Bilan

L’avenir des Diablerets sera bientôt fixé

Les projets visionnaires portés par les familles Siem et de Picciotto sont définitivement enterrés. Reste l’inconnue du devenir de la petite station d’Isenau.

Le projet d’une télécabine panoramique de 8 places reliant Villars à Glacier 3000 ne verra pas le jour.

Crédits: Florian Cella

«Nous avons sous-estimé la résistance des autorités et de la population au changement. Nous nous sommes heurtés systématiquement à des oppositions», regrette Alessandra de Picciotto, actionnaire à raison de 43,6% de l’ex-Diablerets Vrai Village de Montagne (DVVM) via Diabolo Holding et rebaptisée récemment Diablerets Immobilier. Arrivée en 2006 aux côtés de l’armateur norvégien Kristian Siem, elle a longtemps cru possible un développement à la fois moderne et harmonieux de cette petite station des Alpes vaudoises. 

De quel projet visionnaire parle-t-on? Le projet DIP, pour Diablerets-Isenau-Pillon, entendait relier Villars au Glacier 3000 avec une nouvelle télécabine panoramique de 8 places. Un trajet qui n’aurait pris que 15 minutes pour quelque 1200 personnes à l’heure. Le coût de l’opération était de 34 millions pour remplacer la télécabine actuelle, dont la concession pour Isenau arrivera à terme en 2017. Une façon de répliquer la réussite commerciale des 3-Vallées et de désenclaver à la fois Villars, les Diablerets et le domaine de Glacier 3000.

Cette installation devait survoler le village à l’aide notamment de deux pylônes de 30 m (l’un situé sur le plateau des Isles et l’autre sur l’emplacement actuel du départ pour Isenau) avec l’aide de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) et de son directeur d’alors, Pierre Keller. Ce projet n’a malheureusement pas pu voir le jour, notamment en raison du combat de quatre propriétaires privés qui se sont battus jusqu’au bout pour ne pas être survolés par des cabines.

Parallèlement au volet remontées mécaniques, DVVM avait prévu un volet immobilier. «C’est ce volet qui devait permettre de dégager des marges qui auraient été réinjectées dans les remontées mécaniques, lesquelles n’avaient aucune réserve financière, observe Alessandra de Picciotto. Nous avons pu réaliser Mon Abri, livrée en 2008-2009, une résidence de 30 appartements en PPE, dotée d’un fitness, d’un sauna, d’une salle de jeux et d’un carnotzet. Et en 2013, l’Hôtel des Diablerets a été transformé pour devenir la Résidence Ermitage avec 41 appartements en PPE. Ce sont les deux seules promotions qui ont eu le temps de voir le jour.»

Diablerets Immobilier possède encore l’Hôtel du Chamois, un 3-étoiles, environ 35  000 m2 de terrains agricoles, deux restaurants d’altitude et un chalet loué à un restaurateur au centre du village et d’autres petits actifs immobiliers. «Les terrains agricoles auraient dû être dézonés en zone hôtelière pour y créer un hôtel inspiré des Fermes de Marie à Megève, sauf que la nouvelle loi d’aménagement du territoire (LAT) a été adoptée», indique encore Alessandra de Picciotto.

«En 2013-2014, nous nous sommes rendu compte que développer la station dans ces circonstances était devenu très difficile. Dès lors, la décision a été prise au sein de DVVM (détenue à raison de 56,4% par Kristian Siem et 43,6% par Diabolo Holding) de rationaliser notre investissement et notamment de céder toutes les installations de remontées mécaniques que nous possédions via TéléDiablerets (DVVM en détenait 94,65% et la commune d’Ormont-Dessus 5,35%)», raconte Alessandra de Picciotto.

Cette cession est intervenue en octobre 2015. Elle correspondait pleinement à la volonté des autorités vaudoises: le canton avait posé comme condition préalable au financement de plusieurs dizaines de millions dévolus au ski que les sociétés de remontées mécaniques des Alpes vaudoises se regroupent (par fusion et/ou par coopération). En effet, en mars 2015, le gouvernement vaudois a présenté un plan intitulé «Alpes vaudoises 2020» qui identifie les besoins et débloque une subvention cantonale de 46 millions de francs pour la période 2016-2023. N’oublions pas que les Jeux olympiques de la jeunesse se dérouleront en 2020 dans les Alpes vaudoises.  

4 millions à trouver

Reste maintenant une inconnue. La télécabine actuelle qui relie Les Diablerets au domaine d’Isenau cessera son activité le 30 avril 2017. Pour que ce domaine survive et ouvre lors de la saison hivernale 2017-2018, il est nécessaire de reconstruire totalement cette installation. Ce projet fait partie du programme «Alpes vaudoises 2020» et pourra bénéficier d’une aide cantonale pour autant que 30% du budget soit apporté sous forme de fonds propres.

Le coût de la nouvelle télécabine étant estimé à 14 millions, cela signifie qu’il faut trouver 4 millions. La récolte de fonds auprès de la population et des entreprises suit son cours. Il manque encore 1 million de francs. Il reste encore à régler, avec certains propriétaires, la question du droit de passage de la nouvelle télécabine, car ce dernier devra être élargi à 13 m, soit 6 m de plus qu’avec les cabines actuelles qui ne pouvaient accueillir que 4 personnes.

De son côté, précise Alexandra de Picciotto, «les représentants de Diablerets Immobilier espèrent que le renouvellement de la station d’Isenau pourra se concrétiser pour le bien de la station, de son économie locale, et, par conséquent, favoriser le développement immobilier de la station, notamment par la vente de nos appartements de la promotion Ermitage».  

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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