Bilan

L’aventure africaine de deux humanistes

Réunis lors d’une soirée, la banquière Ariane de Rothschild et le président de l’EPFL Patrick Aebischer racontent comment ils se sont associés afin de développer des cours en ligne.

Ariane de Rothschild et Patrick Aebischer posent à Pregny le 19 mai dernier.

Crédits: François Wavre/Rezo

Peu de gens savent que la famille Rothschild soutient activement le développement des MOOCs, les fameux cours mis en ligne sur le web, sur le continent africain. Cela concerne, à l’heure actuelle, une vingtaine de cours de l’EPFL. Cette collaboration dans le cadre d’un partenariat public-privé tripartite entre l’EPFL, la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC) et les Fondations Edmond de Rothschild a démarré voilà environ dix-huit  mois. Retour sur la rencontre entre deux humanistes passionnés.

D’un côté, il y a l’incroyable Patrick Aebischer, le président de l’EPFL qui a su propulser l’institution au rang des meilleures hautes écoles mondiales. De l’autre, on trouve Ariane de Rothschild, une femme très engagée qui a été récemment nommée à la tête du Comité exécutif du groupe Edmond de Rothschild. Les Fondations Edmond de Rothschild soutiennent des initiatives liées à l’art et à la culture, à la santé, à l’éducation et à l’entrepreneuriat. 

Un intérêt partagé

L’aventure des MOOCs a démarré il y a quatre ans avec deux professeurs de Stanford. A l’époque, ces derniers mettent en ligne un cours sur l’intelligence artificielle et constatent que 160 000 étudiants s’enregistrent, puis 22  000 passent l’examen. Toujours à l’affût d’innovations disruptives, le président de l’EPFL décide de prendre l’avion pour aller les voir. A son retour, convaincu de l’intérêt de ce modèle d’apprentissage, il persuade le professeur Martin Odersky (actif à l’EPFL et inventeur du langage de programmation informatique Scala qu’utilise notamment Twitter) de publier son cours sur internet. En septembre 2012, ce premier cours en ligne de l’EPFL démarre. 50  000 personnes s’enregistrent, puis 10  000 s’inscrivent à l’examen.

De son côté, Ariane de Rothschild s’intéresse à l’éducation en ligne de longue date. Un ami commun organise une rencontre. «Lorsque je suis arrivé à Pregny, je m’attendais à subir un examen terrible et je vois une personne enthousiaste à l’extrême, qui comprend et avec qui je partage cette même passion. C’est un grand moment», a relevé Patrick Aebischer lors d’une rencontre organisée à Pregny le 19 mai dernier, dans le cadre de la sortie de sa biographie rédigée par le journaliste de Bilan Fabrice Delaye.

Pourquoi cet intérêt pour les MOOCs? «Avec les adresses IP, on peut savoir où se trouvent les étudiants. Avec le cours du professeur Odersky, ils étaient beaucoup aux Etats-Unis, en Russie, en Ukraine, et on distinguait des petits points au-dessus du continent africain: Rwanda, Burundi, etc. Cela m’a fasciné de comprendre qui étaient ces étudiants au milieu d’un continent où l’on ne s’imagine pas prendre l’un des cours les plus sophistiqués d’informatique. C’est là qu’est né notre désir de lancer ces MOOCs.» «Je me suis toujours dit que si un jour j’avais la chance de rendre à ce continent ce qu’il m’avait donné, je le ferais», explique pour sa part Ariane de Rothschild.

Aujourd’hui, l’EPFL est en train de créer toute une série de cours bilingues dédiés à l’Afrique, avec le soutien financier des Fondations Edmond de Rothschild. Par exemple, l’un porte sur l’entrepreneuriat en Afrique et s’intitule «Comment lancer une start-up». Un autre, dénommé «Villes africaines: gestion et planification urbaine», a été élaboré par Jérôme Chenal, architecte et urbaniste, avec des confrères de Dakar et d’Abidjan. 

Voyages sur place

«L’idée est de favoriser au maximum le codéveloppement, d’où l’idée de faire travailler ensemble des professeurs de ces pays», explique le directeur général des Fondations Edmond de Rothschild, Firoz Ladak. Ce dernier a accompagné à plusieurs reprises une équipe de la haute école suisse sur place en Afrique, pour examiner les nombreux problèmes, notamment techniques. «Nous ne sommes pas là juste pour signer des chèques. Un comité exécutif se réunit très régulièrement pour évaluer les résultats», ajoute-t-il.

Détail représentatif de l’état d’esprit des dirigeants de l’école lausannoise: ce sont ses propres professeurs qui se rendent sur place en Afrique, sur les campus, pour y installer des antennes et poursuivre la mise en œuvre de MOOCs collaboratifs. Il faut dire qu’il existe une saine émulation entre les professeurs qui souhaitent chacun pouvoir déclarer être suivis par 50  000 ou 100  000 étudiants.

Comme l’a précisé Patrick Aebischer lors de la rencontre avec Ariane de Rothschild, «nous arrivons, au travers d’une technologie relativement simple, à avoir un impact. C’est cela que je trouve extraordinaire. Aujourd’hui, à l’EPFL, nous enregistrons davantage d’étudiants suivant nos MOOCs que nous en avons sur le campus. Nous sommes en train d’atteindre le nombre d’un million d’étudiants en ligne. Même s’ils ne finissent pas tous, c’est fantastique! Et s’il y en a 200  000 qui finissent, c’est remarquable.»

La baronne a quant à elle souligné l’impact positif qu’ont les MOOCs: «Ces cours offrent un système éducationnel le plus juste possible. Ils offrent la possibilité de former et d’accompagner une nouvelle génération de professionnels et d’entrepreneurs africains.» Et de poursuivre: «Je pense que les MOOCs sont un moyen très puissant pour démocratiser le savoir, pouvant à terme avoir un impact sur l’ensemble des sociétés africaines.»

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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