Bilan

L'ambassadeur britannique auprès de l'UE démissionne

Ivan Rogers, nommé ambassadeur britannique auprès de l'UE par l'ancien Premier ministre David Cameron, aurait dû jouer un rôle de premier plan dans les négociations sur le Brexit.

En octobre, M. Rogers avait relevé le risque que le futur accord soit rejeté par les parlements de ces pays, qui devront tous être consultés.

 

Crédits: Reuters

Nouvelle embûche sur le chemin du Brexit: l'ambassadeur britannique auprès de l'Union européenne, fin connaisseur des dossiers européens, a démissionné mardi, moins de trois mois avant le déclenchement du Brexit.

Ivan Rogers, nommé en novembre 2013 par l'ancien Premier ministre David Cameron, aurait dû jouer un rôle de premier plan dans les négociations sur la sortie du Royaume-uni de l'UE.

Changer d'ambassadeur, si près d'une échéance stratégique dans ce dossier, "n'est pas idéal", a regretté Hilary Benn, président de la Commission parlementaire sur le Brexit, sur la BBC.

La Première ministre conservatrice Theresa May doit en effet activer l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui ouvrira les négociations de sortie, avant la fin du mois de mars. Cela lancera un compte à rebours de deux ans, à l'issue desquels le Royaume-Uni quittera le bloc européen.

Avec la démission de M. Rogers, confirmée par le ministère des Affaires étrangères, Mme May perd "l'un des rares responsables de haut niveau britannique à comprendre l'UE", a estimé le directeur du centre d'études sur les questions européennes Centre for European Reform, Charles Grant. 

"Les 27 prendront la démission de M. Rogers comme un signe que le gouvernement May préfère gagner les faveurs des (euro)sceptiques purs et durs plutôt que de garder son expert de haut niveau sur l'UE", a-t-il ajouté.

Cette démission a en revanche été saluée par les partisans d'une sortie sans compromis de l'UE, à l'instar d'Arron Banks, le président de "Leave.EU", une organisation pro-Brexit.

"Zone d'incertitude dangereuse"

"C'est un homme qui affirmait qu'il faudrait dix ans pour faire un accord sur le Brexit", a-t-il déclaré dans un communiqué. "En démissionnant, il a enfin pris la décision qui s'imposait".

Nigel Farage, ex-chef du parti europhobe Ukip, a salué ce départ, affirmant sur twitter que "le Foreign Office a besoin d'un grand ménage".

Le ministère des Affaires étrangères n'a pas commenté les raisons de cette démission. Mais le diplomate s'était récemment attiré les foudres des partisans d'une coupure nette et radicale avec l'UE.

Le mois dernier, il avait été au coeur d'une polémique après la fuite de propos tenus devant des ministres britanniques. Il leur avait expliqué qu'aux yeux des 27 autres Etats membres de l'UE, la signature d'un nouvel accord commercial entre le Royaume-Uni et l'UE post Brexit n'interviendrait pas avant une bonne dizaine d'années.

Lors de cette rencontre, en octobre, M. Rogers avait également relevé le risque que le futur accord soit rejeté par les parlements de ces pays, qui devront tous être consultés.

"Ce n'est pas la position de Sir Ivan Rogers et ce n'est pas la position du gouvernement", avait réagi le porte-parole de Downing Street. "L'ambassadeur a répercuté des avis qui lui sont parvenus, comme il se doit", avait-elle ajouté, réaffirmant l'objectif du gouvernement d'arriver à un accord pendant les deux ans de négociations.  

Les propos d'Ivan Rogers avaient déclenché la fureur des partisans du Brexit tandis que des sources diplomatiques à Bruxelles avaient estimé que le diplomate avait peut-être été la victime de pro-Brexit soucieux de se débarrasser de lui.

"Sa démission n'est pas une surprise pour ceux qui travaillent avec lui", a commenté un diplomate européen. "Il était très compétent, mais pas convaincu par la décision d'un Brexit et la ligne du gouvernement britannique, qui entraînera le Royaume-Uni dans une zone d'incertitude dangereuse".

Un porte-parole de la représentation britannique à Bruxelles a précisé que M. Rogers, qui devait rester en poste jusque octobre, quitterait ses fonctions dans les semaines qui viennent. Son remplaçant "sera nommé prochainement", a-t-il ajouté.

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