Bilan

L’horlogerie continue d’afficher des records

Exercice inégalé pour Swatch Group, résultats historiques pour les exportations suisses; Richemont en état de grâce: le secteur performe toujours, malgré une décélération de la croissance.
Le joaillier Harry Winston, dont Jessica Alba est l’ambassadrice, vient d’être racheté par Swatch. Crédits: Jordan Strauss/Keystone

Pour célébrer son exercice 2012 record, Swatch Group s’est offert la marque américaine Harry Winston. Jolie cerise joaillière sur un gâteau fondamentalement horloger. Avant d’être stratégique, cette acquisition est surtout opportuniste. Sachant qu’Harry Winston Diamond Corporation cherchait depuis de longs mois à se séparer de son activité luxe (joaillerie et horlogerie) pour se concentrer sur son métier de base (l’extraction et le commerce de diamants), notant que les autres grands acteurs du luxe n’étaient guère intéressés par cette proie, et constatant par ailleurs qu’Harry Winston était le dernier joyau à prendre en termes de joaillerie (hors Tiffany qu’il combat en justice), Swatch Group a conclu rapidement l’affaire. S’assurant de surcroît au passage auprès du vendeur une future source d’approvisionnement privilégiée en diamants. De fait, si Harry Winston (375 millions de francs de chiffre d’affaires) offre à Swatch Group une respectabilité certaine sur la scène joaillière, il n’en fait pas pour autant un acteur majeur. «Ils ont pris les miettes, mais les miettes sont étincelantes», résume un observateur.

Ainsi cette acquisition ne devrait pas faire mentir Nick Hayek qui déclarait il y a deux ans à nos collègues du Temps que «la très haute joaillerie est pour nous plutôt une niche». Et qui rappelait en mars 2011, après le rachat de Bulgari par LVMH, que «le savoir-faire joaillier est avant tout français, italien, indien ou chinois. Or l’ambition de Swatch Group est de produire en Suisse et de maintenir nos savoir-faire et des emplois ici.» Avec la très américaine Harry Winston – qui dispose cependant de sa manufacture horlogère à Genève – l’exercice relèvera du grand écart. Si ce n’est en termes de localisation des emplois, à tout le moins sur un plan culturel, tant les deux entités sont éloignées.

Ce renforcement du groupe biennois est à l’image de ce que fut l’exercice 2012 pour tous les géants du luxe: une année record leur permettant de gagner encore des parts de marché au détriment, souvent, de marques indépendantes ou de petites entités. Richemont, qui vient de dévoiler ses résultats à neuf mois, vole lui aussi vers un record et s’apprête à tutoyer la barre des 10 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Soit des ventes pratiquement doublées en regard de l’exercice 2009-2010!

Manque de capacité de production

 

Ces excellents résultats ne doivent pas faire oublier que les six derniers mois ont marqué une décélération de la croissance pour les horlogers par rapport au semestre précédent. Mais le rythme demeure soutenu, n’en déplaise à ceux qui ont immédiatement crié au loup.

A lire et à entendre certains commentaires, les 7 à 8% de croissance attendue pour l’exercice en cours seraient décevants dans la mesure où ils entérineraient l’idée d’une avancée moins soutenue à terme et qu’ils marqueraient la fin des croissances folles (22,1% et 19,2% respectivement en 2010 et 2011). C’est oublier d’une part que ces accélérations s’expliquaient aussi en partie par le rattrapage de l’annus horribilis 2009 qui avait vu les exportations plonger de 22,3%.

Reste qu’à ce rythme «de consolidation» de 8% l’an, l’horlogerie suisse, dont on va annoncer officiellement ces prochains jours qu’elle vient de dépasser pour la première fois la barre des 20 milliards de francs à l’exportation, franchirait allègrement celle des 30 milliards en 2017 déjà.

Elle ne rencontrerait alors qu’un obstacle, mais majeur: la totale insuffisance de ses capacités de production.  

 

Michel Jeannot
Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

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Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

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