Bilan

L'impact économique des attentats de Paris

La capitale française pourrait ressentir durement le contrecoup économique du terrorisme à la veille de la période des fêtes. Faut-il craindre une psychose qui ferait chuter l'activité économique en contractant la consommation?
  • Paris a subi une série d'attaques terroristes vendredi 13 novembre: l'économie française pourrait en pâtir.

    Crédits: Image: AFP
  • De nombreux sites touristiques et culturels de Paris (ici le Musée du Louvre) ont fermé leurs portes d'abord par mesure de sécurité puis pour respecter le deuil national décrété par le président François Hollande.

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  • Les navettes fluviales parisiennes qui draînent tant de touristes tout au long de l'année sont restées à quai ce week-end et la Seine est apparue déserte.

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  • Le fait que les tueurs aient tiré sur des clients de restaurants sans viser un public particulier (contrairement aux attaques de janvier contre Charlie Hebdo et l'Hyper Casher) pourrait davantage encore effrayer les touristes.

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  • Les attaques ont eu lieu à quelques semaines des fêtes de Noël, période d'intense activité commerciale.

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  • Le renforcement du dispositif de sécurité (renforts militaires, contrôles aux frontières) devrait se traduire par des dépenses supplémentaires pour le budget de l'état.

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26 juin 2015 à Sousse en Tunisie: un terroriste abat 39 touristes sur une plage avant d'être abattu. 13 novembre 2015 à Paris: plusieurs groupes de terroristes tuent 129 personnes (et en blessent plus de 350) à la terrasse de plusieurs cafés et restaurants, dans une salle de concert et aux abords d'un stade. A six mois d'intervalle, le mode opératoire est très proche (fusil mitrailleur et grenades ou explosifs).

En Tunisie, la ministre du tourisme avait estimé, sur la base d'une étude menée par ses services, que l'impact de cette attaque meurtrière allait se chiffrer à 450 millions d'euros. Une somme considérable dans un pays où le tourisme représente 7% du PIB. Annulations de voyages, manque à gagner sur place pour les commerces, chômage massif des professionnels du secteur touristique et hôtelier,...

Aujourd'hui, c'est pour Paris que ces questions se posent. Paris Ile-de-France est aujourd’hui l’une des premières destinations du tourisme mondial avec 30 millions de visiteurs par an, dont la clientèle internationale représente la moitié.  Les retombées économiques du secteur concernent directement 500 000 emplois, selon le Comité Régional du Tourisme. Quel va être l'impact de ces attentats sanglants pour l'économie française et parisienne en particulier? Aucune étude n'a encore été menée, mais quelques éléments permettent déjà de repérer des pertes potentielles.

Les lieux touristiques fermés

Le premier impact a été visible dès ce week-end dans les rues de la capitale française: terrasses de bars et de restaurants désertées, habitants appelés dès les premières heures à limiter leurs déplacements hors de leur domicile, lieux culturels (théâtres, cinémas, musées,...) fermés.

D'abord fermés par mesure de sécurité et pour éviter d'autres carnages, les établissements ont ensuite annoncé leur fermeture dans le cadre des trois jours de deuil national annoncé par le président François Hollande, ainsi que l'a expliqué le parc de loisirs Disneyland Paris.

Pour l'ensemble de ces établissements, publics comme privés, ces jours de fermeture représentent un susbtantiel manque à gagner. Selon les chiffres de Disney, le parc a accueilli 1,4 million de visites en 2014. Même en imaginant que le nombre de visites est plus bas en novembre qu'en juillet, il y aurait près de 30'000 visites par jour dans le parc d'attractions. Donc plusieurs millions d'euros qui ne devraient pas arriver dans les caisses de Disney (entrées, consommations et achats dans le parc). Et l'impact est le même pour des milliers de cafés, bars, restaurants, salles de spectacle, musées, boutiques, bateaux-mouches,...

Or, Paris est une ville où le commerce tient une place prépondérante. Depuis les fripiers de Belleville jusqu'aux enseignes de luxe des Champs-Elysées, la capitale française vit au rythme de ses magasins. Certains ont annoncé leur fermeture dès samedi: «Par mesure de sécurité pour nos salariés et compte tenu de l’état d’urgence, nous avons décidé de ne pas ouvrir nos points de vente ce week-end», expliquait au quotidien Le Monde Paul Michon, directeur de la communication du groupe de luxe Kering, dès samedi. Même choix du côté d'une autre enseigne emblématique de la capitale: le Printemps a renoncé à l'ouverture de son magasin du boulevard Haussmann, «pour des raisons de sécurité», précisait au Monde Corinne Berthier, porte-parole du groupe.

