Bilan

L'exil, l'avenir résigné des jeunes Grecs

L'avenir? C'est l'exil, pour de nombreux jeunes Grecs, dont les espoirs se sont évanouis au fur et à mesure que la crise s'installait.

Le taux de chômage en Grèce, le plus élevé d'Europe, s'est établi à 25,6% selon les dernières données disponibles, datant de mars. Presque un jeune de moins de 25 ans sur deux est sans emploi (49,7%).

Crédits: Reuters

L'avenir? C'est l'exil, pour de nombreux jeunes Grecs, dont les espoirs se sont évanouis au fur et à mesure que la crise s'installait et dont les départs devraient s’accélérer si la situation se dégrade.

"Je ne vois pas d'avenir en Grèce" soupire Dani Iordake. Le jeune homme de 21 ans, aux bras recouverts de tatouages, a dû laisser tomber la fac pour aider sa mère à payer les factures et "vu comme les choses évoluent, je ne peux pas imaginer vivre ici et me battre chaque jour".

Si Dani vit toujours à Athènes, beaucoup ont franchi le pas.

Plus de 200.000 Grecs ont quitté ce pays de moins de 11 millions d'habitants depuis la crise financière, selon le cabinet Endeavour.

Absence de méritocratie et corruption en Grèce, crise économique et incertitude de l'avenir, perspectives de carrières à l'étranger... telles sont les raisons qui les ont poussés au départ, indique une étude du groupe ICAP menée auprès plus de 1.300 expatriés.

Christos Pennos, 32 ans, a quitté le pays en 2013 parce qu"'il n'y avait pas d'opportunité dans le champ scientifique". Il est désormais en Norvège où il fait de la recherche à l'université et n'est pas un cas isolé: "Mon frère vit en Espagne, mon meilleur ami en Allemagne, J'ai beaucoup d'amis au Royaume-uni, en Norvège, Suède, Pays-Bas, Belgique, France et même en Pologne", égrène-t-il.

Il ne comptait passer que deux ou trois ans en Norvège mais pense finalement rester plus longtemps, "même si mes amis et ma famille et surtout le soleil et la nourriture grecque me manquent..."

 

- Un jeune sur 2 au chômage -

Marilena et Josie, ont 23 et 33 ans. Ce soir-là, les deux amies se sont retrouvées autour d'une bière et d'un sandwich aux falafel qu'elles grignotent dans la rue, sur un banc.

Josie est masseuse-thérapeute mais ne parvenant pas à trouver de contrat à temps plein, elle travaille en free-lance. "Avant la crise j'étais payée 1.300 euros nets, aujourd'hui, même pas la moitié en brut", compare-t-elle. Cet hiver, elle a enchaîné les petits boulots (baby-sitter, femme de ménage...) pour payer ses factures.

Cette jolie brune a rencontré son petit ami, réfugié syrien, en faisant du bénévolat dans une association.  "Maintenant, il est aux Pays-Bas, il va avoir ses papiers, j'envisage d'aller vivre avec lui".

Marilena, dont la mère est allemande, elle, évoque son frère parti vivre en Allemagne où il a rejoint l'armée: "il est payé 2.000 euros et n'a quasiment pas de dépenses". Elle envisage de le rejoindre, à contrecoeur: "c'est une option, pas une obligation".

Giannis Grigoriou, ingénieur civil au chômage, apprend quant à lui l'arabe et imagine vivre au Koweït car "malheureusement, mon secteur d'activité s'est effondré. En moyenne, le salaire est de 500 euros".

L'émigration grecque, en particulier celle des jeunes, "n'est pas un phénomène nouveau mais ça s'est considérablement accru pendant la crise", analyse Lois Labrianidis, économiste et géographe, professeur à l'université de Thessalonique. "Pas parce qu'ils espèrent une très bonne situation à l'étranger mais parce qu'ils ne peuvent pas trouver d'emploi en Grèce. Ils sont forcés à partir."

Le taux de chômage en Grèce, le plus élevé d'Europe, s'est établi à 25,6% selon les dernières données disponibles, datant de mars. Presque un jeune de moins de 25 ans sur deux est sans emploi (49,7%).

Au ministère de l'Economie qu'il a rejoint, Loïs Labrianidis, un universitaire, a un objectif: développer les investissements et les industries et entreprises à haute valeur ajoutée, pour inciter les jeunes diplômés à rester et la diaspora à injecter de l'argent dans le pays.

Il espère que le gouvernement pourra renégocier les propositions des créanciers : "Si nous n'avons pas à payer davantage d'argent (aux créanciers), nous aurons davantage d'argent à mettre dans l'économie pour créer de nouveaux emplois".

Pour M. Labrianidis, le professeur d'université de Macédoine, "ces jours-ci sont cruciaux pour la Grèce mais sont surtout cruciaux pour les jeunes".

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