Bilan

L'ancienne maîtresse de Falciani balance son ex

Georgina Mikhael décrit l’ancien informaticien d’HSBC comme un manipulateur et un voleur dans le Vanity Fair espagnol.
Son ancienne amie présente Hervé Falciani comme un escroc manipulateur Crédits: KEYSTONE/Paul Boursier

"Falciani n’est pas un Robin des Bois, mais un voleur qui a dérobé des données à la banque HSBC pour les monnayer." On le devine, Georgina Mikhael et Hervé Falciani ne sont plus en très bons termes. Cette Franco-libanaise de 38 ans, aujourd’hui domiciliée au Liban, a été durant deux ans sa maîtresse, alors qu'il est toujours marié et père d'une fille. A la fin mai, elle l’accablait dans le Vanity Fair espagnol, soutenant avoir été utilisée par un manipulateur né.

"Il m’a finalement avoué un jour qu’il était entré chez HSBC uniquement pour voler des données.” Hervé Falciani lui aurait déclaré: “Peu importe les obstacles, seul compte le but final. J’ai commencé à Monaco et je suis arrivé jusqu’ici. Avec les informations que j’ai en ma possession, on peut gagner beaucoup d’argent.”

Se disant menacé en Suisse, Hervé Falciani avait fui en Espagne où il a finalement été arrêté à Barcelone en 2012. Ce printemps, la justice espagnole a refusé de l'extrader vers la Suisse, qui l'accuse de vols de fichiers bancaires. Parallèlement, on a appris le 5 juin dernier par challenges.fr que sur les 3000 noms remis en 2009 à la justice française, il n'y aurait que 86 poursuites en cours pour fraude fiscale.

Quelque 130 000 données volées 

Hervé Falciani, c’est cet employé de HSBC Genève qui, entre 2006 à 2008, avait dérobé une base de données portant sur l’identité de 130 000 supposés fraudeurs à travers le monde. Des informations ensuite proposées aux gouvernements de divers pays cherchant à récupérer des milliards d'euros d'impôts impayés. Il s’agissait de l’un des tout premiers vols de données à s’inscrire dans le contexte de la guerre fiscale contre la Suisse.

Falciani a adopté une posture de Robin des Bois dénonçant un système bancaire suisse opaque. Une motivation que dément formellement son ex-amie. “Il voulait bel et bien devenir millionnaire.”

Revenons en 2006. A cette date, Hervé Falciani a 34 ans. Il vient d’être transféré à l’interne de HSBC Monaco à Genève avec pour mission d’améliorer les programmes qui gèrent les banques de données de la banque. Il n’a pas encore d’appartement et loge à l’hôtel Montbrillant, derrière la gare Cornavin. Sportif et séducteur, il se rapproche rapidement de Georgina, qui vient de quitter la France pour Genève, où elle rejoint le personnel informatique de HSBC.

Son ancienne amie affirme que trois mois après avoir fait sa connaissance, Hervé Faciani lui proposait déjà de créer une société. Son activité: exploiter des listes de clients potentiels à vendre aux banques. Des données publiques, accessibles sur Internet, lui soutient-il. Falciani créera la société avec son frère et deux amis.

En janvier 2007, le couple part au Liban. A Beyrouth, les deux prennent contact avec différentes représentations de banques pour tenter de vendre la liste de clients HSBC dans le monde. Dans l’un des établissements, Audi Bank, une employée identifie des données sensibles et prévient l’Association Suisse des Banquiers.

Démarches auprès des services secrets

Les mois passent et les démarches restent infructueuses. Au début de l’été, Hervé Falciani opte pour la clientèle des services secrets.

Georgina lui trouve le numéro du Bundesnachtendienst, les services secrets allemands. Les amants font des appels durant la pause de midi à quatorze heures à partir de la cabine de téléphone jouxtant le club de gym de Falciani. Il se révélera par la suite que Falciani a certainement établi des contacts avec les autorités allemandes, françaises et américaines. Georgina Mikhael affirme que Falciani a touché 2,5 millions de l’Allemagne. Cette dernière n’a jamais confirmé la transaction.

En décembre 2008, Hervé Falciani est arrêté par la police helvétique. Après des heures d’interrogatoire, il est libéré et prend la fuite avec sa femme légitime et son enfant pour se réfugier en Espagne. L’informaticien et sa compagne étaient surveillés depuis l’alerte donnée par Audi Bank.

Vanity Fair présente Georgina comme aujourd’hui détruite. Elle se sent menacée par des espions comme des millionnaires persuadés qu’elle en sait trop. Elle a également peur de Falciani qui l’aurait menacée et craint pour sa vie. Sans amis à Genève, elle est repartie pour le Liban, où elle n’a pas retrouvé de travail.

 

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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