Bilan

L’agenda numérique suisse en quête d’un leader

En matière de gouvernance du numérique, la Suisse pourrait s'inspirer de l'approche transversale et décloisonnée adoptée par la France.

« On constate un manque de maturité des politiciens sur ces sujets », n’a pas manqué de rappeler Jean-Christophe Schwaab. 

Pour la deuxième année consécutive, un débat autour de la création d’un agenda numérique pour la Suisse était organisé à la conférence lift ce 12 février. Objectif annoncé : promouvoir un outil national pour la gouvernance de ce domaine, dans le cadre d’un contexte économique, juridique et sociétal d’une portée désormais internationale.

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Sous l’égide du Professeur Jean-Henry Morin (auteur d’un ouvrage sur la responsabilité numérique), la session – en comité restreint – s’est ouverte sur l’intervention de Yann Bonnet, secrétaire général du Conseil national du numérique en France. Par écrans interposés, ce dernier a donné le ton: « le numérique est politique ! »… Une interpellation qui a mis en lumière les enjeux cachés de tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la technologie, mais surtout, à la culture numérique.

En effet, si nul ne renie l’importance grandissante des champs impactés par la 4ème révolution industrielle, la plupart des leaders d’opinion peinent encore à y trouver des leviers d’influence aussi bien économiques qu’électoraux, préférant dès lors en ignorer l’aspect transversal pour se concentrer sur des domaines spécifiques et porteurs, tels que la sécurité ou le Big data.

La France, bien connue pour sa capacité à centraliser, a, suite à l’échec de la loi Hadopi, formé son Conseil national du numérique, composé de 30 experts indépendants et bénévoles, qui ont pour mission d’étudier et de développer des projets sur l’ensemble des thèmes liés au numérique, de l’éducation à l’évolution du monde du travail, en passant par les villes de demain ou les services liés à la mobilité. Un service externalisé, certes, mais directement « connecté » aux arcanes du pouvoir, et notamment à Matignon. Une démarche qui a certes provoqué quelques désagréments aux lobbys traditionnels, mais qui a eu le mérite d’apporter une approche décloisonnée du sujet, facteur clé du succès dans le numérique.

Manque de maturité des politiciens 

Quid de la Suisse, et quel retour d’expérience des initiatives lancées en 2015 lors de la précédente édition de lift ? Premièrement, grâce à l’effet Davos 2016, le sujet qui paraissait jusqu’ici confidentiel et peu porteur, semble désormais cristalliser les ambitions, les frustrations et les volontés individuelles ou collectives ; ensuite, contrairement à l’Etat suédois qui a pris le taureau par les cornes dès les années 90 en instaurant une vraie politique visant à rendre le numérique accessible à tous, la plupart de nos dirigeants politiques continuent d’axer leurs efforts sur l’actualité immédiate, certes beaucoup plus porteuse en termes d’agenda électoral, néanmoins peu pertinente dès lors qu’il s’agit d’imaginer la société de demain, et de s’y préparer.

« On constate un manque de maturité des politiciens sur ces sujets », n’a pas manqué de rappeler Jean-Christophe Schwaab tout en soulignant que le PS avait déjà posé les fondamentaux d’une « vision numérique », en intégrant notamment des externes dans sa conception.

Enfin, on ne peut nier que les initiatives de sensibilisation et les projets se multiplient dans toute la Suisse, qu’il s’agisse de programmes locaux ou nationaux, d’associations civiles ou académiques, tous n’attendant plus que la coordination et la volonté d’intégrer réellement le numérique au niveau national, afin de ne pas rater les opportunités qui s’offrent à la Suisse au niveau mondial. Car il semblerait que l’inertie des institutions ne fasse décidément pas bon ménage avec l’accélération des changements induits par le numérique.

In fine, ont convenu les intervenants, il semblerait que le seul ingrédient manquant soit l’émergence d’un vrai leader, légitime à gauche comme à droite, pour les Alémaniques comme pour les Romands ou les Tessinois, capable de porter un projet qui déterminera la place de la Suisse au XXIème siècle.  

 

*spécialiste en transformation digitale

 

Aline Isoz*

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