Bilan

L’industrie des machines a réussi sa mutation

Le spectre de la désindustrialisation s’éloigne. Tous les indicateurs sont au vert pour que les entreprises helvétiques du secteur puissent renouer avec la croissance.

Grâce à l'automatisation, des entreprises industrielles sont relocalisées en Occident.

En dix ans, 30 000 emplois ont été perdus dans l’industrie suisse des machines, soit 10% de l’ensemble des effectifs. En 2008, la crise financière des subprimes a d'abord plongé le secteur dans le marasme. Puis en 2015, le coup d’assomme avec la fin du taux plancher de la BNS. « Le renforcement du franc a provoqué à lui seul la moitié de ces pertes d’emplois », a détaillé Hans Hess, président de l’association faîtière Swissmem, lors d’une conférence de presse à Zurich. Mais aujourd’hui, tous les feux sont au vert. Le franc s’est affaibli face à l’euro ces derniers mois. Selon un sondage de la fédération, plus de la moitié des membres s’attendent à une augmentation des commandes de l’étranger. Entre janvier et juin, les exportations de l’industrie MEM ont progressé à 32,4 milliards de francs, enregistrant une hausse de 6,8% vers les Etats-Unis et de 2,7% vers l’Union Européenne.

Ce retour à de meilleurs auspices doit beaucoup aux remarquables capacités d’adaptation de l’industrie des machines. Ajustant leur profil aux impératifs de la globalisation, les entreprises helvétiques emploient aujourd’hui davantage de collaborateurs à l’étranger (environ 500 000) que sur le territoire national (300 000). Pour vendre de manière performante des produits en Asie, il faut en effet produire à des coûts de plus bas qu’en Suisse et se trouver à proximité des marchés. Si les délocalisations des années 1990 et 2000 ont durablement marqué les esprits, aujourd’hui, de nouveaux postes sont directement créés à l’étranger par les firmes helvétiques.

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Malgré les pertes d’emploi, l’industrie helvétique des machines s’est maintenue comme une valeur sûre de nos exportations. « Sur le long terme, les effectifs sont restés stables. Depuis 2000, la surchauffe a provoqué le gonflement des effectifs qui ont ensuite fondu pour retrouver le niveau à cette date », précise Philippe Cordonier, porte-parole romand. Selon Swissmem, il n’y a pas lieu de parler de désindustrialisation au sujet de la Suisse.

Au contraire. La Confédération accumule même les distinctions dans les classements internationaux. Première place en innovation devant la Suède et le Danemark selon l’European Innovation Scoreboard (2015). Treizième plus important pays exportateur de machines mondial, la Suisse se place deuxième derrière Singapour en termes d’exportations de machines rapportées au nombre d’habitants. Le tout en dépit d’une donnée pénalisant lourdement la compétitivité : des coûts du travail les plus élevés au monde dans l’industrie de transformation. L’heure est rémunérée 35,38 euro, contre 2,46 euro en Bulgarie (source : Institut der deutschen Wirtschaft).

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Les prouesses réalisées dans ce secteur trouvent une illustration chez Wago à Domdidier (FR). Cette usine de la Broye appartenant à un groupe allemand fabrique des ressorts métalliques pour des bornes de connection, ce que l’on appelle familièrement des « sucres ». Entièrement automatisée et gérée par 350 ouvriers spécialisés, la fabrique sort 6 millions de pièces par jour. Derrière cette réussite : une fabrication de niche à très haute valeur ajoutée qui repose sur le travail d’une main-d’œuvre ultra formée. Le directeur Frédéric Riva déclarait au Matin Dimanche : « On assiste à un phénomène de relocalisation en Occident des usines grâce à l’automatisation. Si on écoutait les économistes, l’industrie en Suisse ne devrait plus exister. Mais elle a réussi à tenir et continuera de la faire. »

Lors de la conférence de presse, Hans Hess a souligné les efforts intenses et constants de la branche qui fait toujours face à une grosse pression sur les marges, en raison d’un franc encore surévalué, selon lui. Swissmem tient aussi à envoyer un message fort aux banques, qui seraient selon le lobby beaucoup trop timorées face aux risques propres à l’industrie.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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