Bilan

Jonathan Normand: «faire de la politique en étant un entrepreneur engagé»

Il a passé dix ans dans le secteur de la finance pour ensuite incarner dans toutes ses activités le capitalisme conscient . Jonathan Normand, à la tête de l’ONG Best for Geneva et cofondateur de l’antenne suisse du réseau de certification éthique B Lab est aujourd’hui un chantre de l’économie inclusive. Itinéraire.

Jonathan Normand est impliqué dans plusieurs associations promouvant l’économie durable à Genève. «C’est quelqu’un de très collectif», assure Benoît Greindl, le président de B-Lab Suisse.

Crédits: B Corp Switzerland

Les murs du bureau où il reçoit sont entièrement dépouillés, la pièce est nue. Jonathan Normand n’a pas le temps pour la décoration. Il se concentre sur l’essentiel, sur une tâche de longue haleine: entraîner l’économie genevoise sur la voie de la durabilité. Et ce, via des engagements multiples mais cohérents (voir encadré). Au fil des années, ces mandats se sont enchaînés, l’un entraînant l’autre. Le plus chronophage d’entre eux vient tout juste de débuter. En créant l’ONG et le programme Best for Geneva, initié début 2018 avec le soutien de l’Etat de Genève, Jonathan Normand a réussi un tour de force: 32 partenaires s’engagent à accompagner le secteur privé vers l’économie inclusive, terme que Jonathan Normand préfère à celui de durabilité, car il inclut quatre dimensions, sociale, environnementale, économique et de gouvernance.

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Ce modèle de croissance économique se veut donc stable, durable, solidaire et participatif Au niveau européen, l’initiative est pionnière. «Nous n’avons pas à rougir de ce projet», reconnaît modestement Jonathan Normand, conscient du travail déjà accompli. «Il est à la hauteur des challenges à relever pour l’Agenda 2030», fixé par l’ONU.  Surtout, Best for Geneva est soutenu par les autorités cantonales, et propose sur un an, une série de formations pour les entreprises participantes, pour qui tout le programme est gratuit.

Responsabiliser

La durabilité n’est donc plus seulement réservée à une avant-garde pionnière mais désormais à portée de tout un chacun. Prochaine étape, un mandat politique, pour mettre ces questions sur la table? Jonathan Normand ne réfute pas radicalement «…il ne faut jamais dire jamais…», mais clairement dans l’immédiat, ce n’est pas ce qui l’intéresse. «Je ne veux pas de poste. Il y a différentes façons de faire de la politique, la meilleurs d’entre elles c’est d’être entrepreneur engagé».

C’est clairement cette voie qu’il a lui-même choisie. D’abord en 2009, lorsque, en quête de sens, il quitte la finance, pour lancer Codethic avec Patrick Sulzer. Avec cette PME, ils accompagnent des centaines d’entreprises dans leur stratégie vers la durabilité. «Nous étions pionniers. Nous avons réalisés de gros programmes pour Japan Tobacco ou le gouvernement des Emirats arabes Unis», raconte Patrick Sulzer, aujourd’hui associé administrateur de la fiduciaire suisse M/HQ à Dubaï, qui salue «la fidélité et l’engagement» de son associé d’alors.

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Ensuite en 2017, lorsqu’il abandonne ce premier projet qui ne lui «suffisait plus» pour fonder B-Lab Suisse. Un choix «courageux», souligne Benoît Greindl, qui a cofondateur l’ONG avec lui et est à la tête du centre Montagne Alternative, dans le Valais, première entreprise à avoir été certifiée B Corp en Suisse et lieu de rencontre de plusieurs cadres et dirigeants qui cherchent, comme Jonathan Normand à mettre en place un «capitalisme conscient». «Il a accepté de quitter sa propre structure pour intégrer une association et le contrôle d’un conseil d’administration». «Je voulais quelque chose de plus systémique, de plus structuré pour faire progresser la société par l’économie, mais de manière méta, avec un mouvement», justifie Jonathan Normand.

Entrepreneur engagé

«Autonomiser, responsabiliser», sont des termes qui reviennent régulièrement chez lui. S’il est aujourd’hui omniprésent sur la scène associative, Jonathan Normand n’a pas le syndrome du ‘gourou’, bien au contraire. Son slogan? «Donner le pouvoir aux gens». D’ailleurs lorsqu’on lui demande quelle théorie sous-tend son action, il préfère tendre directement le livre de Frédéric Laloux, Reinveting Organisations, que de le résumer. L’ouvrage explique comment passer d’entreprises aux structures hiérarchiques et autocratiques à une gouvernance dynamique. Un mode d’organisation qui permet de faire émerger l’intelligence collective et l’efficience organisationnelle, prisé par l’entrepreneur entrepreneur, qui reste conscient des risques des entreprises «libérées», notamment de «trop solliciter les collaborateurs».

Dans le domaine associatif, Jonathan Normand semble avoir trouvé sa voie. Outre une solide routine «personnelle, physique et spirituelle» note Benoît Greindl, il trouve le temps, entre deux rendez-vous de se recentrer grâce à la méditation pleine conscience, de manière à être parfaitement présent pour son interlocuteur. «Je le sens plus apaisé, plus serein», note Patrick Sulzer qui souligne combien la personnalité de Jonathan Normand est «complexe». «Il est à la fois individualiste et autonome, mais il mise totalement sur le collectif». La définition même de l’entrepreneur engagé.

Lundi 12 mars, le programme Best for Geneva qu'il pilote avec un grand nombre de partenaires publics et privés du canton a vu la première réunion publique se tenir à la FER-Genève: l'occasion de constater que le monde de l'économie semble largement prêt à s'engager dans cette voie de l'économie inclusive. Encore un nouveau défi d'ampleur.

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Camille Andres

JOURNALISTE

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