Bilan

L’EPFL bouscule les centres de congrès

Le nouveau bâtiment de l’Ecole polytechnique de Lausanne accroîtra la concurrence sur l’arc lémanique. Elle sera surtout vive pour le Palais de Beaulieu de Lausanne, voire pour Montreux.
  • L’EPFL inaugurera le 3 avril le Swiss Tech Convention Center à Ecublens.

    Crédits: EPFL - Images par Richter • Dahl Rocha & Associés architectes SA et MIR

Dans une quinzaine de jours, l’arc lémanique comptera un nouveau centre de congrès et de rencontre. L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) inaugurera le 3 avril le Swiss Tech Convention Center à Ecublens.

Qualifié de «diamant brut doté d’un équipement à la pointe de la technologie» par son directeur Beat Kunz, ce dernier a coûté environ 120 millions de francs. Après le Rolex Learning Center, l’EPFL complète son infrastructure avec un complexe cette fois encore futuriste.

D’abord, le bâtiment, conçu en métal et en verre, exhibe une immense façade vitrée de 300 m2 composée de panneaux photovoltaïques translucides et colorés. Inventés par le chercheur Michael Graetzel, ces derniers remplissent deux fonctions: réguler la température de l’édifice et produire de l’électricité.

Ensuite, l’espace intérieur est adapté pour attirer des manifestations de taille différente. Il dispose d’une salle plénière d’une capacité maximale de 3000 places dotées chacune d’une tablette. En un temps record (un quart d’heure), celle-ci présente surtout l’avantage d’être modulable en une dizaine de configurations pouvant accueillir jusqu’à 1200 personnes. Par exemple pour un banquet ou pour une exposition.

L’objectif de ce centre de congrès est d’attirer des manifestations scientifiques en lien avec l’EPFL, l’Université de Lausanne et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). «Le Swiss Tech Convention Center est une formidable vitrine pour ces institutions. Il dispose d’un potentiel important pour accueillir des manifestations d’envergure internationale», estime Beat Kunz.

Original, son modèle d’affaires repose sur un partenariat public-privé. La Confédération a cédé un terrain sous la forme d’un droit de superficie d’une durée de 99 ans à deux fonds immobiliers de Credit Suisse qui ont réalisé à la fois le centre de congrès et un bâtiment équipé de 516 logements pour étudiants et de 11 commerces.

Ils en sont les propriétaires, et c’est avec eux que l’EPFL a conclu un bail de location de trente ans. Pour s’acquitter du loyer, la haute école compte sur les revenus du Swiss Tech Convention Center obtenus via l’organisation de manifestations, l’exploitation d’un hôtel, des commerces et du parking. Selon Beat Kunz, «l’équilibre financier est prévu pour 2018».

Pour l’arc lémanique, le Swiss Tech Convention Center constitue un atout supplémentaire qui contribuera à l’amélioration de son attractivité. Ses acteurs touristiques (hôtels, restaurants, commerces) escomptent des retombées financières importantes sur leurs activités. «C’est une opportunité unique de positionner Lausanne sur la carte internationale des congrès», se réjouit Claude Petitpierre, directeur de Lausanne Tourisme.

Des concurrents sereins

L’arrivée d’un concurrent aussi prestigieux que l’EPFL inquiète-t-elle les autres centres de congrès de la région? Le bassin lémanique en compte déjà quatre d’envergure nationale et internationale (voir l’infographie ci-dessus). «Pour nous, l’impact sera faible», estime Claude Membrez, directeur de Palexpo à Genève.

«D’autant qu’il ne suffit pas d’un écrin ultramoderne pour attirer des congressistes. Il faut qu’il soit facilement accessible. Or, celui de l’EPFL ne dispose que d’un modeste parking et la liaison avec l’aéroport de Cointrin est plutôt compliquée avec le train puis le métro», constate Claude Membrez.

A Montreux, on reste aussi serein. «La moitié des revenus du 2m2c sont liés à la musique et à la culture en général. Notre localisation au centre-ville permet à nos hôtes d’accéder à leurs hôtels et aux loisirs très rapidement. C’est un atout important», insiste son directeur Rémy Crégut. Lequel estime que c’est d’abord le Palais de Beaulieu de Lausanne qui doit se faire le plus de souci. «La concurrence entre les deux sites est inévitable», admet Claude Petitpierre.

«Il faut minimiser les risques de concurrence. Mais chacun a ses propres spécificités. Je crois que nous serons suffisamment intelligents pour ne pas nous lancer dans une ruineuse guerre des prix. De toute façon, nous ne comptons pas abandonner l’organisation de congrès même si cette activité nous coûte de l’argent», affirme Stephan Peyer, directeur de MCH Beaulieu.

Pour accroître leurs chances de succès, les deux partenaires ont d’ailleurs confié le démarchage de la clientèle à Lausanne Tourisme. Avec la création du Swiss Tech Convention Center, l’ensemble des acteurs déjà présents sur ce marché, y compris dans les autres cantons romands, risque de perdre une partie du revenu lié à l’organisation de séminaires d’entreprise ou d’assemblées générales. Dans un premier temps, il y aura inévitablement un effet d’aimant dont profitera l’EPFL.

La compétition est surtout rude au niveau international. Les villes suisses ne peuvent pas rivaliser lorsque leurs concurrentes pratiquent le dumping. «Des clients potentiels comptent qu’on leur offre la gratuité des équipements mis à leur disposition et une partie des frais d’hôtel», souligne Claude Petitpierre. Autrement dit, nous venons mais c’est vous qui payez…

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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