Bilan

UTMB: «Je ne vois pas qui peut nous reprocher de payer les salaires»

Les organisateurs de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc l’ont annoncé en mai: leur fameuse course n’aura pas lieu en 2020. En cause? Les mesures sanitaires qui ne permettent pas cette réunion de coureurs. L’UTMB rembourse les inscrits à hauteur de 55%.

Crédits: UTMB

280 euros, c’est le tarif pour s’inscrire à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Cette course de 180 kilomètres réunit des athlètes de plus de 110 pays chaque année, sauf en 2020. La 18ème édition s’ajoute à la longue liste d’événements annulés en raison du Covid-19. Elle devait se dérouler du 24 au 31 août.

Catherine Poletti, à la tête de l’organisation, reconnaît que la sentence est dure. «Nous sommes toute une équipe et comptons sur des athlètes de tous les pays, des prestataires, des partenaires et des bénévoles… cela a été difficile à annoncer.» L’équipe est composée d’une quinzaine de personnes à l’année. «Nous avons réussi à éviter le chômage», souffle la directrice. Simplement, des prestataires ne verront pas leur téléphone sonner cette année.

En ce qui concerne les participants, ils se voient remboursés à hauteur de 55% des frais. C’est un peu plus de la moitié des 280 euros, prix du sésame. 55% des 280 euros d’inscription pour environ 10’000 participants représente un peu plus d’un million et demi d’euros.

«Nous avons les charges fixes, les dépenses fonctionnelles du lancement des inscriptions, du tirage au sort, il faut répondre aux personnes dans toutes les langues, envoyer les informations… si nous n’avions rien engagé jusque-là, il n’y aurait simplement pas d’UTMB», explique Catherine Poletti. Pour elle, l’organisation a clairement dépensé davantage que le 45% du budget, et l’UTMB ne pourrait se permettre de payer davantage. Elle ajoute encore: «Je ne vois pas qui peut nous reprocher de payer les salaires.»

A noter qu’une autre possibilité existe: celle de donner intégralement l’argent de son inscription aux associations partenaires. La liste complète est disponible en ligne, beaucoup de ces associations sont actives dans le milieu médical et de la santé.

Les participants ont donc un peu plus de la moitié de l’inscription qui leur est remboursée. Ce qu’ils ont comme autre avantage est d’avoir une place garantie dans une des trois prochaines éditions. L’Ultra-Trail du Mont-Blanc est une épreuve mythique de 180 kilomètres. Technique et long: il faut y gagner sa place et se préparer avec sérieux. Pour participer, il faut notamment avoir gagné suffisamment de points sur d’autres courses.

Des milliers de personnes

Chaque année, plusieurs milliers de coureurs prennent le départ, et c’est bien pour cette raison que la course ne pouvait pas avoir lieu durant les conditions actuelles. Pour un Suédois, un Chilien ou un Japonais, se déplacer jusqu’à Chamonix et être sur la ligne de départ demande un grand investissement autant temporel que financier. Les athlètes viennent avec leurs familles, amis. Ils se logent sur place, vont consommer dans les restaurants et bars locaux. L’événement attire les foules et ravit certains locaux, à commencer par les équipementiers de sport.

Les marques en vogue dans le trail sont bien présentes et sont portées par l’enthousiasme général qui règne sur place. A voir des personnes avaler 170 kilomètres, on se dit que l’on peut en faire 15. Delphine Troyon a réalisé son mémoire en Sciences du sport sur le lien entre course à pied et consommation. L’étudiante qui a terminé ce master en 2013 à l’Université de Lausanne conclut son étude en disant que «l’habillement, le matériel et la participation aux courses populaires représentent les composantes les plus importantes; et surtout, les chaussures adaptées à la pratique et le cardiofréquencemètre sont centrales au capital possédé par le coureur.»

La montagne souffle et suffoque à la fois

Le tourisme comporte ses avantages et ses inconvénients. Les organisateurs de courses veillent en général à ce que leurs événements aient un impact insignifiant voire inexistant sur l’environnement. La pandémie avait freiné la pollution dans certains endroits du globe. L’air s’est momentanément assaini en Chine, les canaux ont retrouvé leur bleu à Venise.

Crédits: Earth Observatory - NASA.

Les trails ont beau provoquer le passage de milliers de personnes dans les montagnes, tout est fait pour que cela ne se voit pas. Les organisateurs de courses comme l’UTMB ou l’Ultra Trail de Verbier encouragent et balisent le parcours de manière à provoquer le moins de déchets possibles.

Certains sportifs sont conscients de leur impact durant leurs entraînements et courses, et d’autres s’en fichent. L’Everest, par exemple, est parfois qualifiée de «poubelle» d’altitude. Des guides népalais avaient nettoyé les lieux en 2019, mais le constat est là.

Catherine Poletti et son équipe ont mis en place un système de navettes pour mieux circuler. Pour des courses comme l’Ultra Trail de Verbier, les coureurs sont obligés de s’équiper de gourdes pour éviter de jeter des gobelets au ravitaillement.

Finalement, l’Ultra Trail du Mont-Blanc a-t-il une responsabilité auprès du monde sportif? «On se sent responsable des gens pour qui l’UTMB représente un apport économique. La vallée de Chamonix ainsi que celle du Grand Saint-Bernard sont des exemples», répond la cofondatrice de la course.

Elle entend toutefois montrer l’exemple. A l’heure où les Espagnols et Français sortent du confinement strict, difficile d’appeler les personnes à s’entraîner dans des parcs fermés. «C’est compliqué» reconnaît Catherine Poletti. Elle précise que cela ne veut pas dire que les choses ne sont pas en études. Du pur digital ne la convainc pas, mais un mélange entre physique et numérique lui parle. «Nous ne voulons pas le vendre en tant qu’UTMB mais comme un projet tourné vers le collectif.» assure-t-elle encore.

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Pour les coureurs, l’Ultra Trail de Verbier ainsi que celui du Mont-Blanc sont d’ores et déjà supprimés des agendas. Les courses qui restent devront s’adapter aux mesures sanitaires, et toutes n’ont pas annulé. Sierre-Zinal a par exemple annoncé sa date du 13 septembre 2020, des suites d’un premier report. La saison n’est peut-être pas totalement terminée.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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