Bilan

L’apprentissage, un joyau en danger

La formation professionnelle duale est sous pression en raison du vieillissement démographique. Or, elle joue un rôle stratégique dans l’efficience du marché du travail helvétique.
  • Plus de deux tiers des jeunes Helvètes optent pour l’apprentissage.

    Crédits: Philippe Maeder

Avec environ 230 formations disponibles, l’apprentissage figure parmi les principaux socles sur lesquels repose la compétitivité de l’économie helvétique. Plus de deux tiers des jeunes Helvètes optent pour ce système de formation (à l’école et en entreprise ou uniquement à l’école) qui permet d’acquérir de solides connaissances professionnelles dont profitent ensuite les entreprises. Ce succès retient l’attention hors de nos frontières, y compris aux Etats-Unis et en Asie.

En 2014, les dirigeants du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation ont reçu la visite de vingt-quatre délégations étrangères venues à Berne pour comprendre les miracles d’un marché du travail caractérisé par un faible taux de chômage. 

Or, dans le même temps, les risques s’accroissent sur ce modèle. Le principal danger réside dans le vieillissement de la population. L’évolution démographique se lit déjà dans les statistiques de la formation professionnelle. L’offre de places d’apprentissage dépasse la demande.

Entre 2007 et 2014, le pourcentage d’emplois non pourvus a augmenté, pour passer de 4 à 8% en raison notamment du manque de postulants qualifiés et parce que les jeunes adolescents choisissent davantage la voix du baccalauréat. A court terme, rien ne changera. Selon l’Office fédéral de la statistique, le nombre d’adolescents qui termineront leur scolarité reculera de 7% (de 82 000 à 76 000) d’ici à 2018. Puis, il remontera à nouveau légèrement. 

Comment relever ce défi?

Plusieurs initiatives ont déjà été prises par la Confédération et des cantons, en particulier par Neuchâtel et Genève. D’abord, il s’agit de valoriser ou de revaloriser l’apprentissage. Selon une étude publiée en 2012, la moitié des personnes qui avaient été sondées estimait que le statut social des apprentis est inférieur à celui des gymnasiens. Ensuite, il est nécessaire d’améliorer le passage entre la fin de la scolarité et le début de la première année de formation.

Seuls 44% des adolescents commencent immédiatement une formation duale après l’école obligatoire. Ce qui pose la question de la qualité des compétences acquises précédemment. Une partie des postulants ne parvient pas à répondre aux exigences accrues des patrons, lesquelles découlent du développement technologique et de la complexité toujours plus importante de certains métiers. On entre ainsi toujours plus tardivement en apprentissage et après avoir suivi un cursus complémentaire (école de culture générale, année linguistique, etc.). Enfin, il s’agit d’adapter en permanence la formation professionnelle à l’évolution de la technologie.

Du maintien d’un système de formation duale de qualité dépend l’employabilité des personnes actives à l’emploi. Comme le réaffirme l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans sa dernière étude consacrée à notre pays, «l’efficience du marché du travail suisse dépend fortement du rôle stratégique joué par la formation professionnelle initiale et la formation professionnelle supérieure». Si la Suisse ne  parvient ni à former suffisamment de jeunes ni à recruter de la main-d’œuvre étrangère, son avenir s’assombrira rapidement.  

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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