Bilan

L'approche de Noël rend les employés moins productifs

Tout au long du mois de décembre, la concentration des employés baisse. A l'approche des fêtes, la productivité est en chute libre et moins d'un salarié sur 10 est encore focalisé sur ses missions, comme le confirme une étude menée au Danemark pour la startup Peakon.
  • La concentration des salariés baisse progressivement en décembre.

    Crédits: Image: eBay/Pinterest
  • Part des salariés qui ne sont plus concentrés sur leurs missions professionnelles à l'approche de Noël.

    Crédits: Image: Peakon
  • Les jeunes générations déconnectent plus tôt de leurs missions en décembre que leurs aînés.

    Crédits: Image: Peakon

Fuites du bureau pour aller acheter les cadeaux, pause méridienne qui s'allonge, consultations de sites d'e-commerce, conversations téléphoniques à rallonge avec la famille, notes pour le choix du menu du réveillon ou encore rédaction de cartes de voeux personnelles: le mois de décembre n'est pas seulement synonyme d'Avent au sens religieux, mais aussi d'avant fêtes. Et pour nombre de salariés, la concentration baisse significativement, comme vient de le rappeler une étude menée au Danemark pour le compte du cabinet digital Peakon.

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Selon les résultats de cette enquête, plus de la moitié des collaborateurs ne sont plus concentrés sur leurs missions à partir du 16 décembre (54%), soit à plus d'une semaine de Noël. Et ce taux dépasse les 70% le 21 décembre. Rien de très étonnant à quelques heures du réveillon de la Nativité. Mais la réelle surprise se situe dans la précocité du phénomène: 12% des collaborateurs ne sont déjà plus focalisés sur leurs tâches dès la fin du mois de novembre, et ils sont plus d'un quart (26%) dès le 9 décembre.

Part des employés déconcentrés à l'approche de Noël

En fait, ce phénomène peut s'expliquer par plusieurs facteurs. D'une part l'importance croissante des événements commerciaux organisés fin novembre comme le Black Friday (tombé le 25 novembre cette année) ou le nouveau-venu Cyber Monday (survenu le 28 novembre en 2016). Des opérations venues d'outre-Atlantique et qui tendent à se généraliser en Europe, avec des offres commerciales fortes de nature à détourner les collaborateurs de leurs tâches quotidiennes. Ce qui fait dire à Dan Rogers, cofondateur de Peakon, que «Noël semble débuter un peu plus tôt chaque année. Quand je suis entré dans la vie active il y a 15 ans, nous avions de la chance si nous pouvions bénéficier d'une demi-journée de congés à la veille de Noël. Désormais, il semble que la semaine entière qui précède Noël est sinistrée en termes de productivité, et dans de nombreux cas la semaine qui suit Noël l'est d'ailleurs aussi».

Les jeunes générations lâchent prise plus tôt

Mais les opérations commerciales précoces séduisent surtout une clientèle jeune. Or, le phénomène de cette déconnexion avec les missions professionnelles semble bien plus marqué chez les jeunes travailleurs: 15% des 18-24 ans et 14% des 25-34 ans ont déjà la tête ailleurs fin novembre, 36% des 18-24 ans ne sont plus focalisés sur le travail le 11 décembre quand moins de 20% des 35-44 et des 45-54 ans sont dans cette situation; et les groupes les plus âgés (35-44 ans, 45-54 ans et plus de 55 ans) restent focalisés sur leurs tâches à plus de 50% jusqu'au début de la semaine qui précède Noël (quand 66% des 18-24 ans et 57% des 25-34 ans ont déjà la tête ailleurs).

La concentration au travail en décembre par tranches d'âges

Dan Rogers ne nie pas ce différentiel entre les différentes classes d'âges: «Il y a clairement un fossé générationel en jeu dans les attentes par rapport à Noël. Les anciens ont été habitués à traiter le mois de décembre dans sa majeure partie comme n'importe quel autre mois de l'année. La génération X au contraire a grandi avec ces événements festifs et opérations en tous genres qui commencent dès novembre. Ce n'est donc pas une surprise qu'ils réduisent la voilure si tôt à l'approche de Noël». En contrepartie, comme l'ont démontré de nombreuses études, ces jeunes collaborateurs n'hésiteront pas, en cas d'urgence ou de nécessité, à consacrer une ou plusieurs heures au travail au beau milieu des fêtes ou pendant leurs congés.

Solutions pour limiter la déconcentration

Dès lors, comment adapter l'organisation du travail? Dan Rogers donne quelques pistes comme de ne pas organiser d'entretiens annuels d'évaluation en décembre (la baisse de motivation des collaborateurs pourrait en être accrue en décembre), d'organiser la fête de Noël du travail le plus tard possible (la perspective de ce moment de partage convivial motive les collaborateurs dans les jours qui la précèdent), de consacrer les derniers jours avant Noël à des brainstormings ou des ateliers créatifs, voire au développement de micro-projets personnels (plus motivants et stimulants sur le plan intellectuel), de finir le dernier jour avant Noël sur une note conviviale comme organiser un apéritif en fin de journée ou inviter l'open-space dans un bar (en s'assurant que tous les délais impératifs ont été fixés à la veille de ce dernier jour), ou encore de fermer les bureaux entre Noël et Nouvel An (la perspective de congés peut motiver les collaborateurs pour un effort dans la dernière ligne droite).

Basée sur les déclarations des personnes sondées, l'enquête menée par Peakon reste évidemment incomplète et ne prend compte que les estimations des employés à l'instant où la question leur a été posée. Il est notamment possible également que les attitudes des jeunes collaborateurs évoluent avec le temps et qu'ils se focalisent davantage, année après année, sur leurs missions professionnelles en décembre. Mais, si ce n'était pas le cas, un véritable changement de paradigme s'imposerait dans l'univers professionnel, avec des modalités à repenser totalement.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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