Bilan

«Je veux faire renaître Beaulieu»

Depuis un an à la tête de la Fondation de Beaulieu, Nicolas Gigandet tente d’insuffler un nouvel élan à l’institution événementielle lausannoise.

jacobmullerphoto.com

Nicolas Gigandet le reconnaît lui-même, il n’est pas le spécialiste de l’événementiel qu’on attendrait à la tête d’une institution comme Beaulieu. Après une partie de carrière chez General Motors, l’homme a basculé à la planification financière du Département de la défense à Berne avant de revenir sur ses terres en tant que directeur financier de l’Etat de Neuchâtel. Un profil financier et une habitude à négocier tant avec les banques qu’avec les pouvoirs publics qui en ont fait un choix logique pour succéder à l’ancienne direction de la Fondation de Beaulieu – en difficulté de trésorerie – débarquée en catastrophe fin 2017. Un audit de la Ville de Lausanne avait alors constaté la cession douteuse de marchés pour plus de 20 millions à des sociétés proches du secrétaire général. Conscient du déficit d’image
du Centre de Congrès et d’exposition, Nicolas Gigandet ambitionne de reconquérir les Lausannois en faisant de ce site le pôle d’attractivité du nord de la ville.

Vous avez repris une situation financière critique. Où en est la procédure à l’encontre de l’ancienne direction et comment se porte la Fondation de Beaulieu désormais?

La procédure à la suite de la dénonciation pénale est en cours et il n’y a pas de décision prononcée à ce jour. Concernant la Fondation de Beaulieu, les difficultés de trésorerie étaient réelles et une partie de l’argent des emprunts hypothécaires se retrouvait affectée à la trésorerie courante. Il a fallu établir un plan de liquidités d’urgence pour couvrir les frais de personnel, le paiement des fournisseurs et assurer le chantier de l’Ecole de La Source. A la suite des discussions avec les acteurs politiques et bancaires, nous sommes parvenus à une consolidation. En matière d’organisation, nous avons internalisé les fonctions décisionnelles,
à commencer par la mienne, qui étaient auparavant sur mandat et créé trois départements.

Dès l’année prochaine, la fondation sera transformée en société anonyme, propriété de la Ville de Lausanne. Le Canton abandonnera un prêt de 15 millions et une subvention communale sera votée pour assurer la couverture des charges d’amortissement et financières. Ce modèle financier réaliste et assumé permettra d’éviter de reproduire les erreurs du passé. 

En mars, le salon Habitat-Jardin a attiré quelque 68 000 visiteurs, soit 8% de moins qu’en 2018. (Crédits: Fondation de Beaulieu/3Traits, Dr)

Beaulieu doit faire face à la disparition du Comptoir Suisse et pâtit d’un déficit d’image. L’organisateur bâlois MCH a pu être perçu négativement. Comment évoluent les relations avec ce groupe?

Les relations sont bonnes. MCH reste une référence et a apporté des concepts importants sur le site de Beaulieu tels qu’Habitat-Jardin ou Mednat. En revanche, MCH assurait une partie de l’exploitation de Beaulieu, ce qui n’est désormais plus le cas. La fondation exploite et MCH est un client important, mais un client parmi d’autres. Il est vrai qu’on a pu reprocher au groupe bâlois une forme d’éloignement du terroir et des manières de fonctionner romandes. Nous y sommes sensibles. Le premier Comptoir helvétique qui aura lieu en septembre sera axé sur le terroir et les traditions suisses et sera organisé par Chassot Concept qui est déjà derrière des manifestations comme le Tour de Romandie ou Divinum. 

En tant que Centre de Congrès, Beaulieu est désormais concurrencé par le SwissTech Convention Center de l’EPFL ou même Aquatis. Plus encore depuis le refus du projet hôtelier de la Tour Beaulieu par les Lausannois. Quelle stratégie adopter?

Le modèle des grandes foires est en difficulté. Nous allons redimensionner l’activité des salons, galas et congrès sur les halles sud et le palais, ce qui nous permet de cibler des événements nationaux et régionaux et avec des modèles de type «exposition + congrès». Je pense à des événements professionnels comme le Salon de l’immobilier de Neuchâtel. Par rapport au SwissTech, nous disposons de grandes halles d’exposition qu’ils n’ont pas et avons un grand parking, ce qui est essentiel pour les événements régionaux. Le SwissTech offre, lui, une technologie de pointe et se profile pour des événements plus internationaux.
Les salles de complexes comme Aquatis se limitent quant à elles à des capacités de 300 personnes. Chaque centre a des atouts distincts à faire valoir, ce qui permet une belle complémentarité pour la région. 

Le 7 mai, le Conseil communal va voter un cautionnement de la Ville pour
la rénovation de l’aile sud du Palais de Beaulieu, notamment du Théâtre,
et la venue du Tribunal arbitral du sport (TAS). Cela suffira-t-il à redresser l’image un peu vieillissante de Beaulieu?

Déjà, les halles sud n’ont que 10 ans, on ne peut pas parler de «vieillissantes» les concernant. Il est vrai que le théâtre, qui héberge le Béjart Ballet Lausanne, date des années 50 et sera lui entièrement rénové. 

Quant aux halles nord, on voit des exemples intéressants et inspirants de reconversion comme les halles Darwin à Bordeaux, réaffectées à des marchés de circuits courts, des cafés, des bureaux. Ce type de projet permet de redonner de la vie de quartier, faire revenir les gens et pourrait faire de Beaulieu le pôle d’attractivité du Nord lausannois. Par ailleurs, la commune n’est pas la seule à s’engager puisque le TAS investit lui-même de manière significative. 

Beaulieu peut donc miser sur son emplacement.

Clairement. Nous ne sommes déjà qu’à quelques minutes du cœur historique de la ville. De plus, le centre de gravité de l’agglomération se déplace vers le nord,
le nouveau quartier des Plaines-du-Loup sera prochainement une réalité et le M3 s’arrêtera devant nos portes. L’objectif est plus que jamais de faire renaître Beaulieu, parce qu’en plus d’être une institution historique, il se positionne comme un atout dans les développements présents et futurs de Lausanne. 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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