Des touristes annulent ou reportent leurs séjours

Toute cette intense activité commerciale est habituellement dûe aux habitants de la ville. Mais aussi aux millions de touristes qui viennent chaque année. Et les professionnels du secteur s'attendaient à une fréquentation record en 2015, avec plus de 15,7 millions de touristes internationaux attendus dans la ville. Une prévision qui pourrait pâtir des effets des attaques du vendredi 13 novembre. Dès ce week-end, le salon des maires a été reporté au printemps prochain: cette manifestation réunit 60'000 élus et leurs collaborateurs, avec les nuitées, repas, sorties... sans même compter le travail des entreprises présentes sur place pour tenir des stands.

Au niveau international, dès samedi matin, le tour operator japonais JTB annonçait l'annulation des voyages prévus les 14 et 15 novembre: 300 premiers touristes en moins. D'autres agences, notamment au Japon ou en Belgique, ont suspendu les voyages prévus vers Paris dans les jours à venir.

A côté des touristes qui ne viennent pas, il y a aussi ceux qui partent, écourtant leur séjour à Paris. Par peur parfois. Devant la fermeture de la plupart des lieux touristiques parfois. Et pour les hôteliers, le dilemme est complexe: consentir à un remboursement (même partiel) des nuitées annulées afin de faire un geste commercial ou se montrer intransigeant et risquer de froisser les clients en partance... En janvier 2015, après les tueries à la rédaction de Charlie Hebdo et dans l'Hyper Casher, une baisse de près de 10% de la fréquentation hôtelière avait été observée dans les jours et les semaines suivant ces drames.

Un coup dur à quelques semaines des fêtes de Noël

Or, les terroristes avaient à l'époque visé un média (Charlie Hebdo) et une communauté (juive, dans l'Hyper Casher). Lors des attaques du 13 novembre, les tueurs ont tiré au hasard sur des terrasses de cafés et restaurants, dans une salle de concert ou aux abords d'un stade. Contrairement à janvier, les cibles ne sont plus (toutes) réfléchies mais choisies au hasard. Pour des touristes de passage à Paris, cela peut s'avérer plus effrayant encore.

De plus, le calendrier joue davantage encore qu'en janvier en défaveur des acteurs de l'économie française. Si les tueries du début d'année s'étaient déroulées juste avant l'ouverture des soldes, c'est cette fois-ci à la veille de la période des fêtes de fin d'année que la terreur a frappé. Une période traditionnellement faste non seulement pour les magasins, mais aussi pour les salles de spectacle, les bars, cafés, restaurants et hôtels.

Enfin, cette deuxième vague d'attaques de l'année après celles de janvier (et sans compter les tentatives avortées comme celle du Thalys) pourrait inquiéter les voyagistes quant à la sécurité de leurs clients. «La France a été visée deux fois cette année et elle risque d'être considérée, désormais, comme un pays à risque à l'étranger, ce qui aura de très lourdes conséquences sur le tourisme», s'inquiète Olivier Chemla, chef économiste de l'Association française des entreprises privées (Afep), dans les colonnes de L'Opinion.

Le coût du dispositif de sécurité renforcé

Dès lors, faut-il craindre une psychose qui ferait chuter l'activité économique en contractant la consommation? Pour Philippe Waechter, chef économiste de Natixis Asset Management, interrogé par Les Echos, suite aux attentats de Londres ou de Madrid ces dernières années: «On n’a pas observé d’impact persistant sur l’activité économique. Certes, les jours qui ont suivi l’évènement, les consommateurs ont eu tendance à moins sortir et moins dépenser mais très vite, on a assisté à une normalisation».

Enfin, un dernier aspect pourrait peser sur l'économie: le coût du renforcement du dispositif de sécurité. Le déploiement de renforts militaires en Île-de-France, le rétablissement des contrôles aux frontières et les diverses mesures annoncées par les autorités françaises auront un prix. Une facture difficile à évaluer actuellement, surtout que de nouvelles mesures pourraient être annoncées dans les jours et semaines à venir. De nouvelles dépenses publiques qui devraient encore agraver le déficit budgétaire français. La sécurité est à ce prix à Paris.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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