Bilan

L'initiative de l'UDC est-elle mauvaise pour l'économie?

La votation «contre l'immigration de masse» qui aura lieu le 9 février prochain est-elle dangereuse pour la prospérité de la Suisse? Les arguments croisés de deux vignerons politiciens.
De gauche à droite, le Valaisan Jean-René Germanier (PLR) et le Vaudois Guy Parmelin UDC)croisent le fer sur l'initiative de l'UDC «Contre l'immigration de masse».
L'initiative UDC sur laquelle le peuple votera le 9 février 2014 fait trembler la majorité des milieux économiques. Mais tous ne sont pas d'accord. Plusieurs patrons et chefs d'entreprises ont prétendu le contraire cette semaine, à commencer par Christoph Blocher.

Avec quels arguments? Deux chefs d'entreprise, vignerons et conseillers nationaux, le Vaudois Guy Parmelin (UDC) et le Valaisan Jean-René Germanier (PLR) croisent le fer sur la question du point de vue économique.

Les quotas sont-ils contraignants?

Une régulation de l'immigration mettrait fin à la libre-circulation et signifierait un retour aux quotas de main d’œuvre étrangère.

Jean-René Germanier: «Au temps des quotas nous avions beaucoup de difficultés à avoir des contingents de main d’œuvre. Je ne comprends pas pourquoi les Blochériens, qui prônaient eux-mêmes les bilatérales dans les années 90, se lancent aujourd’hui dans une aventure si dangereuse. En plus l'UDC réclame toujours moins de bureaucratie, là on en aura davantage.»

Guy Parmelin: «Il n'a jamais été difficile d'engager des étrangers. Je rappelle que les quotas existent toujours pour les personnes extra-européennes. Cela a toujours fonctionné. Les quotas permettent un contrôle. Aujourd’hui avec l'immigration incontrôlée, j’ai souvent l’impression qu’on fait pression sur les jeunes en entreprise en leur disant que s’ils ne sont pas d’accord, dix personnes attendent derrière.»

L'immigration est-elle positive?

Les opposants à l'initiative soulignent que l'immigration a permis de créer des emplois en masse.

Jean-René Germanier: «L’économie suisse a créé 550'000 postes de travail entre 2002 et 2012. La moitié venait de la libre-circulation, l’autre moitié des résidents. Cela signifie que l’immigration crée de l’emploi, ce serait un autogoal terrible de mettre fin à la libre-circulation.»

Guy Parmelin: «Il faut nuancer les chiffres. De 2002 à 2007, durant la période de l’ouverture progressive à la libre-circulation, le PIB (Produit intérieur brut) par habitant a augmenté de 9,2%. Mais cette croissance est tombée à 0,2% depuis 2007. Il faut renverser la perspective : si notre économie est dynamique, quel que soit le système, la Suisse attirera du monde. La croissance ne vient pas par la magie de la libre-circulation.»

Péril sur les accords?

L'arrêt de la libre-circulation des personnes (un des effets de l'initiative) pourrait entraîner l'annulation des autres accords bilatéraux avec l'Union européenne (UE).

Jean-René Germanier: «Je ne veux pas peindre le diable sur la muraille, mais les bilatérales sont un acquis. L’UE a clairement fait savoir qu’elle activerait la clause guillotine pour annuler les autres accords si celui-ci tombait. Nos accords avaient été négociés avec l’Europe des Quinze, aujourd’hui il faudra renégocier avec l’Europe des 28. Ce serait beaucoup plus difficile. Nous ne serions pas en position de force.»

Guy Parmelin: «Au départ les spécialistes nous prédisaient 8'000 à 10'000 nouveaux arrivants chaque année. On s’aperçoit aujourd’hui que c’est dix fois plus: 80'000 nouveaux arrivants en Suisse chaque année. En proportion, c'est comme si l’UE accueillait chaque année 10 millions de nouveaux arrivants. L’UE serait de mauvaise foi en refusant de discuter si le peuple approuve notre initiative. Il ne faut pas perdre de vue qu'elle est bénéficiaire de 20 milliards de francs par année dans nos échanges commerciaux.»

L'UDC isolée?

Hormis le parti blochérien, tous les autres partis nationaux s'opposent à l'initiative et à une dénonciation de la libre-circulation des personnes.

Jean-René Germanier: «Notre taux de chômage moyen reste à 3,2%, c’est le miracle suisse. Et il faut reconnaître que nous dépendons totalement de l’étranger pour cette réussite. Il y a déjà des mesures d’accompagnement à la libre-circulation des personnes. Même l’UDC admet que la libre-circulation est bonne pour le pays. L’agriculture en profite aussi, elle a un important besoin de main d’œuvre. Guy Parmelin, comme les chefs d’entreprise UDC qui réclament la fin de la libre-circulation, est très isolé.»

Guy Parmelin: «Au départ, j'étais partisan de la libre-circulation, comme Christoph Blocher. Nous avons changé d'avis face à la réalité. Nous paraissons isolés mais je crois qu'il se passe le même phénomène qu'en 1992: peu de chefs d'entreprises osaient dire non à l'EEE parce qu'on prédisait la ruine du pays. Certains patrons craignaient pour leur réputation. On vit la même chose aujourd'hui, beaucoup ont peur de s'afficher mais ils voteront.»

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