Bilan

L'Europe confiante au sujet des importations de gaz russe

Bruxelles importe un tiers de ses énergies fossiles de Russie. Si Moscou devait interrompre les livraisons de gaz via l'Ukraine, les réserves sont suffisantes pour voir venir.

Selon Heinrich Schwendener, directeur du secteur Energie pour Swissgas, la Suisse "a débuté l'émancipation de sa dépendance au gaz russe en transit par l'Ukraine depuis 2007 déjà et la mise en service en 2012 du gazoduc North Stream a parachevé ce processus".

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La récente escalade entre Moscou et l'Occident sur la crise en Ukraine ne devrait avoir qu'un impact limité sur les flux et les prix du gaz entre les deux puissances. Moscou ne se retrouve pas en position de force au terme d'un hiver clément et ne devrait ainsi pas exacerber les tensions, estiment nombre d'analystes mardi.

L'Europe, qui importe un tiers de ses énergies fossiles de Russie, semble plus réticente que Washington à adopter des sanctions claires à l'égard du Kremlin. La BBC s'est ainsi faite l'écho mardi d'informations selon lesquelles le Royaume-Uni "ne devrait pas soutenir des sanctions commerciales" contre la Russie.

La veille, le président américain Barack Obama n'avait pas hésité à brandir des "mesures économiques et diplomatiques qui isoleront la Russie".

Parmi les principales victimes citées d'éventuelles sanctions, l'ancien ministère soviétique des hydrocarbures, Gazprom, revient le plus souvent en raison de son exposition en Ukraine.

LE PRINTEMPS RAFFRAÎCHIT LES TENSIONS

"L'escalade des tensions arrive au printemps, un mauvais moment pour Gazprom", a indiqué à AWP Mikhaïl Korchemkin, directeur général d'East European Gas Analysis (EEGA). Le géant russe des hydrocarbures, toujours très lié au pouvoir, reste fortement dépendant de l'Ukraine pour ses exportations et une interruption du transit par ce pays pourrait l'empêcher d'honorer un tiers de ses engagements.

Les deux fois où la Russie - en l'occurrence son géant gazier Gazprom - avait interrompu ses livraisons de gaz à son voisin ukrainien en 2006 et en 2009, la crise s'était produite début janvier, soit bien plus tôt dans l'hiver.

Gazprom risque de plus de faire face à des difficultés de financement auprès des banques étrangères, notamment américaines. M. Korchemkin estime que Moscou, en délicatesse avec son budget, ne dispose pas des moyens nécessaires pour accorder de nouveaux subsides à la compagnie, sans pour autant être prêt à sacrifier cette importante source de revenus.

Le patron du géant gazier, Alexeï Miller, a appelé mardi à accorder un prêt de 2 à 3 mrd USD à l'Ukraine pour que le pays éponge sa dette gazière. Le Premier ministre Dmitri Medvedev s'est déjà engagé à peser le pour et le contre de cette proposition, selon les agences russes. Le rabais accordé à Kiev ne sera de plus pas reconduit à partir du mois d'avril.

KIEV ET BRUXELLES PEUVENT VOIR VENIR

L'Ukraine dispose de réserves lui permettant de tenir sans importations russes jusqu'en octobre, selon les calculs de M. Korchemkin. "Les consommateurs européens sont peu susceptibles de remarquer la perte d'un tiers des importations en provenance de Russie avant l'hiver prochain", assure-t-il.

"L'Europe dispose toujours de la possibilité de passer du gaz au charbon, comme l'a fait l'Allemagne au cours des trois dernières années", souligne l'analyste.

Selon Anastassios Frangulidis, stratégiste en chef de la Banque cantonale de Zurich (ZKB), "une escalade militaire constituerait une situation perdant-perdant" au regard des 30 à 35% d'importations énergétiques de l'Union européenne en provenance de Russie et de la forte dépendance de Moscou aux revenus des hydrocarbures.

Concernant la Suisse, cette dernière "a débuté l'émancipation de sa dépendance au gaz russe en transit par l'Ukraine depuis 2007 déjà et la mise en service en 2012 du gazoduc North Stream a parachevé ce processus", précise de son côté Heinrich Schwendener, directeur du secteur Energie pour Swissgas.

Dans la péninsule de Crimée, objet de l'attention de toutes les chancelleries des grandes puissances, le face-à-face se poursuit entre l'armée ukrainienne et des milliers de membres des forces russes qui les contiennent dans leurs casernes. Depuis plusieurs jours, responsables militaires ukrainiens et russes se livrent une guerre des nerfs à coups d'ultimatums sur un possible assaut des forces russes mais la situation est stable.

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