Bilan

L'indépendance de l'Ecosse en dix chiffres économiques

Chimère voici quelques mois, l'indépendance de l'Ecosse est devenue crédible au fil de l'été. Mais quel serait l'impact de l'indépendance écossaise sur l'économie?
  • Pour la première fois, un sondage a placé les partisans de l'indépendance en tête le 6 septembre, devant les partisans du maintien au sein du Royaume-Uni.

    Crédits: Image: Andy Buchanan/AFP
  • 200: soit le nombre de patrons d'entreprises écossaises ayant pris position pour l'indépendance. Leur lettre ouverte publiée voici quelques jours dans The Herald prône le «Oui» lors de la consultation et avance des arguments pour défendre cette position. Cette intervention survenait quelques jours après une tribune signée par 130 entrepreneurs défavorables à l'indépendance parue dans The Scotsman.

    Crédits: Image: Andy Buchanan/AFP
  • 65 (et 66, puis 67): l'âge légal de départ en retraite pour les Ecossais et tous les Britanniques de 65 ans actuellement (qui devrait passer à 66 en 2020 et 67 ans en 2028). Or, en cas d'indépendance écossaise, les pensionnés écossais devraient toucher les sommes pour lesquelles ils ont cotisé pendant plusieurs décennies.

    Crédits: Image: David Cheskin/Keystone
  • 90,6%: soit la part de la dette publique actuelle du Royaume-Uni. Or, une séparation entre l'Angleterre (avec le Pays de Galles et l'Irlande du Nord) et l'Ecosse aboutirait sur un partage de la charge de la dette. La City de Londres (ci-dessus) et ses établissements financiers, seront au coeur de la question...

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  • 6,5 milliards: soit la somme en francs générée en 2013 par les exportations de scotch whisky. Rien qu'en salaires versés, la boisson à base de malt aurait généré plus de 600 millions de francs en 2012, selon les estimations de l'économiste John Kay, l'un des principaux conseillers d'Alex Salmond.

    Crédits: Image: Andrew Milligan/Keystone
  • 1/12e: soit le rapport entre le PNB écossais et le bilan cumulé de la Royal Bank of Scotland (RBS) et de Lloyds Banking, deux des principaux établissements financiers prêteurs. Or, la Royal Bank of Scotland est, avec la Bank of Scotland, l'un des établissements les plus touchés par la crise de 2008.

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  • 70%: soit la part des exportations écossaises qui sont réalisées avec le reste du Royaume-Uni, selon une étude menée par l'institut d'études économiques Oxford Economics pour le compte du Weir Group en avril dernier. Les adversaires de l'indépendance agitent la menace d'une moindre attractivité des produits écossais pour les consommateurs anglais, gallois et nord-irlandais.

    Crédits: Image: James Glossop/AFP
  • 432: soit le nombre de familles qui détiennent à elles seules 50% des terrains privés du pays. Héritage du système des clans et de la féodalité écossaise, ce partage foncier a été perpétué depuis plusieurs siècles par la Couronne britannique (qui possède elle-même de très importants domaines, notamment autour de la résidence royale de Balmoral).

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  • 1,5 à 2,7 milliards: soit le coût estimé par le gouvernement britannique pour l'établissement d'un nouvel état (ici Alex Salmond, actuel premier ministre écossais). Selon le nombre d'agences gouvernementales (15 millions de livres en moyenne pour leur mise en place), la facture de la mise en place d'une administration pourrait aller du simple au double.

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C'est le séisme du week-end dans les îles britanniques: pour la première fois, un sondage a donné une légère avance aux partisans du «Aye» («Yes» en écossais) dans le cadre de la campagne du referendum sur l'indépendance écossaise. La montée en puissance des nationalistes depuis plusieurs mois laissait envisager une telle hypothèse, mais la publication de l'enquête dans le Sunday Times a fait l'effet d'une bombe.

A moins de deux semaines de la consultation (prévue le 18 septembre en Ecosse et le 25 septembre dans les archipels des Hébrides, Orcades et Shetland), l'indépendance n'est plus une idée farfelue soutenue par quelques originaux et nostalgiques, mais est devenue une réelle possibilité poussée aussi bien par un argumentaire efficace de ses partisans que par une campagne truffée de bourdes des unionistes.

Au-delà de la préservation accrue des spécificités et traditions du pays, du kilt au haggis en passant par le doux chant des cornemuses, le divorce entre Ecossais et Anglais pourrait avoir un impact extrêmement important sur l'économie des deux entités. Pétrole de la Mer du Nord, union monétaire, pêche et produits agricoles, situation des banques, prise en charge de la dette publique, statut des entreprises,... les points d'interrogation sont légion et font peser des incertitudes sur des secteurs très divers.

200: soit le nombre de patrons d'entreprises écossaises ayant pris position pour l'indépendance. Leur lettre ouverte publiée voici quelques jours dans The Herald prône le «Oui» lors de la consultation et avance des arguments pour défendre cette position. Cette intervention survenait quelques jours après une tribune signée par 130 entrepreneurs défavorables à l'indépendance parue dans The Scotsman.

