Bilan

L'enquête qui empoisonne la campagne de François Fillon

La campagne de François Fillon à la présidentielle française est plombée à la fois des emplois présumés fictifs et ses relations avec l'homme d'affaires qui a salarié son épouse.

Entre 1986 et 2013, auprès de François Fillon ou de son suppléant Marc Joulaud, Penelope Fillon a perçu 680.380 euros net. 

Crédits: AFP

Les volets de l'enquête qui empoisonne la campagne du candidat de droite à la présidentielle française, François Fillon, recouvrent à la fois des emplois présumés fictifs accordés à sa famille et ses relations avec l'homme d'affaires qui a salarié son épouse Penelope.

L'emploi de Penelope Fillon

Le 25 janvier, l'hebdomadaire Canard Enchaîné révèle que Penelope Fillon a été l'assistante parlementaire de son époux à l'Assemblée nationale, et s'interroge sur la réalité de cet emploi. C'est le coeur de l'enquête préliminaire ouverte le même jour par le parquet national financier, relayé le 24 février par les juges d'instruction.

Entre 1986 et 2013, auprès de François Fillon ou de son suppléant Marc Joulaud (2002-2007), Penelope Fillon a perçu 680.380 euros net, soit environ 3.600 euros mensuels net.

Ces emplois étaient-ils réels ou cachent-ils un détournement de fonds publics ? Gestion du courrier, de l'agenda, préparation des discours, "mon épouse a pris en charge ces tâches simples mais essentielles", a notamment justifié François Fillon.

Avec quelles preuves ? Sa femme a évoqué dans la presse "des échanges de mails" mais concède avoir gardé peu de documents pour les années les plus anciennes. Son rôle très effacé durant toutes ses années jette le trouble. "Je n'ai jamais été son assistante", affirmait-elle en mai 2007 à une journaliste britannique.

Deux enfants au Sénat

François Fillon a lui-même révélé le 26 janvier avoir employé deux de ses enfants, Marie et Charles, quand il était sénateur. La première, alors élève avocate, d'octobre 2005 à décembre 2006 et le second de janvier à juin 2007, pour 3.000 euros en moyenne selon M. Fillon. 

Pour quelle mission ? Des recherches sur des sujets institutionnels, européens et sur des questions de société, explique à l'AFP l'avocat de Marie Fillon, Me Kiril Bougartchev. "Nous avons retrouvé plusieurs notes attestant de ce travail et démontré qu'elle avait, pendant les quatre premiers mois de sa mission, passé de nombreuses journées à faire des recherches à la bibliothèque du Sénat", a-t-il fait valoir.

Penelope employée par une revue

L'enquête vise aussi les chefs d'abus de biens sociaux et de trafic d'influence, un volet qui concerne les salaires touchés par Penelope Fillon pour un emploi dans une revue littéraire, la "Revue des deux mondes", propriété d'un homme d'affaires proche de François Fillon, Marc Ladreit de Lacharrière.

Employée de mai 2012 à décembre 2013, tout en exerçant déjà à l'Assemblée, elle y touchait 3.500 euros nets par mois. Penelope Fillon évoque des "notes et des fiches de lecture", mais seules deux ont été publiées. Elle aurait aussi eu un rôle de conseil auprès de M. de Lacharrière, pour relancer la revue, ont-ils tous deux affirmé.

Dans ce contexte, les relations entre François Fillon et son ami posent question: pourquoi la société de conseil du député, fondée en 2012, a conseillé la holding de l'homme d'affaires ? Pourquoi ce dernier a-t-il prêté 50.000 euros, sans intérêts, à l'homme politique en 2013 selon Le Canard Enchaîné ?

L'homme d'affaires a réfuté tout lien avec son élévation sous le gouvernement Fillon au grade de grand'croix de la Légion d'honneur, une décoration prestigieuse.

Dans tous les cas, François Fillon pourrait être ennuyé car le prêt n'a pas été déclaré à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique.

Les suites judiciaires

Que François Fillon soit inculpé ou placé sous le statut de témoin assisté, un statut intermédiaire entre l'inculpation et le statut de témoin, l'instruction va se poursuivre.

Une inculpation donnerait des droits à François Fillon, comme celui de réclamer des investigations. Sa défense avait estimé que le délit de détournement de fonds publics n'était pas applicable à un député. Mais l'avocat de François Fillon, Antonin Levy, précise désormais que la chambre de l'instruction ne sera pas saisie sur ce point avant la fin de la présidentielle.

Si François Fillon était élu en mai, il jouirait d'une immunité totale empêchant tout acte judiciaire le concernant. Les investigations pourraient se poursuivre seulement concernant les autres protagonistes.

Penelope Fillon est, elle, convoquée chez les juges le 28 mars et pourrait également être inculpée.

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