovant en Iran, en partenariat avec des entreprises étrangères», a assuré l’entrepreneur Majeed Javdani, qui a coorganisé l’événement. De son côté, le fournisseur de software bancaire Tosan a orchestré, en novembre dernier, le premier hackathon du pays qui visait à développer de nouvelles solutions de paiement.

Le serial entrepreneur et investisseur Fred Korangy assiste aux premières loges à cette émergence récente. «Le monde des fintechs n’est pour l’heure ni très ouvert ni compétitif dans l’économie digitale iranienne. Mais il représentera certainement une grande part de cet écosystème, une fois que les sanctions seront levées.»

Victime de l’embargo international contre le pays en réponse à son programme nucléaire, le secteur bancaire iranien est exclu du système de paiement SWIFT depuis 2012. Les transactions avec l’étranger sont rendues pratiquement impossibles. La prochaine levée des sanctions est ainsi porteuse d’espoir au sein des milieux financiers, aujourd’hui peu performants. D’après les entrepreneurs interrogés, les jeunes start-up du pays auront prochainement une carte importante à jouer dans la remise sur pied du système bancaire.

Le président progressiste Hassan Rohani, au pouvoir depuis 2013, l’a lui aussi bien compris. Son gouvernement finance généreusement des parcs d’innovation, comme le Pardis Technology Park, non loin de Téhéran. Installé au sein de ce complexe, l’accélérateur de start-up Avatech propose des programmes sur six mois. Parmi ses protégés, la start-up Payping, qui se décrit comme la première plateforme de paiement interconsommateurs, a lancé sa solution sur le marché domestique début novembre.

Elle fait partie des quelques dizaines de jeunes pousses qui seraient actives dans les services financiers en Iran. Un chiffre encore confidentiel mais qui pourrait grandir rapidement, notamment dans le segment à haut potentiel du mobile.

L’incubateur privé Maps recrute aussi les cerveaux les plus brillants du pays. «A ce jour, nous avons soutenu six entreprises, qui ont grandi de 10 à 36 ingénieurs en peu de temps, détaille son fondateur Fred Korangy. Deux parmi elles sont entrées sur le marché, dont Miras, qui développe une solution basée sur le big data à destination des institutions financières.»

L’atout suisse

Avec la levée des sanctions, les entreprises étrangères mettront en œuvre leur stratégie d’investissement. Les banques helvétiques ne seront pas en reste. «La Suisse pourra être un levier important en matière de transactions financières entre l’Iran et l’étranger», soutient Michael Khoi. L’entrepreneur basé à Lausanne est lui-même dans les starting-blocks. Le holding suisse qu’il a cocréé développe plusieurs entreprises internet en Iran, basées sur les modèles d’Airbnb et Alibaba.

Il compte déjà une centaine de collaborateurs. Ses activités attendent la fin de l’embargo pour s’ouvrir aux groupes étrangers. «Les sociétés iraniennes nécessiteront un temps d’adaptation face aux technologies financières. Elles auront surtout besoin d’un tiers de confiance, comme lorsqu’elles font du commerce traditionnel. La Suisse a le profil idéal. Le rapport entre les deux pays est excellent, et le système bancaire helvétique est une garantie de sécurité importante.» 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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