Bilan

L'érosion des bas salaires continue au Tessin

L'évolution des bas et moyens salaires tessinois est négative depuis l'entrée en vigueur l'accord de libre circulation des personnes.

"La réduction des salaires au Tessin est une réalité, le lien avec la libre circulation semble évidente", avancent les auteurs de l'étude, rappelant que les rémunérations au sud des Alpes sont inférieures de 15-20% à la moyenne nationale.

Crédits: Keystone

L'évolution des bas et moyens salaires tessinois est négative depuis l'entrée en vigueur l'accord de libre circulation des personnes, et ce en dépit de la mise en place de mesures d'accompagnement par les autorités fédérales depuis 2004. C'est ce qui ressort d'une étude sur le marché du travail dans le canton italophone réalisée par la section tessinoise de l'Union syndicale suisse (USS), rendue publique jeudi soir.

"La réduction des salaires au Tessin est une réalité, le lien avec la libre circulation semble évidente", avancent les auteurs de l'étude, rappelant que les rémunérations au sud des Alpes sont inférieures de 15-20% à la moyenne nationale. L'USS souligne que si le salaire médian a augmenté de 734 CHF depuis 2000 au Tessin, les revenus les plus modestes se sont contractés.

En fait, la rémunération mensuelle des 10% inférieurs en 2012 (3106 CHF) est repassée légèrement en dessous celle de 2006 (3134 CHF). Le syndicat dénonce une "marchandisation des personnes" et constate que le personnel est désormais considéré "uniquement comme un facteur de coût", au détriment de critères sociaux, voire légaux.

LOMBARDISATION DE L'ECONOMIE TESSINOISE

Dans son étude, l'USS n'hésite pas à parler de "lombardisation" de l'économie tessinoise, laissant entendre que l'écart croissant entre les bas et moyens salaires au sud des Alpes et dans le reste de la Suisse rapprochent plus le canton de la province italienne adjacente.

"Une analyse détaillée démontre qu'au Tessin, la disparité entre hauts et bas salaires augmente", soulignent les auteurs de l'étude. Une situation qu'ils jugent "alarmante", si l'on considère que le canton italophone est celui qui comprend le plus grand nombre de bas salaires (22,6%), de "working poor" (7,1%, contre 4,5% de moyenne nationale) et de personnes dont le revenu disponible est inférieur au seuil de pauvreté (29%, contre 15,5% en Suisse).

L'étude de l'USS relève également que la libre circulation ne s'est pas traduite par une détérioration des conditions salariales dans les autres régions frontalières, comme Genève et Bâle. Les auteurs expliquent cette différence par la "faible structure de l'économie cantonale" - historiquement fondée sur les bas salaires et la basse valeur ajoutée - et la grave crise économique que traverse actuellement l'Italie, "sans égale dans les autres pays limitrophes".

MESURES INDISPENSABLES

Les auteurs de l'étude proposent une série de mesures "indispensables pour la poursuite de l'accord de libre circulation", entre autres: obligation facilitée de généraliser les contrats collectifs de travail (CCT), limitation du travail intérimaire et sur appel, amélioration de la protection des représentants du personnel et des lanceurs d'alerte, obligation de la forme écrite pour les contrats de travail.

L'initiative "Sauvons le travail au Tessin", acceptée par la population tessinoise le 14 juin, constitue selon l'USS un "petit pas dans la bonne direction" mais ne résout pas le problème du dumping salarial, dans la mesure où le texte ne définira pas un salaire en mesure de garantir un pouvoir d'achat suffisant pour vivre au Tessin.

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