65 (et 66, puis 67): l'âge légal de départ en retraite pour les Ecossais et tous les Britanniques de 65 ans actuellement (qui devrait passer à 66 en 2020 et 67 ans en 2028). Or, en cas d'indépendance écossaise, les pensionnés écossais devraient toucher les sommes pour lesquelles ils ont cotisé pendant plusieurs décennies. Mais c'est davantage les revenus générés par ces sommes épargnées qui pourrait être une pomme de discorde entre les deux états.

90%: soit la part de la production d'hydrocarbures (pétrole et gaz) du Royaume-Uni qui relève de l'Ecosse. Cette manne située essentiellement en Mer du Nord représente 1,6% des recettes fiscales de Londres actuellement, mais grimpe à 15% quand on ne considère que le budget écossais. Si certains experts voient ces réserves devenir de moins en moins accessibles voire s'épuiser d'ici quelques décennies, la richesse générée actuellement est impressionnante: le PIB/habitant s'élèverait à 37'560 francs pour les Ecossais, alors que celui des citoyens du Royaume-Uni amputé du Nord de l'île chuterait à 31'779 francs.

90,6%: soit la part de la dette publique actuelle du Royaume-Uni. Or, une séparation entre l'Angleterre (avec le Pays de Galles et l'Irlande du Nord) et l'Ecosse aboutirait sur un partage de la charge de la dette. Les dirigeants devraient se mettre d'accord sur la répartition. Et le mode de calcul va être complexe: au prorata du nombre d'habitants? En tenant compte des ressources pétrolières et des recettes fiscales? Sans compter la difficile estimation des taux d'intérêts auxquels les établissements financiers accepteront de prêter au nouvel état...

1: comme le nombre de monnaies ayant cours actuellement dans le Royaume-Uni. Seule la Livre Sterling est officiellement reconnue, de Portsmouth jusqu'à Aberdeen. Que se passera-t-il en cas d'indépendance? Les partisans du «Oui» affirment pouvoir négocier une union monétaire avec Londres pour conserver la Livre. Les adversaires sont plus sceptiques. Des voix alternatives envisagent une autre monnaie, qu'elle soit purement nationale à l'image des devises norvégienne et suisse (car l'Ecosse ne serait pas immédiatement membre de l'Union européenne) ou qu'Edimbourg adopte l'euro (comme le Montenegro et le Kosovo, non-membres de l'UE).

1/12e: soit le rapport entre le PNB écossais et le bilan cumulé de la Royal Bank of Scotland (RBS) et de Lloyds Banking, deux des principaux établissements financiers prêteurs. Or, la Royal Bank of Scotland est, avec la Bank of Scotland, l'un des établissements les plus touchés par la crise de 2008. Les deux ont été qualifiées de «zombie bank» par les analystes, en raison de l'importance des actifs toxiques. En cas d'indépendance, qui devra prendre en charge le risque lié à ces actifs? Pour le premier ministre (nationaliste) écossais Alex Salmond, la responsabilité des politiques ayant été dans les politiques menées depuis Londres, un partage des risques est logique. Au 10, Downing Street, cette éventualité est refusée car l'Angleterre se base sur les sièges sociaux des établissements, domiciliés à Edimbourg. Ironie de l'histoire: Alex Salmond a travaillé comme économiste à la RBS pendant de nombreuses années...

6,5 milliards: soit la somme en francs générée en 2013 par les exportations de scotch whisky. Rien qu'en salaires versés, la boisson à base de malt aurait généré plus de 600 millions de francs en 2012, selon les estimations de l'économiste John Kay, l'un des principaux conseillers d'Alex Salmond. Or, les patrons de distillerie se sont majoritairement prononcés contre l'indépendance. Il est vrai que seuls trois groupes et une douzaine de marques sont encore dirigés depuis l'Ecosse (William Grant & Sons aurait 10% de la production avec Glenfiddich, Balvenie, Grant’s…; Edrington 5% avec Macallan, Highland Park, Famous Grouse…; et Ian Macleod Distillers 1,2%, avec Glengoyne, Tamdhu…). Tandis que le groupe multinational britannique Diageo contrôle à lui seul 40% des volumes produits...

70%: soit la part des exportations écossaises qui sont réalisées avec le reste du Royaume-Uni, selon une étude menée par l'institut d'études économiques Oxford Economics pour le compte du Weir Group en avril dernier. Les adversaires de l'indépendance agitent la menace d'une moindre attractivité des produits écossais pour les consommateurs anglais, gallois et nord-irlandais. De plus, pour les services financiers notamment (qui représentent une part importante des produits exportés, vers la City de Londres), les règles pourraient changer et subir le même traitement que des produits financiers fournis actuellement par des sociétés basées hors des îles britanniques.

432: soit le nombre de familles qui détiennent à elles seules 50% des terrains privés du pays. Héritage du système des clans et de la féodalité écossaise, ce partage foncier a été perpétué depuis plusieurs siècles par la Couronne britannique (qui possède elle-même de très importants domaines, notamment autour de la résidence royale de Balmoral). Cette distribution foncière a aussi un impact important sur les aides agricoles européennes.

1,5 à 2,7 milliards: soit le coût estimé par le gouvernement britannique pour l'établissement d'un nouvel état. Selon le nombre d'agences gouvernementales (15 millions de livres en moyenne pour leur mise en place), la facture de la mise en place d'une administration pourrait aller du simple au double.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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